Bruxelles, 21/06/2001 (Agence Europe) - La stratégie de développement durable approuvée par le Conseil européen de Göteborg a provoqué des réactions nuancées chez les environnementalistes européens - vive déception chez la plupart, satisfaction relative chez les autres - mais aucun n'est comblé. Ceux qui comparent les conclusions du Sommet à la communication de la Commission sont déçus: en laissant de côté certains objectifs précis, les chefs d'Etat et de gouvernement ont, selon eux, privé la stratégie de sa substance. Ceux qui voient dans ce document le point de départ d'un nouveau modèle de développement, définitivement ancré dans l'agenda communautaire, se déclarent satisfaits de cette avancée. Tous comptent fermement sur la Présidence belge pour compléter ce premier pas.
Pour Friends of the Earth Europe (FoE), « faute de vision, d'objectifs, de calendriers et de mesures concrètes », la stratégie adoptée par les leaders européens se limite à de bonnes intentions. « A chaque fois que la Commission poussait à des actions concrètes, les chefs d'Etat et de gouvernement ont soit affaibli, soit ignoré la proposition », déclare Martin Rocholl, directeur de l'ONG en citant les propositions relatives à l'élimination des subventions aux combustibles fossiles et au tabac, la législation sur la responsabilité environnementale, l'utilisation des marchés publics pour favoriser les produits et services respectueux de l'environnement, la stratégie de réforme de la politique agricole commune. Duncan Mac Laren, de FoE Royaume-Uni, se dit, lui, préoccupé par «la lenteur des progrès en matière de développement durable, comparée à l'agressivité dont l'Union fait preuve pour pousser à un agenda commercial néo-libéral sans tenir compte de son impact négatif aux plans environnemental et social au niveau mondial ».
Chez les Verts au Parlement européen, la déception domine: « que le développement durable ait été placé en haut de l'agenda du sommet de Göteborg a entretenu l'espoir qu'enfin nous franchirions un grand pas vers une Union plus durable. La proposition récente de la Commission Prodi contenait des objectifs ambitieux et des mesures concrètes qui ont nourri cet espoir. Or, ce qui s'est passé avec le Traité de Nice (NdlR: le triomphe des égoïsmes nationaux au détriment d'un bon accord) s'est renouvelé à Göteborg: l'Allemagne résiste à l'élimination des subventions au charbon, le Royaume-Uni rejette une taxe sur l'énergie et les pays du Sud protègent leurs subventions au tabac », constate Heidi Hautala, co-présidente du groupe Verts/ALE, déplorant que les leaders européens n'aient «pas retenu grand-chose de la proposition initiale de la Commission ». Alexander de Roo, vice-président de la commission de l'environnement, estime, lui aussi, que «les leaders de l'Union n'ont nul motif de pavoiser » car, eu égard au travail colossal à accomplir pour le sommet mondial du développement durable (Johannesburg, septembre 2002), «le sommet de Göteborg n'est qu'un petit pas sur un très long chemin ». M. de Roo déplore à cet égard que des questions telles que la gouvernance globale et l'inclusion de critères environnementaux et sociaux dans les prochaines négociations commerciales multilatérales n'aient pas été abordées. « La Commission et le Parlement européen doivent maintenant unir leurs forces pour convaincre la Présidence belge de s'engager à franchir des pas plus ambitieux au Sommet de Laeken », souligne-t-il.
Greenpeace, en revanche, salue les conclusions du Conseil européen, comme «un message d'espoir », même si l'essentiel reste à faire. Hans Wolters, directeur de Greenpeace Europe, apprécie que « l'Union indique clairement sa volonté de devenir l'économie la plus efficace au monde en termes d'utilisation des ressources et de l'énergie et que le développement durable figure désormais et restera dans l'agenda communautaire, car cela permettra à l'Union de jouer un rôle de chef de file dans la préparation du sommet mondial pour le développement durable ». Et d'ajouter: « en soulignant l'importance du découplage entre la croissance économique et l'utilisation des ressources, le Conseil européen ouvre la voie à l'amélioration du bien-être des citoyens tout en protégeant l'environnement. C'est la seule manière de réconcilier l'économie et l'écologie ». Mais, observe-t-il, «ces conclusions doivent maintenant être traduites dans des mesures concrètes et cohérentes à adopter par les gouvernements de l'Union pendant la Présidence belge. Parmi les points positifs, Greenpeace cite : - le rappel que le développement durable est un objectif fondamental du Traité ; - l'ambition d'opérer le découplage entre la croissance économique et l'utilisation des ressources ; - l'objectif de faire de l'environnement une question transversale à intégrer dans toutes les autres politiques ; - la volonté de parvenir au prix juste des produits et services en y intégrant leurs véritables coûts environnementaux ; - le réexamen concret et régulier de la stratégie sur la base d'évaluations d'impact sur la durabilité ; - l'engagement de respecter l'objectif souscrit par les pays industrialisés d'affecter 0,7% de leur PNB à l'aide publique au développement, dans la perspective du Sommet du développement durable de Johannesburg en 2002 ; - l'élimination des mesures encourageant la surpêche ; - l'objectif de prévenir l'impact négatif des produits chimiques sur la santé et l'environnement dans une génération ; - le renforcement de la directive sur les énergies renouvelables avec l'objectif d'assurer qu'à l'horizon 2010 l'électricité produite à base d'énergies renouvelables représente 22% de la consommation totale d'électricité.
Selon Greenpeace, les lacunes tiennent à: - l'absence de mention indiquant clairement que la stratégie proposée par la Commission sera adoptée telle quelle par les gouvernements ; - l'absence d'action visant à réduire la demande d'énergie par des normes plus strictes ; - l'absence de référence à la taxe sur l'énergie, à l'élimination des subventions aux combustibles fossiles, et à une politique des marchés publics respectueuse de l'environnement- trois objectifs qui figuraient dans le document de la Commission ; - l'absence de mention explicite à la politique de prévention de déchets. « Pour l'instant, certains pays comme l'Allemagne et l'Espagne semblent l'avoir emporté. En protégeant leur industrie du charbon obsolète et polluante, ils ont bloqué des mesures importantes pour combattre le changement climatique, déplore Michel Raquet, expert de Greenpeace pour les questions de réchauffement planétaire.
Satisfaction nuancée pour le paragraphe sur les changements climatiques
Les conclusions du Sommet confirment l'objectif de l'Union de ratifier le Protocole de Kyoto pour permettre son entrée en vigueur en 2002. Greenpeace, le WWF et FoE s'en réjouissent, tout en rappelant que pour atteindre les objectifs de Kyoto il est essentiel d'introduire des instruments efficaces tels qu'une taxation substantielle de l'énergie et l'élimination rapide des subventions aux combustibles fossiles.
L'eurodéputé vert Alexander de Roo apporte un autre bémol en regrettant que les chefs d'Etat et de gouvernement, tout en reconnaissant que le Protocole de Kyoto ne représente qu'une première étape, n'aient pas repris la proposition de la Commission de s'engager pour l'après-Kyoto à une réduction supplémentaire des émissions de gaz à effet de serre de 1% par an entre 2010 et 2020 (voir aussi "Au-delà de l'information" des 18 et 19 juin et du 21 juin).