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Bulletin Quotidien Europe N° 7954
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/environnement

15 ans après Tchernobyl, les Verts au Parlement estiment que la Commission n'a pas tiré les leçons de la catastrophe nucléaire, et dénoncent son intention de financer la relance du nucléaire en Russie

Bruxelles, 27/04/2001 (Agence Europe) - Triste événement que le quinzième anniversaire de Tchernobyl, soulignent les Verts/Alliance libre européenne au Parlement européen, puisque l'accident nucléaire survenu en Ukraine fait aujourd'hui encore de nombreuses victimes de la contamination persistante. Mercredi 25 avril, jour de la commémoration, le groupe des Verts a déposé un projet de résolution intitulé «la sûreté nucléaire 15 ans après Tchernobyl » pour dénoncer l'intention de la Commission européenne de financer la relance du nucléaire en Russie et demander que les fonds destinés au financement de nouvelles centrales soient mobilisés pour les soins de santé à porter aux enfants malades de Tchernobyl, en Ukraine et en Russie, dans le cadre du programme Tacis.

Dans cette résolution, les Verts félicitent l'Ukraine d'avoir respecté son engagement de fermer la centrale avant la fin de 2000 et pressent l'Union européenne d'aider ce pays à améliorer radicalement ses capacités énergétiques pour lui permettre de mettre un terme à sa dépendance à l'égard du nucléaire.

Au cours d'une conférence de presse, la Finlandaise Heidi Hautala, co-présidente des Verts/ALE, a exprimé la détermination de son groupe à obtenir l'abandon du nucléaire dans l'Union et les pays candidats. Elle a jugé regrettable que la Direction générale de l'Energie à la Commission semble penser que l'énergie nucléaire soit une bonne solution à la crise énergétique en Russie, et que le président Romano Prodi s'apprête à signer avec Vladimir Poutine un accord dans ce sens lors du Sommet UE/Russie, le 17 mai prochain à Moscou. Déplorant que la Douma ait voté, la semaine dernière, une loi qui permettra l'importation de déchets nucléaires par la Russie, elle a déclaré: « Il n'est pas exclu que certains de nos gouvernements soient prêts à signer un accord avec la Fédération de Russie pour se débarrasser de leurs déchets. Nous veillerons à l'empêcher ».

Nuala Ahern (Irlande), vice-présidente de la commission énergie au Parlement, a salué l'existence, dans tous les Etats membres, de projets d'aide médicale aux enfants de Tchernobyl atteints de cancers de la thyroïde et de déficiences immunitaires. Précisant que ces enfants, dont certains sont nés après la catastrophe, viennent chaque année en Occident pour recevoir médicaments et traitements, elle s'est en revanche indignée que la Commission soit sur le point de dépenser 1,48 milliard d'euros pour financer deux nouveaux réacteurs en Ukraine (une réunion de la BERD est prévue pour confirmer les prêts destinés à ces projets), alors que les ressources manquent cruellement pour soigner ces enfants dans leur pays. « Ce financement doit être immédiatement suspendu et réaffecté aux soins de santé à prodiguer à ces enfants chez eux », a-t-elle déclaré.

Jill Evans (Ecosse) a estimé que l'ampleur exacte du désastre Tchernobyl aux plans biologique, écologique, psychologique et économique ne sera jamais connue. Pour ne prendre qu'un exemple, elle a rappelé qu'au Pays de Galles, 147 exploitations agricoles sont toujours sous restrictions depuis l'introduction des contrôles en juin 1986, que 180 000 moutons affectés par la radiocativité sont soumis à des restrictions de mouvements - précautions qui seront maintenues pendant 10 à 15 ans. Elle s'est par ailleurs insurgée contre «l'idée erronée » selon laquelle l'énergie nucléaire serait une solution au phénomène de changements climatiques: « l'énergie nucléaire n'émet pas de dioxyde de carbone, mais elle est cause de pollution au moment de la construction de centrales et du traitement des combustibles, sans compter que le problème des déchets radioactifs n'a jamais été réglé ». S'appuyant sur le rapport du Panel intergouvernemental sur les changements climatiques (IPCC), elle a rappelé qu'il faudrait, pour limiter les émissions de CO2, disposer de plus d'un millier de centrales nucléaires en 2100 (ce qui correspond à la construction d'une centaine de centrales par an) . « Le seul défi est le démantèlement et le nettoyage des centrales », a-t-elle conclu.

« La contamination est loin d'être terminée: la carte de la contamination du nuage de Tchernobyl en France, qui vient d'être établie, montre que des régions dans l'Est et le Sud du pays souffrent encore d'une contamination de 5000 à 10 000 becquerels par m2 », a renchéri Marie Anne Isler Béguin (France), en se réjouissant que la plainte déposée en mars par des personnes atteintes du cancer de la thyroïde ait conduit le ministre français de la Santé à commander une étude épidémiologique du nuage de Tchernobyl, réputé pendant longtemps avoir contourné la France. Citant les résultats d'une étude sur le coût économique de la catastrophe de Tchernobyl pour la Biélorussie - pays dépourvu de centrale nucléaire - (235 milliards de dollars, soit 32 fois le budget de 1985, 500 000 enfants contaminés, 23% du territoire à décontaminer), Mme Isler Béguin s'est demandé «pourquoi l'OMS ne répond pas à cette estimation catastrophique ». Selon elle, l'OMS réalise des études «sous le joug de l'Agence internationale de l'énergie atomique, l'un des principaux lobbies pro-nucléaires », en vertu d'un accord sur la protection des populations contre les effets nucléaires, liant les deux institutions qui reconnaissent uniquement le lien entre Tchernobyl et le cancer de la thyroïde, à l 'exclusion de toute autre maladie.

Les Amis de la Terre et Greenpeace dénoncent un projet contraire à la politique officielle de l'Union

Les organisations de défense de l'environnement, qui se sont procuré des documents confidentiels de la Commission sur le dialogue avec la Fédération de la Russie dans le secteur énergétique, ont été unanimes à condamner, elles aussi, le projet de financer deux nouveaux réacteurs a Kmelnitski et Rivne (baptisés K2RA).

Dans un communiqué, l'ONG "les Amis de la Terre Europe", accuse la Commission de préparer, à huis clos, de nouveaux programmes nucléaires qui font la part belle au développement d'une nouvelle génération de surgénérateurs, qui «sont contraires aux objectifs officiellement poursuivis par l'Union, à savoir la fermeture des réacteurs à haut risque afin d'accroître la sûreté nucléaire, la non-prolifération et le soutien à la Russie pour remédier à la contamination nucléaire existante ». L'ONG affirme que ces surgénérateurs, qui utilisent et produisent du plutonium, ont été «virtuellement abandonnés au niveau international pour des raisons techniques et économiques ainsi qu'en raison de leur risque élevé de prolifération ». De l'avis des Amis de la Terre, «ces surgénérateurs directement utilisables pour la fabrication d'armes nucléaires sont les plus dangereux du point de vue de la non-prolifération ». « S'il devait être mis en œuvre, ce volet du dialogue avec la Russie dans le secteur énergétique augmenterait le risque nucléaire en Russie et en Europe », affirme Patricia Loren, responsable de la campagne antinucléaire de l'ONG.

Documenté aux mêmes sources officieuses, Greenpeace stigmatise à l'identique le projet de la Commission « d'allonger dans l'Europe la durée de vie des réacteurs nucléaires du type de Tchernobyl, tournant ainsi radicalement le dos à la politique de l'Union visant l'élimination, dans les plus brefs délais, de tels réacteurs».

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