Le commissaire européen à la Défense et l’Espace, Andrius Kubilius, et le directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), Josef Aschbacher, ont plaidé, mardi 28 octobre, pour le renforcement de l’Union européenne grâce à l’espace.
Lors d’une conférence sur ‘L’Espace pour une résilience européenne’ à Bruxelles, M. Aschbacher a annoncé que l’ESA proposerait, lors du Conseil ministériel de l’ESA fin novembre à Brême, un programme sur la résilience spatiale (European Resilience from Space (ERS) programme), développé en collaboration avec la Commission européenne et en accord avec les États membres.
L’ERS, avec le futur service gouvernemental d'observation de la Terre (EOGS) de la Commission, constituera l'un des deux piliers de l'architecture de sécurité spatiale de l'Europe du futur, selon M. Aschbacher.
Ce « système audacieux de systèmes à double usage » est conçu pour fournir des capacités spatiales de pointe – renseignement, surveillance et reconnaissance, navigation et communications sécurisées – afin de contribuer à la protection des citoyens, des infrastructures, des chaînes d'approvisionnement, des institutions, des intérêts stratégiques et des valeurs fondamentales de l'Europe, a-t-il expliqué. Et d’ajouter : « ERS vise à fournir aux utilisateurs des secteurs de la sécurité et de la défense les capacités de réponse les plus sûres, agiles et rapides possible ». Son coût serait d’un milliard d’euros.
Selon le directeur général de l’ESA, le programme ne fera pas double emploi avec les systèmes existants et s'appuiera sur les capacités de Copernicus, Galileo, IRIS², des missions de l'ESA, des infrastructures nationales et des solutions industrielles. Cela, en intégrant la télédétection, la connectivité, les systèmes de positionnement, de navigation et de synchronisation (PNT), la surveillance du spectre et l'internet des objets, a précisé M. Aschbacher.
Concrètement, ERS aura deux dimensions : la mise en commun et le partage (pooling and sharing) de capacités existantes, par exemple des satellites nationaux, et le développement de nouvelles technologies.
Le directeur général de l'ESA a précisé que, sur l’aspect 'observation de la Terre', l’ESA visait « une capacité persistante, par tous les temps et en temps réel, complétée par une exécution rapide des tâches, une faible latence et un temps de revisite élevé, inférieur à 30 minutes ». En matière de PNT, l'Agence entend obtenir un positionnement extrêmement précis et résilient, résistant au brouillage, à l'usurpation d'identité et aux interférences. Enfin, concernant la connectivité, l'ESA veut des liaisons de communication mondiales sécurisées, accessibles à tout moment et depuis n'importe quel endroit, renforcées par les technologies quantiques émergentes afin de garantir des niveaux de sécurité sans précédent.
Les premières souscriptions d'États au programme ERS sont attendues lors du Conseil ministériel de l’ESA. Cela devrait permettre de conclure des contrats avec l'industrie peu après, selon M. Aschbacher, qui a pour objectif de lancer les premiers satellites dès 2028.
Bouclier de défense spatial. Rappelant l’importance de l’espace pour la défense de l’Europe, le commissaire Andrius Kubilius a annoncé que le programme phare européen – 'Bouclier de défense spatiale' – serait lancé à l’été 2026. D’ici là, le programme européen de communications par satellite sécurisées, GOVSATCOM, entrera en service d’ici la fin de l’année.
Participation de l’Ukraine à GOVSATCOM. Le même jour, la Commission européenne a annoncé avoir proposé aux États membres d’autoriser l’ouverture de négociations avec l’Ukraine concernant sa participation au volet ‘Communications satellitaires gouvernementales’ de GOVSATCOM.
La participation de Kiev sera confirmée après la conclusion d’un accord international en vertu de l’article 218 du Traité sur le fonctionnement de l’UE (TFUE), selon la Commission.
Coopération avec le Japon. Par ailleurs, l’ESA a annoncé, le 28 octobre, l’ouverture d’une nouvelle antenne à Tokyo, au Japon, sa première en Asie, « afin de renforcer son partenariat stratégique avec le Japon et d'approfondir sa coopération avec l'Agence japonaise d'exploration aérospatiale (JAXA) et l'écosystème spatial japonais ».
« En s'implantant au Japon, l'ESA pourra soutenir des initiatives programmatiques communes directement depuis Tokyo, faciliter la coordination inter-agences et servir de passerelle entre les acteurs européens et japonais des secteurs spatiaux public et commercial », a précisé l’agence spatiale dans un communiqué, ajoutant que ce bureau s’inspirait de celui de l’ESA à Washington. (Camille-Cerise Gessant)