Marseille, 13/11/2000 (Agence Europe) - Très peu de ministres des Affaires étrangères et de la Défense étaient présents à la réunion du Conseil de l'Union de l'Europe Occidentale de ce lundi au Parc Chanot de Marseille, alors que cette réunion marquait la fin d'une époque, à savoir la fin de l'UEO non pas comme institution (puisqu'elle continue d'exister en particulier comme gardienne de l'Article V du Traité de Bruxelles modifié, c'est-à-dire l'article sur l'assistance mutuelle automatique en cas d'agression, pendant de l'Article 5 du Traité de l'Atlantique Nord), mais comme organisation opérationnelle telle qu'elle s'était développée au cours de la dernière dizaine d'années. Pour la Présidence française étaient présents le ministre de la Défense Alain Richard et, lors du déjeuner, le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine. La prochaine présidence - néerlandaise - était représentée par des Secrétaires d'Etat.
Lors d'une très brève réunion à dix (les Etats membres à part entière: France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Espagne, Portugal et Grèce), le Conseil a pris une série de décisions très concrètes de nature institutionnelle préparant ce changement qui, le premier juillet 2001 au plus tard, entraînera la mise en place d'une structure allégée ou résiduelle de l'UEO, structure qui sera chargée justement du maintien de l'Article V, du soutien aux activités du GAEO et de l'OAEO et des relations avec l'Assemblée parlementaire de l'Union de l'Europe Occidentale (voir plus loin). Le Conseil a aussi, comme nous l'avions indiqué, confirmé que l'Union européenne reprendra les fonctions "pertinentes" du Centre satellitaire de l'UEO à Torrejon, en Espagne (certains pensent qu'il serait plus opportun de le transférer à Bruxelles) et de l'Institut d'Etudes de Sécurité de l'UEO qui a son siège à Paris (là aussi, on évoque l'opportunité de le déplacer à Bruxelles) ; cependant, pour des raisons en grande partie budgétaires, cette transformation du Centre et de l'Institut en agences de l'Union européenne ne pourra sans doute pas avoir lieu avant le début de 2001. Le Conseil a aussi discuté de l'avenir du personnel du Secrétariat de l'UEO et a approuvé un « Plan social » à son intention, sur lequel EUROPE reviendra. Le Secrétariat de l'UEO, dans son format allégé, devrait compter le premier juillet 2001 un personnel de seulement 29 agents, par rapport à 92 actuellement. Les départs ont d'ailleurs déjà commencé, le personnel recherchant ailleurs des tâches qui lui conviennent.
Six nouveaux membres du GAEO: Autriche, Finlande, Suède, Hongrie, Pologne et République tchèque
Comme d'habitude, le Conseil de l'UEO a été précédé par une réunion ministérielle - en principe, les ministres de la Défense - du GAEO (Groupe Armement de l'Europe Occidentale), sous la présidence du ministre grec de la Défense Akis Tsohatzopoulos (à qui succédera au début de l'année prochaine, pendant deux ans, son homologue italien Sergio Mattarella). Le GAEO a décidé en particulier l'adhésion comme membre à part entière de l'Autriche, de la Finlande, de la Suède, de la Hongrie, de la Pologne et de la République tchèque: ainsi, le GAEO compte 19 membres (qui ne sont pas tous membres à part entière de l'UEO, puisque parmi eux figurent en particulier le Danemark ou la Turquie).
M. Bühler insiste sur la préservation de la "dimension parlementaire" de l'UEO, sur le rôle du
Centre satellitaire et sur la coopération en matière d'armements
Dans son intervention devant le Conseil de l'UEO, le président de l'Assemblée de l'UEO, M.Bühler, a estimé en particulier que « l'implantation » au sein de l'UE du Centre satellitaire de l'UEO à Torrejon "constituera un atout stratégique » dont l'importance ne doit pas être sous-estimée, car, même si ses capacités sont encore modestes par rapport à celles d'autres organes analogues, le Centre « est une excellente base à partir de laquelle les efforts qui se sont récemment intensifiés vont pouvoir déboucher sur la constitution de capacités de renseignement spécifiquement européennes ». Les gouvernements devront, dans les années à venir, être en mesure de présenter des projets concrets dans ce domaine, tout comme ils devront faire des efforts au niveau des budgets de la défense. Sur un plan plus général, M. Bühler s'est interrogé sur le rôle que l'UEO continuera à jouer, sur ses nouvelles tâches. Le président a concentré son attention sur « trois domaines essentiels »: a) le maintien de l'obligation d'assistance collective énoncée à l'article V du Traité de Bruxelles modifié: M. Bühler a rappelé que l'Assemblée de l'UEO « plaide depuis longtemps pour le transfert de la clause d'assistance mutuelle à l'UE », et a estimé que, suite aux « transformations intervenues dans le paysage sécuritaire européen, cet objectif ne devrait plus être considéré comme inaccessible par les gouvernements » ; b) la coopération en matière d'armement au sein de l'UEO, à travers le GAEO et l'OAEO (Groupe et Organisation de l'Armement de l'Europe Occidentale): selon M. Bühler, il est « absolument indispensable » que ces organes jouent pleinement leur rôle au cours des prochaines années, afin de donner les impulsions nécessaires pour réaliser les « transformations en profondeurs » qui s'imposent dans l'industrie européenne des armements ; c) la fonction de forum poursuivant à 28 une réflexion stratégique sur la sécurité et la défense européenne, domaine dans lequel l'Assemblée de l'UEO a un rôle particulier à jouer: M. Bühler a affirmé en particulier que l'Assemblée poursuivra son dialogue avec les pays tiers, et notamment avec le Parlement russe.
Les gouvernements des pays membres ont un peu « délaissé » jusqu'ici le "volet parlementaire" de l'UEO, qui s'est développé au fil des années "jusqu'à devenir un forum très animé" , a remarqué M. Bühler. En notant que l'Assemblée de l'UEO réunit des parlementaires nationaux, il s'est exclamé: « « Je ne puis m'imaginer que la force européenne de réaction aux crises actuellement en cours de constitution puisse être déployée sans faire l'objet d'une autorisation ou d'une décision expresse de tous les parlements nationaux concernés ». Dans ce contexte, M. Bühler a rappelé que certains Etats membres de l'UE ont lancé l'idée de créer une seconde Chambre du Parlement européen, et a estimé que l'Initiative de Lisbonne prise par l'Assemblée de l'UEO au printemps dernier en vue de la création d'une Assemblée européenne de la sécurité et de la défense « procède de la même logique ». Au fur et à mesure que les structures de prise de décision en matière de sécurité se mettent en place au sein du Conseil de l'UE, « la nécessité d'un contrôle parlementaire équilibré apparaît de plus en plus clairement », a conclu M. Bühler, en affirmant: « Même si cette question ne peut pas, nous dit-on, être traitée de façon satisfaisante d'ici au sommet européen de Nice, ne nous leurrons pas: le sujet restera inscrit à l'ordre du jour européen ».
M. Solana: l'état-major de l'UEO doit transmettre son savoir-faire au futur état-major de
l'UE - Continuer à impliquer les pays tiers
Dans son intervention devant le Conseil réuni à 21 (les dix Etats membres à part entière, les cinq observateurs de l'UE et les six alliés européens de l'Otan non membres de l'UE, qui sont « membres associés » de l'UEO), le Secrétaire général de l'UEO - et de l'UE -Javier Solana a souligné en particulier la « culture ouverte de coopération pratique » qui s'est développée entre l'UEO et l'Alliance atlantique, en affirmant qu'il faudra « maintenir cet esprit de franche coopération à mesure que nous développerons les relations UE/Otan ». En outre, il a souligné que l'état-major militaire et le Comité militaire de l'UEO devront maintenant « transmettre leur savoir-faire au futur état-major militaire de l'UE » et mener à bien « les activités opérationnelles qui restent à l'UEO, en particulier l'étude théorique conjointe prévue avec l'Otan » pour juin 2001. Quant au Centre satellitaire de Torrejon, M. Solana a annoncé que son Directeur vient d'établir un rapport sur les moyens d'améliorer l'accès aux images satellitaires, comme le lui avait demandé le Conseil de l'UEO de Luxembourg, il y a un an: le Centre de l'UEO est « un organe multinational unique, à partir duquel l'UE créera son propre Centre satellitaire en 2002 », a-t-il souligné.
M. Solana s'est ensuite adressé au Conseil au grand complet, à 28 (avec les sept pays candidats à adhérer à l'UE et à l'Otan, qui ont le statut de « partenaires associés » de l'UEO), en soulignant en particulier qu'aujourd'hui, « la possibilité pour les 28 pays de participer aux opérations UEO est devenue la norme », et en citant l'exemple de la mission de police de l'UEO en Albanie et de l'opération de déminage en Croatie auxquelles ont participé des représentants de toutes les catégories de pays de l'UEO. L'UEO devra poursuivre sa mission en Albanie aussi longtemps que l'UE assumera cette responsabilité, a-t-il dit, en rappelant que l'UE s'est fixée comme objectif de pouvoir déployer 5000 officiers de police à partir de 2003. Je travaille avec la Commission afin de faire des propositions concrètes permettant de rendre l'action de l'UE dans ce domaine plus cohérente et plus efficace, a-t-il noté.