Paris, 18/05/2000 (Agence Europe) - Sur ce thème, un colloque international a eu lieu à Paris, à l'Assemblée nationale, les 9 et 10 mai. Cette manifestation -à la fois commémorative et prospective- était organisée sous le patronage conjoint de l'Association Jean Monnet et de la Fondation Robert Schuman. Symboliquement, la tribune était dominée par deux grands portraits: un Jean Monnet souriant - "l'inspirateur", comme le qualifia le général de Gaulle - et un Robert Schuman pensif - le décideur, celui qui, avec courage, porta le projet et réussit à convaincre, d'abord ses collègues du gouvernement français, puis les dirigeants de cinq autres gouvernements, de risquer ce "saut dans l'inconnu", cinq ans après la fin de la guerre. On ne saurait résumer ni même citer les quelque vingt communications qui évoquèrent, sous divers aspects, le tournant du 9 mai 50 et les développements de l'intégration de l'Europe, puis l'avenir prochain de l'Union européenne: réformes indispensables, élargissement annoncé, organisation du monde de demain.
Le président de l'Assemblée nationale, M. Raymond Forni, donna le ton en accueillant les participants: "Où en sommes-nous en Europe ? Les résultats atteints sont considérables, au point de paraître tout naturels. L'attractivité du modèle européen est démontrée par l'aspiration des pays de l'Europe centrale et orientale à s'associer à cette oeuvre, et à y lier leurs destins. Ces données sont le fruit de l'application obstinée de la méthode prônée après la guerre par Jean Monnet, et reprise à son compte par Robert Schuman".
Parmi les communications, nous citerons - non sans un certain arbitraire - celles d'Alain Duhamel ("l'Europe: une chance pour la France") et d'Anthony Rowley sur les oppositions, en 1950-51, de certaines élites françaises (politique, patronales, syndicales) au Plan Schuman. Francois Duchêne, ancien collaborateur britannique de Monnet, exposa avec finesse les raisons pour lesquelles le Royaume-Uni refusa d'adhérer aux objectifs de cette initiative continentale, donc suspecte. Le Professeur Jean-Louis Quermonne présenta d'intéressantes suggestions sur la nécessaire réforme des institutions européennes avant l'élargissement, tandis que l'ancien Premier ministre polonais Piotr Nowina-Konopka, président de la Fondation Robert Schuman de Varsovie, exprima l'impatience des pays candidats, et notamment le souci de la Pologne de ne pas "manquer le train".
Deux communications, celles de Jean Boissonnat et de Michel Albert, traitèrent de l'euro, de ce que l'on appelle "la crise de l'Euro", et montrèrent que la solution du problème, dont il faut se garder de surestimer l'importance à court terme, ne relève pas principalement de mesures techniques, mais bien de la volonté politique des responsables, tant au niveau des gouvernements qu'à celui des institutions européennes.
La mondialisation fut le sujet traité par Georges Berthoin, ancien collaborateur de Monnet et président d'honneur de la Commission Trilatérale. Pourquoi, s'interroge-t-il, la méthode Monnet-Schuman, qui consiste en une relation organisée entre un pouvoir d'analyse, de conception et de proposition, d'une part, et les décideurs politiques, d'autre part, ne pourrait être mise en pratique au niveau mondial ? Mais où sont, aujourd'hui, les Monnet et les Schuman qui auraient - ensemble - l'imagination et le courage ?
Citons encore les interventions du Professeur Henri Rieben (Lausanne), de Jean-Louis Bourlanges, Catherine Lalumière, François Bayrou (membres du Parlement européen), d'Anne-Marie Idrac (présidente du Mouvement européen - France), du ministre français aux affaires européennes Pierre Moscovici, ainsi que les présidences de Mario Soares et de Nicole Fontaine. Il revint à Raymond Barre la tâche de conclure, avec brio, compétence et autorité, ce colloque dont on peut penser que ses "actes" resteront, non comme une plaque commémorative sur un monument d'histoire, mais comme un panneau indicateur pour les Européens d'aujourd'hui et de demain.
Renseignements: Fondation Robert Schuman, 29 boulevard Raspail, F-75007 Paris (Tél.: 331 53 63 83 00) et Association Jean Monnet, 9 bis rue Georges Berger, F-75017 Paris (tél.: 331 56 33 71 00).