Les responsables européens ont mis en garde, depuis les premières frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, contre un long conflit au Moyen-Orient. Lundi, les frappes américaines et israéliennes se poursuivaient sur l’Iran et ses soutiens terroristes, notamment au Liban, tout comme les représailles iraniennes sur Israël, les pays du Golfe et les bases alliées dans la région.
Des échanges diplomatiques se sont succédé tout le week-end pour les responsables européens, entre Conseil informel des ministres des Affaires étrangères de l’UE, réunion du G7 et du Conseil de sécurité des Nations unies ou encore de l’E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni). La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est entretenue avec neuf responsables européens et de la région, et la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, a également multiplié les contacts.
La Commission européenne a organisé, lundi, un collège de sécurité (voir autres nouvelles), et une réunion conjointe entre les ministres des Affaires étrangères de l’UE et des pays du Conseil de coopération du Golfe pourrait aussi avoir lieu dans les prochains jours.
Lundi, devant les médias, Ursula von der Leyen a rappelé qu’il fallait œuvrer « sans relâche à la désescalade et à la prévention de l'extension du conflit », condamnant « avec la plus grande fermeté les attaques inconsidérées et aveugles perpétrées par l'Iran et ses alliés contre des territoires souverains dans toute la région » et que la stabilité de la région était « primordiale ».
Samedi, dans une déclaration conjointe avec le président du Conseil européen, António Costa, elle avait réaffirmé un engagement indéfectible à préserver la sécurité et la stabilité régionales. Les deux présidents avaient appelé toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue, à protéger les civils et à respecter pleinement le droit international.
« Seule une solution diplomatique permettra une transition crédible pour l'Iran, l'arrêt définitif de ses programmes nucléaire et balistique, ainsi que la cessation de toute activité déstabilisatrice dans la région », a rappelé la présidente lundi. Selon elle, avec ces frappes américaines et israéliennes, « un espoir renaît pour le peuple iranien opprimé, et nous soutenons fermement son droit à déterminer son propre avenir ».
Condamnation des frappes iraniennes. Dimanche, à l'issue d'un Conseil des Affaires étrangères extraordinaire par visioconférence, la Haute Représentante, au nom des 27 États membres, avait aussi appelé à un apaisement.
« Le Moyen-Orient a beaucoup à perdre d’une guerre prolongée », a-t-elle souligné dans une déclaration. « Nous appelons à la plus grande retenue, à la protection des civils et au plein respect du droit international, notamment des principes de la Charte des Nations Unies et du droit international humanitaire », a-t-elle ajouté, estimant que les attaques et les violations de la souveraineté de plusieurs pays de la région perpétrées par l’Iran étaient « inexcusables ».
« L’Iran doit s’abstenir de toute frappe militaire aveugle. Nous exprimons notre solidarité avec nos partenaires de la région qui ont été attaqués ou affectés », a précisé Mme Kallas. Aucun commentaire n’a, à l’inverse, été fait concernant les frappes américaines et israéliennes, les États membres étant divisés à ce sujet.
La Haute Représentante a aussi rappelé que l’UE avait adopté des sanctions « d’envergure » en réponse aux agissements des autorités iraniennes.
« La mort d'Ali Khamenei marque un tournant dans l'histoire de l'Iran. L'avenir est incertain. Mais une voie s'ouvre désormais vers un Iran différent, un Iran où le peuple aura davantage de liberté pour façonner son destin », a ajouté Kaja Kallas sur X. Le porte-parole de la Commission européenne Anouar El Anouni a estimé que l’on se rappellerait de Khamenei « pour son règne brutal, la répression, l'oppression, les violations des droits du peuple iranien, ainsi que pour les actions déstabilisatrices et illégales de l'Iran au Moyen-Orient et au-delà ».
Selon Mme Kallas, l’UE reste en contact étroit avec ses partenaires dans la région afin de contribuer à la désescalade et continuera de contribuer à tous les efforts diplomatiques visant à réduire les tensions et à trouver une solution durable pour empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire.
Renforcement de l’opération Aspides et de la protection de Chypre. La Haute Représentante a en outre prévenu que les événements en Iran ne devaient pas conduire à une escalade susceptible de menacer le Moyen-Orient, l’Europe et le reste du monde, « avec des conséquences imprévisibles, y compris sur le plan économique ». « Il est impératif d'éviter toute perturbation des voies maritimes essentielles, comme le détroit d'Ormuz », a-t-elle prévenu.
L'opération militaire de l'UE en mer Rouge EUNAVFOR Aspides « a enregistré une forte augmentation des demandes de protection, et nous allons la renforcer avec des navires supplémentaires afin de consolider la sécurité maritime dans la région », a annoncé M. El Anouni. Selon un diplomate européen, deux navires français supplémentaires vont rejoindre la mission, qui en compterait actuellement trois.
Dans un communiqué commun, les dirigeants de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni ont annoncé qu’ils prendraient des mesures pour défendre les intérêts de leurs pays et ceux de leurs alliés dans la région, « potentiellement en permettant des actions défensives nécessaires et proportionnées pour détruire la capacité de l’Iran à tirer des missiles et des drones à leur source ». « Nous sommes convenus de travailler ensemble avec les États-Unis et les alliés de la région sur cette question », ont-ils ajouté.
Des drones iraniens se sont abattus sur une base navale d'Abou Dhabi accueillant des forces françaises, et une base britannique à Chypre a été visée par des drones, avec, à chaque fois, des dégâts matériels limités.
À l’issue d’un entretien téléphonique entre le Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, et le président chypriote, Nikos Christodoulidis, Nicosie a annoncé que la Grèce enverrait deux frégates, dont l’une équipée d’un système anti-drones, et quatre avions F-16, qui sont arrivés sur l'île quelques heures plus tard.
Interrogée sur l’évocation de l’article 42.7 du TUE portant sur l'assistance mutuelle, la porte-parole de la Commission Paula Pinho a précisé que « cette question, qui est une question légitime, sera certainement débattue dans les prochains jours lors des différentes réunions prévues ».
Voir la déclaration de l’UE : https://aeur.eu/f/kz9 ; et celle des deux présidents : https://aeur.eu/f/kzb (Camille-Cerise Gessant)