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Bulletin Quotidien Europe N° 13791
CONSEIL EUROPÉEN / SÉcuritÉ/États-unis

Les Vingt-sept tenteront d'élaborer une réponse commune aux messages contradictoires sur le Groenland envoyés par Donald Trump

Convoqués à un sommet européen extraordinaire, les dirigeants des pays de l'Union européenne tenteront, jeudi 22 janvier à Bruxelles, d'élaborer une réponse commune aux menaces de guerre commerciale proférées par le président américain dans le but de s'approprier le Groenland.

Mercredi soir, Donald Trump a toutefois annoncé, via son réseau social, qu'il n'appliquerait finalement pas de tarifs douaniers à certains pays européens, faisant état d'un « cadre » trouvé avec l'OTAN pour un accord sur le Groenland. L'entourage du président du Conseil européen, António Costa, a confirmé la tenue du sommet. 

Bien que les discussions concernent la sécurité du continent européen et que plusieurs pays européens non membres de l'UE, comme le Royaume-Uni et la Norvège, soient aussi concernés par d'éventuelles barrières douanières à partir de début février, la réunion sera limitée aux Vingt-sept. Elle ne devrait pas déboucher sur l'adoption de conclusions spécifiques du Conseil européen.

Mercredi matin, devant le Parlement européen à Strasbourg, M. Costa a assuré que, face aux « défis géopolitiques » - agression militaire russe de l'Ukraine, remise en cause d'alliances clés et de l'ordre international basé sur des règles - auxquels elle est exposée, l'Europe peut transformer ces menaces en opportunités et, en fin de compte, émerger « plus souveraine ».

Il a identifié trois pistes d'action. Nous défendrons les principes du droit international et l'intégrité territoriale et seuls le Danemark et le Groenland peuvent décider de leur avenir, a souligné M. Costa, estimant qu'il y a « un intérêt transatlantique partagé » à renforcer la région arctique dans le cadre de l'OTAN.

Et d'ajouter : « Nous ne pouvons accepter que la loi du plus fort prévale sur les droits des plus faibles (ni) les violations du droit international. Nulle part, que ce soit en Ukraine, au Groenland, en Amérique latine, en Afrique ou à Gaza ».

Le président du Conseil européen estime que les Européens sont « prêts à se défendre (...) contre toute forme de coercition » et qu'ils disposent d'outils pour le faire.

Sur le plan économique et commercial, une large palette de mesures est évoquée si les États-Unis passaient à l'acte (EUROPE 13789/2) : - gel de l'accord UE/États-Unis de Turnberry passé en juillet 2025 (voir autre nouvelle) ; - adoption d'un paquet de mesures de rétorsion commerciales de 93 milliards d'euros, élaboré l'été dernier, mais suspendu jusqu'au 6 février ; - durcissement dans l'application des règles de concurrence sur le marché numérique ; - taxation des géants du secteur numérique ; - mise en place, pour la première fois, de l'instrument 'anti-coercition' de l'UE (EUROPE 13195/1).

Sur cette dernière mesure - soutenue par la France, mais à laquelle l'Italie reste opposée -, la position de l'Allemagne sera scrutée attentivement. Les Vingt-sept demanderont-ils à la Commission européenne d'initier une enquête qui aurait pour objectif d'établir l'existence d'une démarche coercitive de la part des États-Unis ?

Au sein d'un État membre libre-échangiste, on reconnaît qu'au vu des circonstances, aucune mesure ne peut être exclue. Est avancée l'idée de réfléchir aux mesures qui feraient plus de mal aux États-Unis qu'aux Européens, les États-Unis enregistrant un excédent commercial très important dans le secteur des services. Sont notamment évoquées : une restriction à l'accès aux marchés publics dans l'UE, voire une taxation européenne des services numériques.

Troisième volet de la réponse européenne, selon M. Costa : accroître la prospérité économique. « De la même façon que les dirigeants ont donné une forte impulsion à l'Europe de la défense en 2025, nous devons faire de même pour l'économie européenne cette année, en 2026 », a déclaré l'ancien Premier ministre portugais.

Il a identifié plusieurs chantiers qui seront aussi évoqués lors de la 'retraite' des dirigeants européens, consacrée à la compétitivité économique, jeudi 12 février : - approfondir le marché intérieur ; - faciliter la vie des entreprises en simplifiant les règles et en réduisant la charge administrative ; - réduire le coût de l'énergie au sein d'un marché véritablement intégré ; - « défendre (l')indépendance réglementaire contre les oligarques de la 'tech' » ; - mobiliser l'épargne privée pour financer l'innovation en Europe ; - continuer de tisser la toile des accords commerciaux avec des pays comme « l'Inde, l'Australie, les Philippines et les Émirats arabes unis ».

Au lendemain de la décision du PE de saisir de la Cour de justice de l'UE (EUROPE 13791/2), il n'est pas exclu que les dirigeants évoquent l'accord UE/Mercosur, la Commission européenne étant à la recherche d'un signal politique concernant une possible application provisoire du volet commercial de l'accord.

Intervenant elle aussi au Parlement européen, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réitéré ses propos tenus la veille lors du 'Forum économique mondial' de Davos (EUROPE 13790/11). Accélérer nos efforts en faveur de l'indépendance est « un impératif », « dans les domaines économique ou sécuritaire, technologique ou démocratique », a-t-elle considéré. Selon elle, « dans ce monde de plus en plus anarchique, l'Europe a besoin de ses propres leviers de pouvoir », si elle veut façonner le monde qui l'entoure.

Toutefois, la Commission fait profil bas et ne veut surtout pas donner l'impression qu'elle prône l'escalade des tensions. Au Parlement, sa présidente n'a pas prononcé le mot 'coercition'.

Concernant le Groenland, Mme von der Leyen a rappelé que la Commission travaillait à des mesures de soutien visant à renforcer la sécurité dans la région arctique, parmi lesquelles une forte augmentation des investissements économiques, des achats d'équipements spécifiques, comme des brise-glaces, à travers l'instrument européen 'SAFE' auquel participent la Norvège et l'Islande. 

Donald Trump n’utilisera pas la force pour annexer le Groenland. La nature et l'ampleur de la réponse des Vingt-sept dépendront de leur lecture des déclarations du président américain, présent mercredi après-midi à Davos.

Donald Trump a réitéré ses velléités sur le Groenland, « un très grand morceau de glace », « presque entièrement inhabité et non développé », réclamant l’ouverture immédiate de négociations sur l'acquisition du Groenland, un territoire considéré comme stratégique pour la sécurité des États-Unis. « Tout comme nous avons acquis de nombreux autres territoires au cours de notre histoire, à l'instar de nombreuses nations européennes. Il n'y a rien de mal à cela », s’est-il justifié.

Le président américain a promis de ne pas utiliser la force pour parvenir à ses fins. « Nous n’obtiendrons probablement rien à moins de décider d’utiliser une force excessive, au point d’être franchement inarrêtables. (…) On pensait que j’utiliserais la force. Je n’ai pas à utiliser la force. Je ne veux pas utiliser la force », a-t-il insisté.

« Vous pouvez encore dire oui, et nous vous en serons très reconnaissants. Ou vous pouvez dire non, et nous nous en souviendrons », a encore affirmé M. Trump, maintenant ainsi la pression.

À plusieurs reprises, M. Trump a rappelé que son pays, bien qu'il soit le principal contributeur de l’OTAN, n’a jamais rien obtenu de l’Alliance. 

'Conseil de la Paix'. Sera également abordée, lors du sommet européen, la constitution du 'Conseil de la Paix', prévue dans le cadre du plan de paix international pour Gaza. La Commission européenne et plusieurs pays européens ont été invités y à participer aux côtés des dirigeants russe et biélorusse.

La France a poliment décliné l'offre, faisant valoir des craintes concernant le fonctionnement vertical de cet organe et la concurrence avec l'ONU dans le règlement des conflits, tandis que la Hongrie s'est félicitée d'en faire partie. (Mathieu Bion, avec Camille Cerise Gessant)

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