Ursula von der Leyen saura-t-elle redonner un élan à son second mandat et surtout redorer son image auprès des eurodéputés après un été jugé catastrophique pour l’UE par une bonne partie d’entre eux ?
C’est tout l’enjeu du discours sur l’état de l’Union qu’elle prononcera ce mercredi 10 septembre devant eux, le premier depuis l'élection de la Commission 'von der Leyen II' en novembre 2024 (EUROPE 13533/1).
Entre un budget pluriannuel 2028-2034 présenté le 16 juillet, mal compris et mal accueilli, un accord commercial avec les États-Unis jugé désastreux pour les Européens ou l’impuissance de l’UE en Ukraine ou face à Israël et la situation à Gaza, Ursula von der Leyen devra notamment prouver qu’elle est la bonne personne pour relever les « défis mondiaux, défendre les intérêts de l'Europe et des Européens » ainsi que pour « défendre les valeurs fondamentales » de l’UE, comme l’a demandé le 9 septembre la présidente du groupe S&D au PE, l'Espagnole Iratxe García Pérez.
Alors que La Gauche a initié une nouvelle motion de censure contre elle, qui avait encore besoin de 26 signatures le 9 septembre pour entamer son parcours au PE, d’autres groupes, comme les Verts/ALE, attendront aussi de la présidente qu’elle leur redonne de nouvelles raisons de la soutenir.
Après lui avoir accordé sa confiance en 2024, le groupe, en effet, est allé de déconvenue en déconvenue, avec « énormément de renoncements sur les sujets écologiques depuis un an », commente, entre autres, le Français David Cormand, citant les différents ‘omnibus’ ayant détricoté le Pacte vert européen.
« Il y a eu un pari de notre groupe de lui accorder la confiance, dans l’optique que cela assurerait un ‘damage control’ ; cela n’a pas été vraiment couronné de succès », ajoute-t-il.
Les « signaux inquiétants » se sont même multipliés depuis, l’élu français citant notamment « l’abdication de l’UE » devant Donald Trump le 27 juillet dernier en Écosse dans le domaine commercial.
Pour Terry Reintke (allemande), coprésidente des Verts/ALE, la présidente de la Commission devra se prononcer « clairement en faveur de l’Europe. Demain est l’occasion idéale pour faire preuve de force et de leadership européens. Malheureusement, nous n’avons pas suffisamment vu cela cet été avec l’accord avec Trump ».
« Les chefs d’État ou de gouvernement ont leur part de responsabilité, mais demain sera le moment de se rétracter et d’afficher clairement les causes qu’Ursula von der Leyen souhaite défendre pour les années à venir », a ajouté l’Allemande.
Pour la Française Valérie Hayer, la présidente du groupe Renew Europe, l’état d'esprit n’est pas non plus à l’enthousiasme alors que l’UE a été incapable, cet été, d’agir sur Gaza et a acté un accord commercial avec les États-Unis jugé presque unanimement mauvais par le PE.
« Tous les regards sont rivés sur l'état de notre Union. Nous avons besoin d'un moment décisif, nous avons besoin d'ambition », a demandé la présidente. « Cela commence par notre propre agenda. La simplification est une bonne chose, mais pas suffisante. L'énergie est essentielle pour regagner la confiance de nos citoyens ».
Le message que Renew Europe adressera sera celui du « réveil de la coopération et de l'accélération sur les fronts de la sécurité, de la compétitivité et de la souveraineté », avait expliqué plus tôt la Française Laurence Farreng.
Même pour le président du groupe PPE, l’Allemand Manfred Weber, « l'été a été une période difficile pour l'Europe, avec les événements en Alaska, en Écosse et à Gaza ». Le chrétien-démocrate a aussi constaté « certaines faiblesses de l’UE », reconnaissant que l’accord commercial avec Washington fixant 15% de droits de douane à la majeure partie des exportations européennes vers les États-Unis « ne nous satisfait pas ». Le PPE aimerait « voir des droits de douane nuls des deux côtés, mais c'est désormais la réalité ».
Lors de cet « automne de la vérité », l’UE devra donc « tenir ses promesses » pour regagner la confiance des citoyens. « Pour nous, cela signifie : du contenu, du contenu, du contenu » et une action toujours plus décisive sur « l'économie, la compétitivité, la défense et la migration », a expliqué M. Weber.
« Je soulignerai la nécessité de renforcer notre compétitivité, l'accord avec l'administration Trump n'est pas parfait, mais nous pensons qu'il est bon car il évite une guerre commerciale, bien mieux qu'une guerre qui risque de diviser l'Occident », a indiqué l'Italien Nicola Procaccini pour le groupe CRE. « Nous devrions supprimer les droits de douane que nous nous sommes imposés nous-mêmes : le 'Pacte vert' nuit à notre compétitivité ».
« Soyons honnêtes : nous perdons chaque année de la puissance économique, et les dirigeants de l'UE sont fiers d'eux-mêmes lorsque l'on regarde les documents qu'ils ont préparés. Le 'Pacte vert' mine notre compétitivité. Nous perdons également de l'influence politique », a observé, pour sa part, le Polonais Patryk Jaki. « Nous dépensons de plus en plus pour gérer les migrations. Nous perdons dans presque tous les domaines économiques importants, de l'IA aux technologies spatiales ».
Pour La Gauche, en tout cas, la récente proposition d’adoption de l’accord conclu avec les pays du Mercosur n’a fait qu’aggraver la défiance vis-à-vis de la présidente, s’ajoutant au « silence » de l’UE vis-à-vis de Gaza ou à la « trahison » que constitue l’accord acté avec les États-Unis, ont notamment dit les Françaises Manon Aubry et Marina Mesure.
Autant de reculs problématiques de l’UE qui ont justifié ce projet de motion de censure.
Entre « les renoncements terribles avec le détricotage du 'Pacte vert' et la nouvelle coalition formée par la droite et l’extrême droite au quotidien », il faut mettre la coalition dite 'pro-européenne' « face à ses responsabilités », a poursuivi Manon Aubry. Il faudra notamment « demander à la gauche » si elle « accepte tout ça » ou si elle « pose un acte et agit ».
Vers davantage de motions de censure contre la présidente ? Si le groupe La Gauche cherche encore des signatures au sein des groupes Verts/ALE et S&D pour soutenir sa motion de censure, certains membres des Verts/ALE ne sont pourtant pas convaincus de l’efficacité de motions de censure à répétition, a laissé entendre David Cormand.
Si le projet de motion atteignait le nombre requis de signatures et était ensuite validé par le PE pour être mis au vote, le groupe le voterait sûrement. « Mais une telle censure ne passera pas et, au final, cela permet à Ursula von der Leyen de dire qu’elle est la femme de l’équilibre ».
« Quel est le message du PE, si la motion de censure est rejetée ? Que le PE soutient alors l’accord avec le Merscosur ? », s’est interrogé le Français, craignant qu’un tel rejet donne un « quitus » à la présidente et à sa politique.
Le groupe écologiste réfléchit néanmoins à un « plan B » qui pourrait aussi passer ultérieurement par une motion de censure contre la présidente, mais avec cette fois un soutien des autres groupes pro-européens.
Pour la Belge Saskia Bricmont, ce n’est pas impossible, tant la « défiance vis-à-vis d’Ursula von der Leyen » commence à gagner différentes familles politiques. Et elle s’appuie justement sur le grand mécontentement exprimé par les élus au sujet de la négociation avec Washington. (Solenn Paulic avec la rédaction)