Bruxelles/Stockholm, 19/04/2001 (Agence Europe) - La Présidence suédoise du Conseil de l'UE, après sa déclaration de la semaine dernière (voir EUROPE du 18 avril, p. 5), a adopté le 19 avril une nouvelle déclaration appelant à la fin de la violence au Proche-Orient, que voici:
"L'Union européenne est extrêmement préoccupée par la dangereuse escalade de la violence au Moyen-Orient. L'attaque menée pour la première fois depuis plusieurs années par Israël contre des cibles syriennes au Liban, en représailles aux attaques lancées par le Hezbollah contre les fermes de Chebaa, a été une riposte excessive et disproportionnée. En outre, le recours excessif à la force militaire et la riposte disproportionnée d'Israël aux tirs de mortier dirigés contre des cibles israéliennes et provenant de territoires administrés par les Palestiniens exacerbent la violence et aggravent le conflit. Les incursions israéliennes dans les territoires contrôlés par les Palestiniens sont illégales et ne doivent pas se reproduire.
La spirale de la violence doit être brisée. Les populations de la région risquent d'avoir à payer un prix élevé. L'Union européenne engage toutes les parties à faire preuve d'un maximum de retenue, à rétablir le calme et à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher des actions susceptibles de faire de nouvelles victimes.
L'Union européenne demeure convaincue qu'il n'y a pas d'autre solution qu'un règlement négocié, fondé sur le droit international, notamment les Résolutions 242 et 338 des Nations Unies, et sur le principe de l'échange de territoires contre la paix. L'Union encourage les deux parties à tenter véritablement de trouver une solution négociée à ce stade critique et salue les efforts déployés en ce sens, comme l'initiative égypto-jordanienne."
A Stockholm, selon l'agence TT, Anna Lindh, présidente du Conseil de l'UE, a dit qu'elle n'était pas sûre que l'on pourra ramener Ariel Sharon à la table de négociation, même si Washington joue un rôle plus actif. L'UE et les Etats-Unis doivent agir "en accord" entre eux, mais il est clair que les Etats-Unis ont, au Proche-Orient, plus d'influence que l'UE, a-t-elle reconnu. Louis Michel (futur président du Conseil de l'UE) a admis lui aussi, devant BELGA, que l'UE n'est pas en mesure de "se substituer au rôle incontournable des Etats-Unis dans la région". Selon lui, ceci ne serait "ni souhaitable, ni positif", même l'UE ne peut pas se limiter à "financer les résultats des démarches politico-stratégiques des autres".
Vive réaction d'Israël, qui reproche à l'UE de "miner sa propre crédibilité"
L'ambassadeur israélien auprès de l'UE, Harry Kney-Tal, a immédiatement réagi à la déclaration de l'UE qui, dit-il, est un nouveau signe de la "partialité qui a marqué historiquement les déclarations politiques européennes sur le Moyen-Orient". L'ambassadeur note que, pendant "près d'un an, Israël a fait preuve d'une considérable retenue face aux attaques répétées perpétrées (...) par les terroristes du Hezbollah", et que l'UE "n'a pas élevé sa voix pour condamner, haut et clair, cette agression", alors qu'elle a très rapidement critiqué l'attaque "contre une cible militaire syrienne". Les mots très durs utilisés par l'UE sur la réaction israélienne aux attaques palestiniennes "nuisent aussi bien aux initiatives diplomatiques visant à réduire la tension qu'à l'aspiration de l'Europe à jouer un rôle accru dans les efforts en vue d'un règlement du conflit au Moyen-Orient", dit M.Harry Kney-Tal dans un communiqué. L'UE, en "ignorant les responsabilités palestiniennes dans la spirale actuelle de la violence (...) mine sa propre crédibilité en tant qu'honnête médiateur", affirme l'ambassadeur, qui se demande: - peut-on encourager la paix "en admonestant unilatéralement une partie au conflit?- que feraient les pays européens dans des circonstances semblables?". Selon lui, l'Europe serait plus crédible aux yeux d'Israël si "son sincère appel afin que les parties fassent preuve d'un maximum de retenue était précédé par une condamnation claire et sans équivoque du recours excessif des Palestiniens à la violence en tant que moyen de faire avancer leurs objectifs politiques", et si elle disait clairement qu'il faut mettre fin à la "campagne de haine qui "ne prépare guère l'opinion publique palestinienne aux difficiles décisions qui seront finalement nécessaires" pour parvenir à une paix authentique et durable.