Bruxelles, 13/07/2001 (Agence Europe) - Sans attendre le Livre Blanc de la Commission sur l'avenir des transports en Europe qui devrait être adopté en principe en septembre, la Présidente du Conseil des Transports de l'UE, Isabelle Durant, a lancé le débat lors d'un séminaire sur "les transports durables dans l'économie européenne", jeudi à Bruxelles, qui a abouti à une liste de recommandations qui seront présentées lors du Conseil informel Transports et Environnement, du 14 au 16 septembre à Louvain.
"L'objectif de ce séminaire est de déblayer le terrain pour le Conseil informel, les débats formels du Conseil sur le Livre Blanc en octobre et les états généraux du fret ferroviaire en novembre", a dit à la presse Isabelle Durant. La ministre avait orienté les débats sur les indicateurs et les instruments qui permettraient aux dirigeants politiques de soutenir la croissance économique tout en limitant celle des transports. La Présidente du Conseil Environnement, Magda Alvoet, a plaidé pour que l'UE se fixe des dates butoirs et des objectifs sectoriels. "Il faudrait songer à des critères de convergence, sur le modèle de ce qui a été fait pour la monnaie unique", a-t-elle estimé.
Si rien n'est fait, le transport de fret devrait progresser de 38% et le transport de passagers de 24% d'ici 2010, a rappelé la Commissaire aux transports, Loyola de Palacio, en présentant les grandes lignes du Livre Blanc. Ce document attendu de longue date devrait être adopté d'abord sous forme de communication la semaine prochaine et dans son ensemble en septembre, indique-t-on à la Commission. Son principal objectif sera de maintenir en 2010 la répartition entre les différents modes de transport à son niveau de 1998 et de multiplier par trois la croissance du transport ferroviaire, a rappelé la Commissaire. Une ambition qui paraît insuffisante à la Direction générale de l'environnement - ce qui aurait, semble-t-il, retardé l'adoption du Livre Blanc. "Personnellement, je trouve cet objectif réaliste, mais je ne suis pas certaine qu'il permette d'arriver à terme aux objectifs de décongestion du trafic. Je suis donc mitigée", a dit Mme Durant à quelques journalistes. La ministre compte interroger les ministres des Transports et de l'Environnement sur la pertinence de cet objectif lors du Conseil informel de septembre.
Le séminaire a abordé un autre point du Livre Blanc qui suscite la perplexité des services "économiques" de la Commission: l'idée de limiter la consommation de transports en rapprochant les centres de production des consommateurs. Helmut Holzapfel, de l'Institut pour le transport intégré de l'université de Kassel, a plaidé pour cette option, en mettant l'accent sur l'augmentation de la demande de transports liée à la croissance des unités de production et aux phénomènes de sous-traitance. "Selon leurs représentants, Volkswagen ou Daimler ne produisent eux-mêmes que 20% à 30% des éléments d'une voiture produite sous leur marque", a-t-il dit. La question doit être abordée dans sa globalité, a souligné un intervenant hollandais, en soulignant qu'importer une rose d'Afrique du sud représente 3 grammes de CO² en terme de transport, mais la produire sous serre aux Pays-Bas engendre 300 grammes de CO²… "Si le découplage croissance économique/croissance des transports va vers l'idée de produire davantage sur place, cela ne peut se faire au détriment des objectifs du marché unique et dans une logique protectionniste", a dit Mme Durant à la presse.
Dans leurs recommandations, les participants ont mis l'accent sur une tarification des transports reflétant plus clairement leurs coûts économique, social et environnemental réels, et sur une politique d'aménagement du territoire plus cohérente. Ils ont souligné en outre que l'offre de transports doit être améliorée, notamment par la revitalisation des chemins de fer. Le principal instrument dans les mains des ministres des Transports est celui de la tarification de l'accès aux infrastructures (qui est au cœur du projet de Livre Blanc de la Commission), a souligné Mme Durant, en espérant une convergence entre les différents Conseils de l'UE. Evoquant la fiscalité du kerosène, elle a espéré que les négociations internationales progresseront lors de l'Assemblée générale de l'Organisation de l'aviation civile internationale, en septembre prochain. "Tous les membres y sont a priori favorables", a-t-elle assuré.
Mme de Palacio a rappelé les grandes lignes du Livre Blanc
La Commissaire Loyola de Palacio a présenté au cours du débat les principaux éléments du Livre Blanc: 1) rééquilibrage entre les modes de transport; 2) revitalisation du rail et interopérabilité; 3) promotion du transport fluvial et maritime; 3) exploitation du réseau fluvial et amélioration des interfaces avec les autres modes de transport; 4) lutte contre la congestion; 5) conciliation du développement du transport aérien et des objectifs en matière d'environnement; 6) politique de tarification intégrant le coût économique des différents modes de transport; 7) harmonisation de la taxation du carburant professionnel; 8) tarification abordable des transports publics; 9) amélioration de la sécurité; 10) renforcement du rôle de l'UE dans les organisations internationales comme l'Organisation maritime internationale (OMI) ou l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).