Strasbourg, 18/05/2000 (Agence Europe) - Le débat sur le rapport Katiforis, concernant les Grandes orientations de politique économique pour l'UE et pour les Etats membres, a permis au Parlement européen de s'exprimer de façon générale, avec la participation du commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, sur la situation économique de l'Europe et sur ses perspectives. Et naturellement des sensibilités différentes se sont exprimées.
Le plein emploi suppose la croissance, et il n'y a pas de croissance sans investissements, a affirmé le socialiste grec Giorgios Katiforis, rapporteur sur les recommandations de la Commission concernant les grandes orientations économiques des Etats membres et de la Communauté pour l'an 2001. Cependant, il faut se méfier, selon M. Katiforis, du recours aux investissements publics comme moyen de gestion de la demande, et de se concentrer sur la réduction des obstacles à la création de nouvelles entreprises et sur des réformes structurelles du marché du travail. M. Katiforis a aussi mis en garde contre une trop "grande vulnérabilité aux hauts et bas des marchés américains".
Le rapporteur pour avis de la commission de l'emploi, M. Cucilovo, Forza Italia, a plaidé pour une plus grande synergie entre l'économique et le social, et M. von Wogau (CDU) pour la commission économique, a estimé que la stabilité monétaire est la base même d'une bonne politique sociale. Le coût du chômage est estimé à 12% du PNB de l'UE, a constaté la sociale-démocrate allemande Christa Randzio-Plath, présidente de la commission économique et monétaire, en se prononçant pour un véritable gouvernement économique européen et pour un accord interinstitutionnel visant à combler le déficit démocratique dans le cadre de l'UEM. Moins de rigidités, aussi bien sur le plan public que sur le plan privé, voici ce qu'a prôné M. Gasoliba i Böhm, élu espagnol au groupe libéral, alors que la travailliste britannique Mme McNally insiste sur la nécessité d'un effort beaucoup plus substantiel dans le domaine de la recherche, un effort que les pays de l'Union doivent faire ensemble.
Les Verts ne peuvent accepter ni le document de la Commission européenne ni le rapport Katiforis: le député français Alain Lipietz s'est insurgé contre une société fondée sur le savoir qui ne donnerait pas au capital humain le temps de se former et de s'adapter. Mêmes réticences au sein de la gauche unitaire: c'est une plus grande protection sociale qui s'impose, selon M. Theonas, élu grec, alors que le PDS allemand Brie refuse le fétichisme de la croissance et craint pour le modèle européen et Mme Bordes, Lutte ouvrière, demande que tous puissent profiter de la croissance.
Les problèmes de l'euro ont été évoqués par plusieurs parlementaires, notamment: Georges Berthu (Groupe pour l'Europe des Nations) qui s'étonne de ne rien lire sur l'euro dans les deux documents en discussion; la communiste française Sylviane Ainardi, qui souhaiterait que l'on tire les conséquences de la chute de l'euro depuis seize mois pour la politique économique; Ole Krarup, Europe des différences et des démocraties. L'euro est de plus en plus écrasé par la suprématie du dollar, a constaté enfin Armando Cossutta, PCI, en dénonçant le rappel "obsessionnel" au Pacte de stabilité et à un monétarisme qui va à l'encontre des intérêts des travailleurs.
Quant à l'idée d'un gouvernement européen, ce ne sont pas les onze de l'euro et l'Ecofin qui doivent se l'approprier, a mis en garde la socialiste néerlandaise van den Burg.
Le commissaire européen M. Solbes a commencé, sans vouloir ouvrir un débat sur l'euro, par essayer de rassurer les parlementaires: la position de l'euro va s'améliorer si la croissance et la stabilité des prix sont assurées. La Commission est également convaincue que le plein emploi peut être atteint si les politiques qu'elle propose seront réalisées. Elle comprend les soucis des parlementaires dans ce domaine: mais dans son esprit, la flexibilité sur le marché du travail ne doit pas nuire aux travailleurs; au contaire, elle doit permettre de créer de nouveaux emplois et améliorer la qualité du travail. Quant à la croissance, elle ne pourra passer la barre des 3% sans investissements publics et privés. Si ces investissements atteindront, comme on le prévoit, une hausse de 23% en 2004, on sera tout près de l'objectif fixé dans le Livre blanc sur la croissance et la compétitivité.
Quant à la participation du Parlement au débat sur les orientations économiques, M. Solbes constate que la coopération s'est améliorée; que l'idée d'"entretiens économiques" réunissant Commission et membres du Parlement pourrait être un instrument utile.
La définition de la politique économique reste de la compétence des Etats membres, mais une coordination est nécessaire, affirme en conclusion M. Solbes: cette coordination respecte le principe de la subsidiarité et ne constitue pas une ingérence, comme le soutiennent certains; elle est explicitement prévue par les traités.
Le PE invite la plupart des Etats membres à réduire la charge fiscale et préconise les libéralisations
En adoptant, par 372 voix contre 104 et 36 abstentions, le rapport Katiforis, le Parlement a mis l'accent sur la marge de manoeuvre qui existe dans de nombreux Etats membres pour réduire la charge fiscale, notamment celle qui découle des systèmes de sécurité sociale et pèse trop lourdement sur l'emploi. Le Parlement insiste en particulier pour la réduction des coûts liés au lancement d'une nouvelle entreprise et demande que soit poursuivie la réforme structurelle du marché du travail. Il se prononce aussi pour des efforts supplémentaires en vue d'éliminer les obstacles et de créer un marché unique de l'électricité , du gaz et des télécommunications et aussi des services financiers. Dans le but d'aider les petites et moyennes entreprises, la Commission européenne est invitée à élaborer des systèmes communautaires d'aides aux associations de PME, qui devraient fournir des informations, des services de prêts et une assistance juridique mais aussi contribuer à assurer un financement public.
En adoptant un amendement du démocrate-chrétien français Alain Lamassoure, le Parlement rappelle que la crédibilité de l'euro dépend entre autres de la manifestation concrète de la volonté politique des gouvernements d'agir en commun et regrette l'insuffisance des efforts des gouvernements pour coordonner leurs politiques budgétaires et fiscales au-delà de la seule résorption des déficits, alors que cette coordination est devenue nécessaire au sein de l'Union économique et monétaire (361 pour, 140 contre et 10 abstentions).