L’Union européenne a annoncé, lundi 11 mai, de nouvelles sanctions à l’encontre de responsables de l’enlèvement d’enfants ukrainiens et un soutien financier de 50 millions d’euros pour aider à la lutte contre cette pratique.
Près de 20 500 enfants ukrainiens auraient été déportés et transférés de force par la Russie depuis le début de la guerre d’agression et seulement 2 100 d'entre eux auraient retrouvé leur famille. « Parmi les horreurs infligées par la guerre menée par la Russie, l'enlèvement d'enfants ukrainiens est l'une des pires. Voler des enfants est une attaque russe délibérée contre l'avenir de l'Ukraine », a dénoncé la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, devant les médias.
Le Conseil de l’UE a ainsi adopté des sanctions à l’encontre de 16 personnes et sept entités « responsables de la déportation illégale systématique, du transfert forcé, de l'assimilation forcée (y compris l'endoctrinement et l'éducation militarisée) de mineurs ukrainiens ainsi que de leur adoption illégale et de leur transfert vers la Fédération de Russie et les territoires temporairement occupés ».
Il s'agit d'institutions liées au ministère russe de l'Éducation, telles que les centres pour enfants panrusses ‘Orlyonok’, ‘Voiles écarlates’ et ‘Smena’, du centre DOSAAF de Sébastopol, de l'école navale Nakhimov, du club militaro-patriotique 'Patriote' en Crimée et de l’Avangard Military Camp.
Des responsables politiques avec des postes en lien avec les mineurs, dont Egor Logunov, « ministre de la Politique de la Jeunesse du soi-disant ministère de la Politique de la Jeunesse » de la région occupée de Zaporijjia, et des chefs de centre accueillant des enfants ukrainiens font aussi l’objet de mesures.
Selon la Haute Représentante, l’UE a déjà sanctionné plus de 100 personnes et entités impliquées dans la déportation, le transfert forcé et la prétendue rééducation d'enfants ukrainiens.
Voir les actes juridiques : https://aeur.eu/f/lv7
En amont de la réunion de haut niveau de la Coalition internationale pour le retour des enfants ukrainiens, la commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, a annoncé en outre 50 millions d’euros de soutien. « Ces fonds permettront de soutenir le système ukrainien de protection de l’enfance. Chaque enfant rapatrié devra bénéficier d’un soutien adapté, rapide et ancré dans sa communauté », a expliqué Mme Kos. De plus, une partie des fonds consacrés, selon elle, à l’éducation préscolaire et « au moins un million d’euros » seront alloués au renforcement des capacités numériques des citoyens ukrainiens, leur permettant notamment de déposer des demandes pour des compensations.
La ministre canadienne Anita Anand, coorganisatrice de l'évènement, a estimé que le travail devait se concentrer sur trois priorités. Tout d’abord, le retour des enfants. « L'Ukraine et ses partenaires ont accompli un travail considérable, mais le rythme devra s'accélérer », a-t-elle plaidé. La deuxième priorité est la réhabilitation et la réintégration, « afin de garantir aux enfants traumatisés par une séparation prolongée d'avec leur famille, leur communauté et leur culture un soutien psychologique et communautaire ». Enfin, il s'agit de rendre des comptes. « La déportation illégale et le transfert forcé d'enfants ukrainiens par la Russie constituent une grave violation du droit international », a rappelé Mme Anand.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, a appelé à faire plus. « Chacun doit prendre des mesures concrètes », a-t-il plaidé.
M. Sybiha a appelé à travailler à la mise en œuvre de la résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies du 3 décembre 2025, qui exige le retour immédiat, sûr et inconditionnel de ces enfants. Selon lui, il faut une pression accrue sur la Russie et les personnes impliquées, qu’elles soient responsables des enlèvements ou qu’elles aient adopté les enfants. « Le moment est venu d'agir, d'utiliser tous les instruments et les voies diplomatiques. Nous avons de bons exemples avec certains pays comme le Qatar. Ils sont très efficaces et nous essayons d'élargir la liste de ces capitales efficaces qui pourraient nous aider à récupérer nos enfants », a-t-il ajouté.
De son côté, Kaja Kallas a rappelé que le programme pilote ukrainien de localisation et de vérification du sort des enfants ukrainiens a déjà permis de localiser plus de 1 300 enfants et d'établir des pistes pour 1 800 autres.
Le Canada accueillera un sommet les 28 et 29 septembre à Toronto, cette année, afin de poursuivre les efforts pour le retour des enfants ukrainiens.
Commission internationale des réclamations. Par ailleurs, lors du Conseil des Affaires étrangères, les ministres ont donné leur accord pour que l’UE devienne partie à la Commission internationale des réclamations (EUROPE 13860/3).
L'UE pourra ainsi remettre l’instrument de conclusion de la Convention établissant une Commission internationale des réclamations pour l'Ukraine le 14 mai, à l'occasion d'une réunion consacrée à la Convention à Chișinău (EUROPE 13865/10). (Camille-Cerise Gessant)