L’Union européenne et les Balkans occidentaux sont convenus, lundi 11 mai, de renforcer leur coopération en matière de politique étrangère, de sécurité et de défense, notamment face aux menaces hybrides liées à la Russie. Ils ont également discuté de l’état d'avancement des réformes nécessaires au processus d’élargissement. Ces échanges ont eu lieu en amont du sommet UE-Balkans occidentaux prévu le 5 juin à Tivat, au Monténégro, lors de deux réunions ministérielles parallèles : le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles et le Conseil informel 'Affaires générales' à Nicosie.
Renforcement de la coopération en PSDC. « Les Balkans occidentaux constituent une priorité stratégique pour l’UE », a indiqué la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, à l’issue du Conseil des Affaires étrangères. Cela se traduira par « un soutien accru de l’UE contre les menaces hybrides et la désinformation, un nouveau partenariat de sécurité et de défense avec le Monténégro » - partenariat que l’UE a déjà signé avec l’Albanie et la Macédoine du Nord - ainsi qu’un recours accru à la Facilité européenne pour la paix afin de renforcer leurs capacités de défense. En contrepartie, l’UE attend « plus » de progrès dans le domaine de l’État de droit et un « alignement clair » sur la politique étrangère européenne.
Démission du Haut Représentant en Bosnie-Herzégovine. Les Vingt-sept ont également discuté de la situation en Bosnie-Herzégovine et de la nécessité de « ne pas laisser le pays dériver », à la suite de l’annonce du Haut Représentant, l’Allemand Christian Schmidt, qu'il quittera ses fonctions. « Nous devons rester unis pour trouver un successeur », a déclaré Mme Kallas.
Intégration graduelle, élargissement fondé sur le mérite. La commissaire à l’Élargissement, Marta Kos, a reconnu que l’UE utilisait encore une méthodologie d’élargissement « vieille de 40 ans », tout en saluant les discussions positives autour d’une intégration graduelle, notamment dans le marché unique et la sécurité.
« L’élargissement est et doit rester fondé sur le mérite. Des réformes crédibles et des progrès mesurables sont la meilleure garantie que l’élargissement renforcera l’unité, l’efficacité et le rôle mondial de l’Union », a expliqué depuis Nicosie la vice-ministre chypriote des Affaires européennes, Marilena Raouna, dont le pays assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l´UE. Elle a précisé que, malgré « le contexte géopolitique et sécuritaire difficile », il n’existait « aucun raccourci » dans le processus d’élargissement, et que les réformes fondamentales - État de droit, institutions démocratiques, indépendance judiciaire, liberté des médias, administration publique et gouvernance économique - « restaient au cœur des négociations ». De son côté, le commissaire européen au Budget, Piotr Serafin, a souligné le large soutien au principe d’« intégration graduelle » des pays candidats avant l’adhésion complète.
Depuis Nicosie, et comme d´autres ministres l'ont rappelé à Bruxelles, le ministre délégué français chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, a qualifié l’élargissement de « nécessité géopolitique », tout en rappelant que le processus devait rester « fondé sur le mérite ».
« L’élargissement est un impératif pour l’Union européenne autant que pour les pays candidats. Il s’agit de sortir les Balkans occidentaux de la zone grise de l’Europe », a résumé à Bruxelles le ministre de Macédoine du Nord, Timcho Mucunski.
Le Monténégro, le bon élève. Le vice-premier ministre monténégrin, Ervin Ibrahimović, a réaffirmé l’objectif de conclure les négociations cette année et de rejoindre l’UE en 2028. Marta Kos a souligné les progrès du Monténégro, qui pourrait achever la partie technique des négociations à la fin de 2026 ou au début de 2027. Ce pays serait « le bon élève », selon le ministre luxembourgeois, Xavier Bettel. Le 13 mai, le groupe de travail du Conseil chargé de la rédaction du traité d’adhésion avec le Monténégro se réunira pour la première fois.
Décaissement prochain au titre du Plan de croissance. Marta Kos a aussi annoncé de nouveaux paiements du Plan de croissance pour l’Albanie, le Monténégro et la Macédoine du Nord, en précisant qu'aucune décision n'avait été prise pour la Serbie. Environ 160 millions d'euros seront décaissés prochainement pour ces trois pays, d'après une source communautaire consultée par Agence Europe.
Kosovo et Serbie. Le ministre des Affaires étrangères du Kosovo, Glauk Konjufca, a affirmé que son pays poursuivait les réformes et souhaitait obtenir le statut officiel de candidat à l’UE, tandis que son homologue serbe, Marko Đurić, a dit que la Serbie maintenait une politique étrangère « équilibrée » et « pro-européenne » et ne devait pas être « traitée comme un mouton noir ». Il a réitéré la proposition du président serbe, Aleksandar Vučić, visant à faire entrer l’ensemble des Balkans occidentaux dans l’UE « immédiatement», en plaidant pour que « l’intégration de la région dans l’espace Schengen soit débloquée cet été ». (Ana Pisonero Hernández)