Bruxelles, 13/03/2000 (Agence Europe) - Le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel a lancé lundi un appel à ses partenaires de l'UE pour qu'ils renouent le dialogue avec son pays en vue de mettre un terme à l'isolement politique du nouveau gouvernement ÖVP/FPÖ, estimant que l'UE ne pourra fonctionner que si tous les pays membres y participent "sans discriminations". En même temps, le chef du gouvernement autrichien a assuré qu'il n'entend pas bloquer systématiquement les décisions exigeant l'unanimité au Conseil.
"J'ai suggéré de revenir au dialogue à Quinze. Il doit être possible que tous les membres de la famille, que tous les Quinze recommencent à nouveau un dialogue", a déclaré M. Schüssel à la presse à l'issue de son entretien avec le président du Conseil européen, Antonio Guterres. Le Premier ministre portugais avait décidé de ne pas faire escale à Vienne dans le cadre de sa tournée des capitales destinée à préparer le sommet extraordinaire de Lisbonne des 23/24 mars, mais de rencontrer le chef du gouvernement autrichien à Bruxelles. M.Guterres a aussi évité d'apparaître ensemble avec M.Schüssel devant la presse (le Premier ministre portugais a fait un point de presse improvisé séparé), en donnant comme raison un "agenda de travail extrêmement chargé" (il s'est rendu immédiatement à Berlin pour rencontrer le chancelier Schröder).
M.Schüssel a souligné que sa présence à Bruxelles doit être comprise comme un "geste de bonne volonté" de la part du gouvernement autrichien de faire "le premier pas" vers une solution du problème. Le chancelier estime cependant qu'il ne revient pas à l'Autriche de suggérer aux Etats membres une sorte de "plan de retrait" ou de "stratégie de sortie" leur permettant de sortir de l'impasse actuelle. "La balle est dans le camps des Quatorze". Et il a expliqué: "Je pense que l'Union européenne ne peut fonctionner que si tous les 15 pays membres sont inclus dans le dialogue, sans discrimination. Ce qui n'est pas le cas actuellement. Je suis persuadé qu'on ne peut pas opérer une distinction entre affaires bilatérales et communautaire (...) Le Traité d'Amsterdam nous oblige d'être entièrement solidaires, entre tous les Quinze", a-t-il déclaré.
"J'ai demandé au président du Conseil de mettre les points sur les i". Tout ceux qui aiment l'idée européenne et qui se battent pour elle doivent agir contre cette évolution. Il est inacceptable que, pour des raisons politiques, les Etats membres prennent des mesures qui vont très clairement à l'encontre des principes du Traité d'Amsterdam", a dit le chancelier. En même temps, l'Autriche est "évidemment consciente" du fait que le Traité d'Amsterdam oblige les Etats membres à respecter "les plus hauts standards en matière de protection de l'Homme et de respect de la démocratie", a souligné M. Schüssel, en rappelant que l'inclusion de ce paragraphe dans le Traité avait été une initiative italo-autrichienne (lui-même l'avait lancée avec son ancien collègue Lamberto Dini. "Soyez rassuré que je serai donc toujours un partenaire, voir même une force motrice, pour veiller au respect de ces principes", a-t-il dit.
M. Schüssel a souligné que son gouvernement, en place depuis cinq semaines, n'a jusqu'ici rien fait qui puisse être en contradiction avec l'esprit, les valeurs ou les règles de l'UE. "Au contraire, nous avons soulevé des problèmes qui n'ont pas été soulevés par les anciens gouvernements", a dit le chancelier, citant comme exemple l'ouverture de négociations visant à compenser financièrement les travailleurs forcés de plusieurs pays d'Europe centrale et orientale sous le régime nazi et l'intention du gouvernement d'améliorer les droits des diverses minorités ethniques (Slovènes, Croates, Tchèques, Slovaques, Hongrois, Rom) vivant en Autriche. "Dans tous ces domaines, je vais faire plus que d'autres chefs de gouvernement avant moi, non pas suite à des pressions extérieures, mais parce que j'en suis personnellement convaincu", a dit M. Schüssel.
M. Schüssel a annoncé que la Présidence portugaise lui avait donné son aval pour qu'il puisse exprimer, en détail, le point de vue autrichien devant les quatorze chefs d'Etat et de gouvernement à l'occasion du dîner lors du Sommet extraordinaire de Lisbonne.
Selon M. Guterres, il faudrait que le parti de M. Haider change de nature
M. Guterres, lors d'un point de presse séparé à l'issue de son entretien avec M.Schüssel, a affirmé que le FPÖ devra changer sa "nature" pour permettre une solution au problème des sanctions bilatérales des Quatorze contre Vienne. "Le problème se trouve dans la nature du FPÖ. J'attends à ce que la nature du FPÖ change. Personnellement, je pense que la question est de savoir si le FPÖ est capable de changer sa nature ou pas", a dit M.Guterres. Le Premier ministre portugais a insisté sur le fait que les sanctions visent le gouvernement et pas le peuple autrichien.