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Bulletin Quotidien Europe N° 7840
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Les confessions de Romano Prodi - En présentant de soi-même une image totalement inconnue sur la scène européenne, le président de la Commission a raconté son "année terrible", désormais dépassée

Clin d'œil au film de Nanni Moretti. La semaine dernière, dans une soirée organisée par le cercle culturel italien "Palombella" (clin d'œil au film de Nanni Moretti "Palombella rossa"), Romano Prodi a présenté de soi une image totalement inconnue jusqu'à présent sur la scène européenne: enjoué, vif, prêt à la répartie, plein d'anecdotes. Et en même temps sincère -douloureusement sincère par moment- sur les difficultés et les amertumes de sa première année à Bruxelles.

Il a reconnu avoir mal vécu certains moments, lorsque la presse internationale s'acharnait contre lui, en distribuant à l'opinion publique des bulletins scolaires dans lesquels tous les commissaires avaient la suffisance (et parfois des notes particulièrement flatteuses), lui étant le seul recalé. "Il n'y a rien à faire lorsque l'on devient le point de mire des médias: on peut seulement résister et continuer sa route. Et prouver avec les faits que derrière les prises de position et les initiatives, il y a un dessein, un projet, un objectif."

Romano Prodi n'a pas caché que sa première année de présidence avait été "une année terrible: attaques, critiques, crédibilité émoussée". Et par moment, il a dû payer le prix le plus cher qui puisse être demandé à un homme politique: le "prix du ridicule". Il reconnaît avoir dû y faire face, et il affirme en avoir été parfaitement conscient à plusieurs reprises. Par exemple, dans l'affaire Gheddafi: sa démarche auprès du leader libyen a été décrite comme une gaffe d'envergure, pour laquelle il a été non seulement critiqué mais parfois ridiculisé. Il a dû l'accepter ; et pourtant, il reste convaincu que son initiative apparemment avortée "a permis de changer les choses, dans le cadre d'une stratégie d'ensemble à l'égard de la région méditerranéenne. Plusieurs chefs de gouvernement ont ensuite rencontré le colonel. Le prix du ridicule est celui qu'on doit parfois payer lorsque l'on anticipe les événements."

Le tournant du 3 octobre. Il ne prétend toutefois pas ne s'être jamais trompé. "Je ne suis pas né en sachant tout, je dois apprendre", et il aime rappeler qu'en son temps, sa première année en tant que Premier ministre de son pays d'origine avait été tout aussi difficile que sa première année à Bruxelles. "Je ne sais pas si j'apprends bien, mais je sais que l'exigence de construire une Europe nouvelle est une exigence historique. Il faudra peut-être passer par une crise. Il faut de la patience."

A la question de savoir à quel moment il a eu la sensation que l'année terrible était en train d'être dépassée, il a situé le tournant à un moment précis: le discours du 3 octobre devant le Parlement européen à Strasbourg (lorsqu'il a défendu avec une vigueur inconnue auparavant le rôle de la Commission et la "méthode communautaire" face aux dérives de certains gouvernements): "le jour le plus beau de l'année, car j'ai compris que j'avais réussi à transmettre quelque chose aux parlementaires, à leur faire comprendre que derrière les mots, il y avait un travail d'étude, un projet, des convictions." Et le moment le plus dur ? "Choisissez vous-même, il y en a eu tellement..."

Nous partageons évidemment l'impression du président de la Commission que le discours du 3 octobre a représenté le tournant, puisque c'est exactement là que nous l'avions déjà situé en écrivant dans cette même rubrique que, depuis ce discours, Romano Prodi ne sera plus jamais un "homme seul" à Bruxelles, comme il l'avait ressenti à un moment donné (voir EUROPE du 12 octobre, page 3). Et nous avions en même temps essayé d'indiquer ce qui nous avait paru être ses erreurs initiales: une opinion erronée qu'il s'était forgée de loin (en prêtant foi à la presse britannique) de la fonction publique européenne, ou le recours, pour frapper les auditeurs, à des concepts comme celui du "gouvernement européen" qui hérissait certains chefs de gouvernement, à la place d'une conception plus claire et ferme du rôle effectif et irremplaçable de la Commission... Par ses propos de la semaine dernière, il a prouvé qu'il est maintenant prêt à jouer pleinement ce rôle. Tous ceux qui partagent une certaine conception de l'Europe reprennent confiance et sont avec lui. Et avec davantage de sympathie, après sa confession du cercle "Palombella".

Ferdinando Riccardi

 

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