Bruxelles, 12/06/2001 (Agence Europe) - Le discours du Président George W. Bush sur les changements climatiques, annonçant une initiative américaine pour intensifier la recherche scientifique sur le phénomène de réchauffement planétaire, est sans surprise et n'a pas suscité l'enthousiasme de l'Union européenne. Et pour cause. Sur le point essentiel - la ratification du Protocole de Kyoto que l'Union entend ratifier en 2002 - les Etats-Unis persistent et signent: ils ne reviendront pas sur la décision, prise en mars, de rejeter unilatéralement cet intrument international qui, pour la première fois, imposera aux pays industrialisés des engagements fermes de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2008-2012. S'exprimant lundi depuis la Maison Blanche, à la veille de sa venue en Europe pour le sommet de l'OTAN et le sommet UE/Etats-Unis, le Président américain a en effet estimé que le Protocole de Kyoto était «irréaliste à bien des égards » car «beaucoup de pays ne peuvent pas remplir les objectifs », selon lui, «arbitraires et non fondés scientifiquement». Concédant que son pays est le premier contributeur au phénomène de changements climatiques, George W. Bush a déclaré que « nous reconnaissons notre responsabilité », pour déplorer aussitôt que le Protocole de Kyoto exempte les pays en développement de toute obligation - y compris de gros pollueurs comme la Chine et l'Inde. La dénonciation du Protocole par les Etats-Unis ne devrait pas, selon lui, «être interprétée comme un renoncement ». Pour preuve, M. Bush propose «une joint venture avec l'Union européenne, le Japon et d'autres pour développer des modèles à la pointe du progrès qui nous aideront à mieux comprendre les causes et les effets du changement climatique ». Invoquant les incertitudes scientifiques planant sur le phénomène, M. Bush plaide pour une approche « flexible » et parie sur l'innovation technologique qui «offre d'excellentes perpectives pour réduire les émissions, en particulier les technologies de capture et de stockage du carbone », et propose à cette fin de poursuivre la recherche et de financer, durant les cinq prochaines années, «les domaines prioritaires dans lesquels des investissements peuvent faire la différence » sans nuire à la croissance économique des Etats-Unis.
A cette apologie de la recherche et du développement technologique, les décideurs politiques de l'Union européenne ont rétorqué par l'apologie du pragmatisme, estimant qu'il est urgent d'agir et que la nécessité de poursuivre la recherche ne doit en aucun cas servir d'alibi à l'attentisme. En réaction à ce discours, Margot Wallström, Commissaire européenne à l'Environnement, a déclaré: « Bien sûr, nous saluons le fait que les Etats-Unis demandent à coopérer (…). Mais le Président Bush n'a fait que répéter ce qu'il avait déjà dit. Nous estimons qu'il est temps de passer de l'analyse des questions à l'action. Je trouve préoccupant que ce discours fasse l'impasse sur l'action pour obtenir une réduction effective des émissions». Kjell Larsson, ministre suédois de l'Environnement et président en exercice du Conseil de l'UE, a déploré que le Président Bush s'obstine à rejeter le Protocole conclu en 1997. « Abandonner le Protocole de Kyoto reviendrait à différer de plusieurs années l'action internationale pour combattre les changements climatiques. Or, nous sommes déjà en retard . Nous ne pouvons pas l'accepter », a-t-il déclaré en précisant que cet accord est le fruit de dix années d'efforts internationaux pour jeter les bases d'un régime national «qui contient déjà suffisamment de flexibilité pour tenir compte des différentes situations nationales ». « L'UE reste convaincue que les pays industrialisés doivent montrer l'exemple et réaffirme son engagement envers la ratification et l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto en 2002 », a-t-il rappelé.
Dans un communiqué, la présidence du Conseil et la Commission européenne rétorquent aux arguments américains que: a) l'UE est prête à coopérer avec les Etats-Unis en matière de recherche et d'innovation, mais cela ne suffit pas pour obtenir des réductions des émissions à court et moyen terme ; b) les preuves scientifiques de la gravité du changement climatique et du rôle joué par l'activité humaine dans ce phénomène (cfr. Les conclusions du troisième rapport du panel intergouvernemental sur les changements climatiques confirmées par le récent rapport de la US National Academy of Science) sont suffisantes pour justifier une action concrète et urgente, d'autant plus que la Convention cadre des Nations Unies sur le Climat - à laquelle les Etats-Unis sont partie - invite à des mesures de précaution ; c) l'Union est favorable à la promotion de l'innovation technologique, mais elle est convaincue que nombre de technologies propres, déjà disponibles, peuvent dès à présent être mises en œuvre pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (voir le rapport du programme européen sur les changements climatiques dans EUROPE d'hier, p. 13). Nombre des idées américaines concernant la recherche et les capacités des pays en développement se fondent sur des engagements déjà pris dans le cadre de la Convention de l'ONU sur les changements climatiques, mais ignorent les efforts supplémentaires requis des seuls pays industrialisés. L'Union attend donc des Etats-Unis des détails sur la manière dont ils entendent se conformer à cette exigence, que les parties comptaient satisfaire grâce au Protocole de Kyoto.
Session plénière du Parlement européen