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Bulletin Quotidien Europe N° 7980
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/chine

La Troïka a évoqué les droits de l'homme, l'immigration clandestine

Bruxelles/Pékin, 08/06/2001 (Agence Europe) - A la veille de la réunion ministérielle de l'ASEM, la Troïka européenne, conduite par la Présidente du Conseil Anna Lindh, avec son successeur belge Louis Michel, le Commissaire Chris Patten et - en l'absence du Haut Représentant pour la Pesc - le Directeur général adjoint du Conseil Anastassio Vikas, s'est entretenue, le 23 mai à Pékin, avec le chef de la Diplomatie chinoise Tang Jiaxuan. Une rencontre plus brève que prévu, durant laquelle "on n'a parlé quasiment que de droits de l'Homme" et perçu "une certaine irritation de part et d'autre", a résumé l'un des diplomates européens qui assistaient à l'entrevue. M. Patten comme M. Michel ont été invités à se rendre au Tibet.

"Tous les arguments que nous avons l'habitude de déployer ont reçu une réponse tout aussi systématique. C'est assez déprimant. Le seul espoir qui reste pour faire converger les efforts, c'est le dialogue sur les droits de l'Homme", a commenté un expert européen. L'Union souhaite maintenant réorganiser, focaliser davantage ce dialogue qu'elle est parvenue à nouer avec la Chine en 1998, afin de le rendre plus efficace à tous les niveaux, en misant sur le prochain Sommet bilatéral, qui se tiendra les 5 et 6 septembre à Bruxelles (voir EUROPE des 14 et 15 mai, p.15). Les dirigeants chinois, qui semblent s'être défaits de leurs traditionnelles réserves à l'égard du dialogue politique, se montrent plutôt favorables à cette démarche et sont généralement demandeurs de « plus d'Europe » sur la scène internationale. "Cette réticence, qui était perceptible lors des trois premiers sommets, a totalement disparu. La Chine veut manifestement que l'Europe prenne sa place dans un monde multipolaire et est, pour la première fois, disposée à éventuellement faire une déclaration conjointe à l'issue du prochain Sommet", observait-on de même source. Du côté européen, on constatait cependant aussi que, lorsqu'il est question de droits de l'Homme, Pékin se montre toujours très rétif, se retranchant derrière "une sorte de susceptibilité exacerbée": la Chine, comme l'Asie en général, est "allergique aux donneurs de leçon, surtout quand ils sont Européens. Quand on est critique, les portes se ferment".

Conformément au mandat qui lui a été confié, la Présidence suédoise a énoncé une à une, lors de la rencontre avec M. Tang, les doléances de l'Union - torture, peine de mort, brutalités policières, entraves aux libertés d'expression, d'association, de croyance, le Tibet, Falun Gong, etc.. Le lendemain, à ses côtés pour la conférence de presse finale de la ministérielle ASEM, Mme Lindh a souligné qu'"il est important de maintenir le dialogue, plutôt que de garder le silence et d'éluder les questions difficiles. Nous ne voulons pas la confrontation, nous voulons une discussion réelle et ouverte, où il puisse y avoir des désaccords"». «Nous voulons comprendre la façon de penser de l'autre côté. C'est beaucoup plus productif que le silence, et c'est un processus qui va être lent », a renchéri un haut responsable à la Commission, en admettant que si les Européens haussaient le ton, Pékin pourrait bien rompre ce fragile dialogue. Toujours est-il que M. Tang a laissé entendre qu'il n'était pas "étranger" à cette problématique, mais qu'il faudrait laisser du temps au temps. En aparté, il avait ironisé à propos des dirigeants européens (« je les vois toujours sortir de volumineux dossiers avec un tas de collaborateurs derrière eux»). « Il faut bousculer un peu cette routine, savoir où sont nos priorités, c'est un exercice exigeant » pour les Chinois et « ils savent que nous restons exigeants », observait-on dans les milieux proches de la future Présidence du Conseil de l'UE.

Parmi les nombreuses questions soulevées lors de cette rencontre, figuraient celle de l'immigration clandestine et de la lutte contre le trafic d'êtres humains. Ce dernier point est désormais couvert par le programme d'action que vient de lancer l'ASEM, mais sur le premier, l'Union attend encore une contribution plus active de la Chine, notamment sur l'échange d'informations stratégiques, le fonctionnement des réseaux et le dépistage des documents factices, etc. "L'immigration clandestine chinoise est en hausse et, si les chiffres relatifs ne sont pas si importants, en comparaison avec celle d'Europe de l'Est par exemple, il y a un développement exponentiel du phénomène et de son aspect délictueux", observait un expert européen. Cette problématique devait faire l'objet, ces jours-ci, d'une mission européenne sur la faisabilité d'une coopération incluant une campagne d'information dans les provinces concernées, auprès des populations à risque, et, dans le courant de l'année prochaine, d'une conférence internationale à Madrid.

L'entretien a également porté sur la détérioration du climat entre Pékin et Washington. Les émissaires de l'Union ont plaidé auprès des autorités chinoises pour qu'elles fassent preuve de retenue, notamment en remettant l'avion espion de l'US Air Force (ce qui a été annoncé dans les jours suivants: NDLR). Par ailleurs, la Chine a remercié l'Union pour la fructueuse mission accomplie par la Troïka européenne dans la péninsule coréenne sans toutefois préciser la mesure de son soutien à deux grands objectifs européens, à savoir le maintien du moratoire sur les tests de missiles et la participation effective de Pyongyang à un dialogue sur les droits de l'Homme avec l'UE.

Les Européens voulaient aussi obtenir confirmation de la volonté politique de la Chine d'accéder à l'Organisation mondiale du Commerce. "Nous avons été rassurés", a indiqué l'un des membres de la délégation européenne (voir autre nouvelle).

 

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