Les ministres de l’Agriculture de l’UE ont présenté, mardi 9 septembre à Copenhague, lors de leur réunion informelle, plusieurs pistes pour renforcer la sécurité alimentaire, rendre le cadre législatif plus compétitif et offrir de nouvelles incitations ainsi que des technologies innovantes afin « d’assurer la transition écologique tout en augmentant la production alimentaire », a déclaré le ministre danois, Jacob Jensen, lors d'une conférence de presse.
Plusieurs délégations ont exprimé leurs inquiétudes face à la baisse envisagée du budget de la politique agricole commune (PAC) pour la période 2028-2034. La Belgique a notamment jugé que la proposition « ne prévoit pas suffisamment de moyens pour encourager les pratiques vertes dans l’agriculture de demain » (EUROPE 13704/2). Un débat approfondi sur la réforme de la PAC est prévu lors du prochain Conseil 'Agriculture', le 22 septembre.
Pour le ministre autrichien, Norbert Totschnig, les propositions actuelles constituent « une rupture systémique majeure ». La disparition de la structure à deux piliers affaiblirait « massivement » la PAC, et l’absence d’un financement dédié au développement rural ferait perdre à l’Union « un instrument central », a-t-il mis en garde.
« Bien sûr, il faut également disposer des moyens financiers adéquats. Certains de ces points ont été évoqués lors de notre réunion », a reconnu M. Jensen.
Parmi les sujets soulevés par les ministres figurent : - l'importance de la stabilité, de la prévisibilité et de la simplification ; - le besoin d'une approche fondée sur les incitations ainsi qu’un accent mis sur le renouvellement générationnel ; - l'importance de disposer d’investissements et de financements adéquats pour accompagner la transition verte.
Certains ministres ont évoqué les nouvelles techniques génomiques comme un outil utile pour accélérer la transition verte. Plusieurs ont exprimé des préoccupations concernant les propositions de la PAC post-2027 (par exemple, en ce qui concerne son architecture et son budget ainsi que les règles proposées en matière de dégressivité et de plafonnement).
La Commission réfute tout projet de coupe. Le commissaire à l’Agriculture, Christophe Hansen, a déclaré qu’il ne savait pas exactement où les réductions interviendraient, « car nous ne présenterons les enveloppes nationales que la semaine prochaine ».
Il a insisté sur le fait que la Commission avait sécurisé 300 milliards d’euros pour le revenu direct des agriculteurs : « C’est bien plus que le revenu direct du premier pilier actuel, car nous avons veillé également à ce que, par exemple, l’investissement et aussi les mesures environnementales soient couverts ».
Dans les plans nationaux et régionaux, il reste environ 500 milliards d’euros.
Les 20% qui ne sont pas couverts par les 300 milliards pourraient être facilement compensés, si seulement 100 milliards de ces 500 milliards étaient affectés à des mesures agricoles, a développé M. Hansen : « Cela représente déjà plus que ce que nous avons actuellement ». Les États membres ont la possibilité de compléter les paiements en plus des 80% sanctuarisés. « Je ne dirais pas qu’il y a moins d’argent disponible. Il y a davantage de responsabilités pour les États membres », a-t-il ajouté.
M. Hansen a confirmé préparer la stratégie de l’UE pour le renouvellement générationnel. « Nous devons mieux cibler les fonds là où ils sont le plus nécessaires : jeunes et nouveaux agriculteurs, exploitations familiales et exploitations situées dans des régions à contraintes naturelles », a-t-il indiqué.
Sur le sujet du plafonnement des aides, M. Hansen a précisé que l’argent resterait dans l’État membre et pourrait alors être redistribué de manière plus ciblée.
Transition verte. La Belgique a mis en garde contre certains effets secondaires possibles de nouveaux mécanismes comme le 'carbon farming' ou le futur 'crédit nature' : spéculation foncière, accaparement des terres, notamment par des entreprises non agricoles cherchant à compenser leur empreinte carbone. La Finlande a estimé que le règlement de l’UE sur la déforestation et sa mise en œuvre doivent encore être simplifiés dans le cadre des prochaines initiatives de simplification. La Pologne a suggéré de réduire les exigences liées à l’utilisation des sources d’énergie renouvelables (biomasse d’origine agricole).
Afin de réduire l’impact des pesticides sur les sols, d’optimiser l’utilisation de l’eau pour l’irrigation ou encore d’améliorer les variétés végétales, la Commission a proposé, dans le CFP 2028-2034, « d’augmenter cette enveloppe de 9 milliards à 40 milliards d’euros. Ce budget sera mobilisé via le Fonds européen pour la compétitivité ; donc en dehors des 300 milliards réservés à l’agriculture », a encore dit M. Hansen.
Commerce. Plusieurs ministres ont insisté sur la nécessité de garantir des conditions de concurrence équitables entre les productions européennes et les produits importés, notamment par des mesures de réciprocité dans les accords commerciaux, dans le respect des règles de l’OMC.
Pour les produits agricoles sensibles, la Belgique a proposé que l’UE définisse des plafonds de contingents agricoles cumulés accordés aux pays tiers, exprimés en pourcentage de la production agricole européenne.
Interrogé sur l’accord UE/Mercosur (EUROPE 13701/1), M. Hansen a souligné : « Nous avons actuellement un environnement géopolitique très instable, avec la Chine et les États-Unis qui exercent des pressions. Je pense qu’il est important que nous ayons des relations stables, fondées sur des règles communes ».
Il a dit qu’il se rendrait au Brésil en octobre avec une délégation des milieux agroalimentaires de l'UE, en raison de « l’énorme intérêt manifesté par notre secteur agricole et agroalimentaire ». M. Hansen a reconnu la nécessité de répondre aux préoccupations de certains secteurs, « grâce au mécanisme de sauvegarde et à de meilleurs contrôles sur les produits importés ».
Concernant le prochain voyage en Inde, prévu les 11 et 12 septembre, M. Hansen a indiqué : « Bien sûr, nous avons des secteurs offensifs et défensifs. Nous discuterons de ceux où il sera possible d’avancer. C’est pourquoi j’accompagne Maroš Šefčovič dans cette délégation, afin de voir où peuvent se situer les points d’atterrissage. Nous en sommes encore aux premiers stades du processus, mais il est important, dans un paysage géopolitique instable, de trouver de nouvelles opportunités pour nos secteurs ».
Concernant le bien-être animal, la Présidence danoise du Conseil espère réaliser des progrès sur le transport des animaux et la protection des chiens et des chats. « Je ne dis pas que nous pourrons finaliser tous ces dossiers, mais nous ferons de notre mieux pour en conclure au moins certains. Ce n’est donc pas un sujet oublié », a conclu M. Jensen. (Lionel Changeur)