Bruxelles/Genève, 19/04/2001 (Agence Europe) - Lors de sa session annuelle, en cours jusqu'au 27 avril à Genève, la Commission des droits de l'Homme de l'ONU a adopté, ce mercredi, une motion de "non-action" permettant à la Chine d'échapper une fois de plus à une résolution (américaine) dénonçant en particulier les exactions perpétrées contre des minorités. Le même jour, la Commission a condamné Israël pour l'usage "disproportionné" de la force dans les territoires palestiniens et concédé un sursis de quelques jours à la Russie pour négocier un compromis visant à lui éviter une nouvelle condamnation pour sa politique en Tchétchènie.
Comme l'année dernière et toute la précédente décennie, la Chine a réussi cette année encore à éviter de passer au crible de la commission des droits de l'Homme pour les abus perpétrés contre des groupes minoritaires, y compris les Tibétains, les populations du Xinjiang et les adeptes de Falun Gong. La résolution proposée par les Etats-Unis, qui dénonçait les actes de persécution dont sont victimes des "millions" de personnes, n'a pas été soumise au vote de l'assemblée par le jeu d'un artifice procédural très controversé. La motion de "non action" déposée par Pékin est en effet passée, avec 23 voix pour (dont celle de Pakistan, Russie, Qatar, Syrie, Cuba, Inde, Indonésie, Libye, Arabie Saoudite, Thaïlande et Malaisie), 17 contre (UE, Etats-Unis, Canada, Japon, Pologne, Roumanie, Norvège, etc.) et non moins de 20 abstentions (Argentine, Brésil, Corée, Mexique, Colombie, Equateur, Uruguay, Sénégal, Afrique du Sud, ...). Les Etats-Unis considèrent toutefois qu'ils ont pu faire valoir efficacement l'argument selon lequel la conduite des membres en matière de droits de l'homme devrait être passée en revue et qu'aucun Etat ne devrait (en) être exempté, a dit le porte-parole du Département d'Etat. L'organisation non gouvernementale Human Rights Watch a elle aussi regretté que "des gouvernements clés semblent rechigner à mettre la pression sur Pékin et à soutenir leur rhétorique sur les droits de l'Homme par des actions".
Outre celle concernant Israël, les 53 pays membres de la Commission ont endossé des résolutions condamnant l'Irak, les Talibans au pouvoir en Afghanistan et, de justesse, le régime castriste à Cuba. Par ailleurs, la Commission s'est félicitée du dialogue engagé en Birmanie entre la junte militaire et l'opposition menée par Aung San Suu Kyi, tout en se disant encore sérieusement préoccupée par la situation. Elle a enfin accordé à la Russie un délai, prenant fin vendredi à 18h00, pour négocier un compromis avec l'UE sur une "déclaration du Président" qui permettrait d'éviter un vote sur un projet de résolution européen dénonçant "l'usage excessif et indiscriminé de la force" contre la population tchétchène et demandant, comme l'année dernière, la mise en place d'une commission d'enquête indépendante pour évaluer l'étendue des abus perpétrés dans la région.