Les partenaires sociaux européens ont exprimé, mercredi 22 octobre à Bruxelles, leurs attentes en termes de défense du modèle social européen, de conditions de travail et de relance de la compétitivité européenne, à l’occasion d’un nouveau Sommet social tripartite.
À la veille de la réunion des dirigeants européens, les responsables de la confédération patronale européenne BusinessEurope, de la Confédération européenne des syndicats (CES) ou encore la confédération des petites et moyennes entreprises (SMEUnited) et des entreprises de services d’intérêt général (SGIEurope) ont fait part au président du Conseil européen, António Costa, et à la vice-présidente de la Commission, Roxana Mînzatu, de leurs attentes dans les domaines à la fois de la simplification des règles et de la réduction des fardeaux administratifs pour les entreprises et de l’amélioration des conditions de vie des travailleurs pour les syndicats.
Alors que le logement sera inscrit à l’ordre du jour du Conseil européen et que la Commission doit présenter à la mi-décembre son plan pour le logement abordable, les partenaires sociaux européens ont aussi posé certaines conditions quant au futur 'paquet' sur les emplois de qualité.
Présenté à la fin de l’année, il ouvrira des voies de consultation pour ces mêmes partenaires sociaux et de ces réponses découleront d’éventuelles nouvelles initiatives législatives.
Sur ce point, Markus Beyrer, le directeur général de BusinessEurope, a déjà mis en garde la Commission contre une initiative dans le domaine de l’intelligence artificielle qui freinerait son développement et l’a appelée à être très « prudente ». L’intelligence artificielle a le potentiel de maintenir la force de travail européenne et de soutenir la compétitivité, a-t-il dit.
« Concernant l'IA, nous sommes en plein débat. Mais ce qui est clair, c'est que nous devons veiller à ne pas entraver le déploiement de l'IA dans les entreprises, quelles que soient nos actions. Pour la simple raison que, si l'on observe le reste du monde, nous sommes moins nombreux. Nous ne sommes probablement pas plus désireux de travailler que beaucoup d'autres régions du monde. Il est donc plus important pour l'Europe de déployer l'IA afin de maintenir sa productivité ».
Cinquante nouvelles propositions de simplification. Le représentant des entreprises européennes a aussi estimé que toutes les législations existantes devaient être passées au crible pour faire l’objet de nouvelles simplifications, si nécessaire.
« Nous avons présenté 68 propositions à ce jour, dont 30 sur la numérisation, et nous en présenterons 50 autres prochainement », a-t-il ajouté.
Dans le domaine social, un texte en particulier pose problème aux entreprises, à savoir la directive sur l’égalité salariale. Ce texte pourrait être amélioré dans sa mise en œuvre, a dit M. Beyrer, même si BusinessEurope « soutient complètement les objectifs » de cette directive.
Pour Esther Lynch, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES), la consultation sur le futur acte légal sur les emplois de qualité devra permettre d’écouter les préoccupations et de reconnaître les besoins des travailleurs. La CES a fait part mercredi des besoins déjà identifiés dans le domaine de l’AI, des risques psychosociaux, du télétravail, mais aussi dans l’anticipation des transitions et la lutte contre les nouvelles formes d’exploitation au travail, notamment dans la sous-traitance et les intermédiaires du marché du travail.
Le plus « important pour nous est que la Commission reconnaisse les problèmes et qu’une solution au niveau de l’UE permette d’améliorer les choses ».
Lors de ce Sommet, la CES a aussi plaidé pour une nouvelle vague d'investissements « afin de stimuler la demande, de soutenir des transitions justes et de renforcer la base industrielle européenne ».
Elle a présenté une « prospective commune des institutions européennes et des partenaires sociaux, axée sur l'emploi, les secteurs économiques et les régions, afin d'anticiper les changements et d'orienter les politiques » ainsi qu’un « Pacte européen pour les investissements dans l'innovation, la technologie, les travailleurs et les transitions justes, comme moyen d'accroître la productivité ».
« L'Europe a les atouts pour ouvrir la voie, tant dans les industries stratégiques d'aujourd'hui que dans les technologies de demain », a jugé, de son côté, la vice-présidente.
« Mais une chose est claire : notre compétitivité repose avant tout sur nos citoyens. Il s'agit de placer les travailleurs au cœur de notre productivité. En adoptant les nouvelles technologies, en formant et en perfectionnant nos travailleurs et en améliorant leurs conditions de travail. Tel sera l'objectif de notre loi sur les emplois de qualité ».
Des emplois de qualité, « c'est bien sûr la sécurité, le soutien aux travailleurs, la protection des emplois et des industries essentielles à notre autonomie stratégique sur ce continent. Un dialogue social fort et une couverture plus large de la négociation collective seront également des piliers essentiels de notre approche ».
Lien vers les documents de la CES : https://aeur.eu/f/j3i (Solenn Paulic)