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Bulletin Quotidien Europe N° 7980
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / M. lamy s'interroge sur la sincérité de l'engagement des etats-unis en faveur de la méthode multilat

Les doutes de Pascal Lamy. Jusqu'à quel point les Etats-Unis sont-ils sincères et déterminés dans leur participation aux accords et engagements multilatéraux dans les domaines économique et commercial? Ce n'est pas moi, c'est Pascal Lamy qui s'est posé la question dans un discours prononcé la semaine dernière à Paris. Sa réponse est très nuancée. Il a parlé d'"hésitations américaines" en expliquant: "il existe incontestablement une tentation forte de ne pas jouer le jeu institutionnel international. L'inclinaison à l'unilatéralisme est liée au sentiment de puissance singulière et plus prosaïquement à la crainte de devoir se soumettre à des décisions contraires aux intérêts nationaux immédiats." En clair, les Américains estiment que, compte tenu de leur poids politique et économique, ils peuvent obtenir davantage en faisant jouer ce poids dans une négociation bilatérale qu'en se soumettant aux mécanismes et réglementations multilatéraux. En outre, l'administration et le président lui-même n'ont pas les mains libres dans le domaine commercial en raison de "l'influence considérable du Congrès telle qu'elle est organisée par la Constitution américaine et renforcée par le système de financement des campagnes électorales". Ce qui est une façon délicate de dire que les intérêts privés jouent parfois un rôle déterminant aux Etats-Unis, par l'entremise du Sénat notamment.

Le résultat, nous l'avons sous les yeux. Les Américains "ont parfois du mal à se conformer aux décisions de l'OMC qui leur sont défavorables". Le reniement par le président Bush du protocole de Kyoto auquel avait souscrit le président Clinton a fait assez de bruit. Deux autres cas ont été moins médiatisés mais sont là: le renversement de position sur le Traité créant une "Cour pénale internationale" et, tout récemment, la marche arrière à propos d'une Convention sur la lutte anti-corruption. Tout n'est quand même pas noir. M. Lamy considère comme positive la collaboration avec l'administration américaine pour régler les divergences bilatérales (il définit comme "encourageant" le compromis sur la banane, l'approche de Bob Zoellick à ce sujet ayant été "réellement constructive"). Mais il estime que globalement "les choix définitifs ne sont pas encore faits et que les Etats-Unis sont tiraillés entre des aspirations contradictoires".

Le langage américain. De leur côté, les Américains sont plutôt brusques, et parfois brutaux. La priorité aux intérêts nationaux est affirmée dans tous les domaines. L'ouverture d'une procédure contre les importations d'acier a été, pour Pascal Lamy, une mauvaise surprise. Le ton de la nouvelle administration à propos de l'action européenne contre le régime fiscal américain FSC a été dur et même menaçant: si la Commission européenne insiste dans sa demande à l'OMC de pouvoir appliquer des sanctions pour des milliards de dollars, c'est la guerre commerciale. L'appui au nouveau cycle de négociations à l'OMC, qui est au centre de la stratégie commerciale de la Commission européenne, est confirmé, mais selon le Secrétaire au commerce Donald L.Evans c'est un "projet sur dix ans". Quant aux divergences bilatérales avec l'UE, elles ne concernent qu'une partie minime des échanges réciproques et il ne faut pas les gonfler ni les dramatiser outre mesure.

Pascal Lamy réitère souvent lui aussi que les divergences sont peu de choses face à l'ampleur des relations; on fait tellement de choses ensemble qu'il est impossible d'éviter quelques accrocs. Mais le problème qu'il avait soulevé dans son discours de Paris était plus général, il concernait l'attitude d'ensemble des Etats-Unis à l'égard d'une gouvernance internationale permettant de "construire un marché global avec des garde-fous et des disciplines contre les dérives d'une ouverture non contrôlée".

Le Conseil veut garder la maîtrise du partenariat. Et qu'est-ce qu'en dit le Conseil, à qui il revient en définitive de fixer les orientations et de prendre les décisions finales? Il a largement partagé, le mois dernier, les orientations générales définies par la Commission dans sa communication (reproduite dans le n.2235-2236 de notre série EUROPE/Documents). L'attention des ministres s'était concentrée sur le fonctionnement du partenariat. La Commission avait suggéré de simplifier les procédures en réduisant les réunions techniques et leurs ordres du jour, afin que les responsables politiques "gardent la maîtrise d'un processus qui risque de devenir trop bureaucratique et pesant", en proposant à mots couverts de tenir un seul Sommet par an, mieux préparé. Le Conseil n'a dit ni oui ni non, mais il a insisté sur la nécessité de Sommets "réguliers et fréquents"; l'impression est qu'aucun chef de gouvernement des petits pays ne veut renoncer, pendant sa période de présidence semestrielle du Conseil européen, à son moment de gloire: sa rencontre au nom de l'Europe avec le président des Etats-Unis…Mais le souci prioritaire du Conseil a été de conserver la maîtrise du processus euro-américain sans laisser trop d'autonomie à la Commission. Les positions européennes doivent être préparées en commun par le Conseil et la Commission, et celle-ci ne doit pas présenter aux Américains des positions qui n'aient pas été définies au préalable au sein du Conseil. On aura la semaine prochaine, à Göteborg, un premier exemple du fonctionnement des Sommets "new look", et ce sera instructif. (F.R.)

 

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