Bruxelles, 01/10/2001 (Agence Europe) - Après l'accord politique atteint vendredi sur la lutte contre la traite des êtres humains (voir EUROPE du 29 septembre, p.8), les Quinze ont débattu de ce phénomène, d'une ampleur croissante, avec leurs homologues des pays candidats à l'adhésion. La lutte contre l'augmentation de ce trafic, la criminalité organisée et la délinquance organisée transfrontalière, la nécessité d'un contrôle renforcé aux frontières extérieures de l'UE et le rôle important qu'auront à jouer à cet égard les futurs Etats membres et l'aide aux victimes ont été au centre du débat entre l'UE et les pays candidats.
Selon un rapport d'Europol, le trafic d'êtres humains a fortement augmenté au cours des dernières années et rapporte, financièrement, davantage que le trafic de stupéfiants. Le rapport dénonce une très forte demande de la part des pays de l'UE, qu'il s'agisse d'affaires d'exploitation sexuelle ou de travail illégal, et des pays candidats, qui sont de plus en plus utilisés en tant que pays de transit. En matière d'emploi, les secteurs les plus touchés sont ceux du textile, de la construction et de l'agriculture. « Les gouvernements de l'UE ne peuvent affronter seuls ce problème. Il faut une action commune avec l'aide des pays candidats pour mettre fin au trafic d'êtres humains », a commenté le Commissaire Antonio Vitorino. « Pour ce faire, nous devons utiliser au maximum les programmes communautaires Phare et Stop et accorder la plus haute priorité à l'assistance et à la protection des victimes de cette traite », a-t-il ajouté, en notant que « 60% des fonds du programme Phare sont alloués au JAI pour la formation de gardes-frontières, leurs équipements et l'amélioration de la qualité des contrôles ». M.Vitorino a annoncé quelques actions de la Commission: présentation à la fin de l'année d'une communication sur les permis de séjour à court terme pour les victimes ; organisation le 30 octobre d'un Forum européen sur la prévention du crime organisé et de la traite des êtres humains, auquel participeront les pays candidats; publication d'une communication sur la prévention et la lutte contre l'immigration illégale suivie d'un Livre vert sur la politique du retour des victimes dans leur pays, et d'une communication sur le contrôle aux frontières dans les pays limitrophes (pays tiers). Le Commissaire a également insisté sur la nécessité d'«accorder la priorité à la qualité des visas et des passeports, étant donné que les techniques de falsification de documents deviennent de plus en plus sophistiquées ».
Afin d'intensifier la lutte contre la traite des êtres humains, le ministre belge de l'Intérieur Antoine Duquesne a présenté douze mesures, qui sont « nos conclusions communes, un véritable engagement politique (…) et un message très important à nos concitoyens ». En soulignant qu'il faut agir à la fois au niveau de la prévention, de la répression et de l'aide aux victimes, Antoine Duquesne expliqué: « Nous voulons: une approche globale et intégrée, un échange rapide d'informations, la création de cellules spécialisées et multidisciplinaires, une analyse stratégique du phénomène (…), une collaboration opérationnelle active notamment au niveau de nos futures frontières extérieures, l'adaptation de la législation, la poursuite active de la lutte contre la corruption, des campagnes de prévention, le développement de l'aide aux victimes, le renforcement du partenariat avec la société civile et les organisations internationales, l'amélioration du matériel, de l'équipement et des services, la lutte accrue contre les faux documents, y compris sur le plan consulaire ». Pour le Commissaire Vitorino, « ces douze mesures proposées par la Présidence belge sont de bonnes étapes dans la bonne direction".
Pays candidats: priorité à l'intégration immédiate dans les structures européennes
Témoignant des efforts qu'ils ont déjà faits au niveau national en vue de leur adhésion à l'Union, les représentants des pays candidats ont insisté sur: - la priorité à la sécurité nationale et à la lutte contre la délinquance juvénile transfrontalière (Roumanie ; Estonie) ; - une plus intense coopération avec Europol (Slovaquie) ; - l'établissement d'un forum d'aide aux victimes (Chypre) ; - des campagnes d'information sur le trafic de migrants, et l'assistance aux victimes, ainsi que des contrôles très forts aux frontières (Turquie, Estonie); - la nécessité d'intégrer dès aujourd'hui les pays candidats dans les structures européennes - Europol, le réseau judiciaire européen et Eurojust (Tchéquie) ou encore dans les programmes communautaires Daphne et Stop (Pologne); - la création, pour le reste de la Méditerranée, d'un centre du type de la Baltic Sea Task Force on Organised Crime, avec l'objectif de renforcer et protéger les frontières de l'UE à l'avenir (Malte, Estonie). A ce propos, le Commissaire Vitorino a souligné que le « lien entre l'UE et la Méditerranée sera en 2002 la priorité de la Présidence espagnole de l'UE, laquelle a la ferme intention de relancer le processus de Barcelone » ; - l'obligation de disposer d'un système d'alerte rapide tel que celui mis en place par l'UE et qui fonctionne extrêmement bien en matière d'échange d'informations (Lettonie) ; - l'établissement d'un système pénal harmonisé pour lutter contre la corruption, et notamment la corruption de fonctionnaires (Slovénie, Hongrie) ; - la mise en place d'un système de protection des témoins pour qu'ils coopèrent avec la police (Hongrie).
M. Vitorino: priorité à la qualité des visas et des passeports - M. Duquesne: pas d'Europe forteresse
En conclusion, M. Vitorino a insisté sur l'amélioration de la mise en œuvre de Schengen. « Il y a un problème grave de falsification des documents. Priorité doit donc être accordée, dans la lutte contre la traite d'êtres humains, à la qualité des visas et des passeports et au partage des informations en la matière ». Le Commissaire a insisté sur le fait que « le contrôle des frontières extérieures sera sous la responsabilité des actuels pays candidats. Il faut donc améliorer la solidarité par des équipes communes entre Etats membres de l'UE et pays candidats sur le terrain », et annoncé que la Commission allait présenter « dans les prochains mois un système de gestion commune aux frontières extérieures ». M. Duquesne, en rappelant que l'élargissement suscite "de grandes inquiétudes chez nos concitoyens en matière de sécurité", a conclu: « l'adhésion n'est pas un cadeau. Vous voulez être partenaires à part entière, et à ce titre, vous avez des droits et des obligations. Nous ne voulons pas une Europe forteresse".