Bruxelles, 02/08/2001 (Agence Europe) - Comme nous l'avions indiqué, la fonctionnaire européenne Anna Maria Campogrande a, dans une lettre au président Prodi, posé le problème de la domination de l'anglais dans les institutions européennes. "Au point où nous en sommes, il est nécessaire et urgent de penser à un code de bonne conduite pour les langues, pas seulement pour la Commission et les autres institutions européennes, mais aussi pour les Etats membres", affirme Mme Campogrande, pour qui les Européens, s'ils veulent "rester ensemble, doivent étudier les langues des Etats membres, et pas seulement les plus faciles, mais aussi et surtout les plus difficiles (...), dans un esprit de réciprocité". Dans sa lettre, Mme Campogrande commence par signaler au président de la Commission que "la marée noire de l'anglais a atteint aussi la géographie". En effet, elle inclut des annexes montrant que "les cartes géographiques de l'Europe sont désormais faites seulement en anglais, même s'il y a onze langues officielles et une langue véhiculaire du lieu où la Commission a son siège". Et elle dit à M.Prodi: "L'Italie, avec ses soixante millions d'habitants (...) avec son prestige et sa fonction de langue franche dans toute la Méditerranée, avec son poids économique, politique, culturel, est devenue Italy. Avec le temps, si nous laissons aller les choses (...) vous deviendrez Valiantmen et moi-même Greatfield (...) . Je me permets de vous signaler que même aux Nations Unies, où les langues officielles sont rigoureusement diffusées et protégées, l'anglais ne bénéficie pas d'une telle prépondérance. Et pourtant, ici nous ne sommes pas aux Nations Unies mais dans un contexte d'intégration (...). Monsieur le président, les fonctionnaires sont las de cette étouffante et constante évangélisation en anglais, à commencer par l'informatique, par laquelle les services responsables envoient sans relâche des messages techniques en anglais qu'une bonne partie du personnel ne comprend pas bien. Nous avons essayé de protester, mais il n'y a pas de réponse (...) Il y a des services qui exigent de travailler seulement en anglais. Qui l'a décidé? Sur quelle base juridique? Qui a décidé, par exemple, que les documents pour les négociations avec les pays en voie d'adhésion sont fournis seulement en anglais?". Mme Campogrande dit encore à M.Prodi: "L'Europe n'est pas un continent en voie de colonisation de la part des Anglo/Américains. Nous sommes, par contre, en présence de forces occultes et centrifuges qui utilisent les structures que l'Europe s'est données pour réaliser son intégration, afin de poursuivre d'autres objectifs et intérêts qui sont en contradiction avec l'intégration européenne. Votre responsabilité est de mettre fin à cet état de choses qu'on ne peut pas continuer à ignorer (...). Il faut établir une fois pour toutes que l'anglais, dans le contexte des institutions européennes et a fortiori dans les Etats membres, est une langue comme les autres, certainement pas plus importantes que l'allemand, le français et l'italien, qui sont les langues des trois grands Etats fondateurs dont le poids démographique, politique, économique et culturel est à la base du projet européen" (voir aussi EUROPE des 16/17 juillet, p.18, au sujet de l'appel de M.Copetti à la mise en place d'une "Conférence permanente des langues").