Les conséquences de l’attaque des États-Unis et d’Israël lancée samedi 28 février en Iran et des représailles de Téhéran (voir autre nouvelle) se sont manifestées sans délai sur les marchés européens et internationaux de l’énergie, lundi 2 mars.
La principale raison concerne la perturbation, depuis le 28 février, des flux de pétrole et de gaz du Moyen-Orient qui transitent par le point de passage énergétique le plus important au monde, le détroit d'Ormuz, représentant un cinquième de la consommation mondiale de pétrole (20 millions de barils par jour).
En outre, la compagnie énergétique publique qatarie QatarEnergy a annoncé, au cours de la journée, interrompre sa production de gaz naturel liquéfié (GNL) à la suite d'attaques iraniennes contre ses installations de traitement de gaz. Les exportations qataries représentent, avec celles des Émirats arabes unis, environ 20% du commerce mondial de GNL.
De possibles flambées de prix. Pour le gaz, le contrat à terme du TTF néerlandais, référence européenne, a enregistré lundi une hausse de plus de 50%, à près de 49 euros le mégawattheure.
Pour la référence internationale du pétrole, le prix du baril de Brent, quant à lui, a flirté avec les 80 dollars.
Si l’Europe est bien moins dépendante du pétrole du Golfe et du GNL que l'Asie, elle n’est pas immunisée contre les soubresauts des prix du pétrole et du gaz, comme le souligne le groupe de réflexion Bruegel.
« Le pétrole et le GNL sont des marchés mondiaux : tout blocage du détroit d’Ormuz peut déclencher des flambées de prix immédiates qui toucheraient l’Europe, indépendamment de ses importations physiques limitées », écrit le chercheur Simone Tagliapietra.
En outre, si les prix du pétrole et du gaz augmentent simultanément, la substitution sera plus difficile, « ce qui pourrait déclencher une nouvelle demande de charbon et une pression accrue pour réduire la demande », a-t-il fait remarquer.
GNL : la plus grande vulnérabilité européenne. Selon Bruegel, la plus grande vulnérabilité de l’Europe est le GNL, car un resserrement de l’offre forcerait l’Europe à rivaliser avec les acheteurs asiatiques pour des cargaisons flexibles sur le marché spot – comme cela a pu être observé lors de la crise énergétique de 2021-2023.
Cela ferait inévitablement grimper les prix du gaz en Europe, d'autant plus que le continent a commencé l'année 2026 avec des niveaux de stockage de gaz inférieurs à ceux des dernières années.
Une porte-parole de la Commission européenne a tenté de rassurer : « Nos stocks souterrains de gaz de l'UE sont actuellement remplis à environ 30%, ce qui reste dans les limites fixées par l'UE pour garantir des niveaux adéquats à la fin de l'hiver et assurer le réapprovisionnement au cours de l'été prochain ». La saison de chauffage prend fin le 31 mars.
À ce stade, la Commission estime néanmoins qu’il n’y a pas de risque immédiat pour la sécurité d’approvisionnement en énergie de l’UE. Elle a demandé aux États membres de présenter leurs évaluations nationales et a convoqué un groupe de coordination sur le pétrole.
Le volet énergétique a également fait partie des discussions du Collège de sécurité à la Commission européenne, qui a annoncé la tenue, cette semaine aussi, d'un groupe de travail sur l'énergie avec les États membres et l'Agence internationale de l'énergie. (Pauline Denys)