Strasbourg, 26/09/2000 (Agence Europe) - Lors de la conférence sur les grandes infrastructures de recherche, qui s'est tenue la semaine dernière à Strasbourg (voir aussi EUROPE du 23 septembre, p.9), plusieurs ministres ont rejoint les scientifiques dans leur soutien à la construction de l'Espace européen de la Recherche, conformément au projet défini par le commissaire Philippe Busquin.
Le président du Conseil, Roger-Gérard Schwartzenberg, a souligné que la réalisation de ce projet, "ambitieux et nécessaire", représentera "un effort de grande ampleur pour l'Europe". "Le rôle de la recherche au 21ème siècle sera plus déterminant que jamais", a-t-il dit en rappelant qu'elle est à la fois "la matrice de nouvelles connaissances" et le "moteur principal de la compétitivité, de la croissance et de l'emploi". Après avoir évoqué la nécessité pour les pays européens de porter leurs efforts de recherche (en pourcentage du PIB) aux niveaux atteints par les Etats-Unis et le Japon, M. Schwartzenberg a longuement insisté sur les efforts à faire pour développer la mobilité des chercheurs. Il s'est entretenu avec M. Busquin, qui partage le même avis, de la création d'un groupe de travail qui serait chargé d'identifier toutes les barrières (culturelles, administratives, financières...) qui entravent la circulation des chercheurs afin qu'elles puissent être levées. Il estime qu'il faut augmenter les financements communautaires consacrés à la mobilité des chercheurs, avec un objectif de 8000 postes équivalents chercheurs financés annuellement par l'UE. M. Schwartzenberg a aussi souhaité que l'on étudie la création de "bourses de retour pour les post-docs" pour faciliter le retour des chercheurs européens qui se trouvent en dehors du territoire de l'UE et mettre ainsi un terme à ce que l'on a qualifié de fuite des cerveaux. (EUROPE rappelle qu'il s'agit là d'une proposition déjà ancienne de la Commission européenne à laquelle le Conseil s'est opposé jusqu'à présent). Quant aux infrastructures de recherche, leur financement dépasse souvent les capacités financières d'un seul Etat et une approche européenne est devenue indispensable. Il s'est prononcé pour le concept de "géométrie variable" et l'utilisation des mécanismes des articles 168 et 169 du Traité qui permettraient à des Etats membres intéressés par la construction d'une nouvelle installation de recherche, dans le cadre d'un projet cohérent et d'intérêt européen, d'obtenir un cofinancement de l'UE.
Le ministre portugais Mariano Gago a plaidé pour une politique commune dans le domaine des musées et d'autres lieux qui permettent au public de mieux appréhender la science. Il a souligné que la convivialité est importante même pour les chercheurs et qu'il est dès lors indispensable de disposer de lieux où des chercheurs européens puissent travailler ensemble et qui soient aussi attrayants pour des chercheurs d'origine étrangère. Evoquant les solutions comme "la géométrie variable" pour les infrastructures, il a dit: "La géométrie variable est un concept militaire qui concerne les avions de chasse et certains ne survivent pas", en soulignant la nécessiter de l'adapter parce que les programmes et les infrastructures de recherche doivent être conçus pour durer. Il faut aussi éviter les dérives qui conduiraient à refinancer les laboratoires nationaux ou à diminuer les financements nationaux en les remplaçant par des financements communautaires. Revenant sur le dossier de l'interconnexion à grande vitesse, il s'est félicité que la décision ait été prise mais a aussitôt regretté que "l'investissement ne soit ni massif ni rapide". M. Gago a aussi déploré l'absence d'une politique coordonnée en matière d'information et de publications scientifiques. En ce qui concerne la mobilité des chercheurs, il a invité les participants à se mobiliser dans leurs pays pour soutenir les propositions de la Commission. Il a aussi souhaité que l'on mette en place au niveau européen une bourse d'offres et de demandes d'emplois et que l'on élabore une directive sur le recrutement.
Le ministre suédois Thomas Ostros a salué les efforts du commissaire Busquin et de M. Gago pour faire progresser la discussion sur la recherche. Tout en apportant son soutien à l'ensemble du projet d'Espace européen de la Recherche, il a indiqué que la future Présidence suédoise entend notamment mettre l'accent sur le dossier des infrastructures. Après avoir souligné l'impérieux besoin de ressources supplémentaires, il a insisté sur la nécessité de définir les besoins et les moyens adéquats pour y répondre en évitant, comme cela a parfois été le cas par le passé, de se préoccuper d'abord du lieu où l'on installera les infrastructures. Il a aussi dit qu'il faudra éviter de créer des "structures conservatrices".
L'ensemble de ces questions devraient être discutées par le Conseil "Recherche" du 16 novembre prochain, à partir de la note d'orientation sur les futures actions de recherche de l'UE et sur le VIème programme-cadre que la Commission doit adopter dans une dizaine de jours. A cette occasion, la Présidence française devrait proposer au Conseil d'adopter une résolution pour marquer son engagement à développer rapidement une véritable politique européenne de la recherche qui irait au-delà de l'actuel programme-cadre. La future Présidence suédoise envisage d'organiser à la mi-février une réunion informelle des ministres de la Recherche, avec deux thèmes principaux: - les infrastructures; - les relations entre la science et la société.