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Bulletin Quotidien Europe N° 13699
ACTION EXTÉRIEURE / Proche-orient

Les Européens toujours divisés sur l’adoption de mesures à l’encontre d’Israël

La réunion informelle des ministres des Affaires étrangères, samedi 30 août à Copenhague, a montré une nouvelle fois les divisions entre les États membres concernant la possible adoption de mesures à l’encontre d’Israël.

« Il est clair que les États membres sont en désaccord sur la manière de faire changer de cap au gouvernement israélien », a reconnu la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, à l’issue de la réunion.

Si les ministres n’ont pas manqué de mots pour dénoncer la situation à Gaza - « catastrophique » pour l'Autrichienne, une « catastrophe humanitaire des plus graves », pour le Danois, une situation « absolument horrible et dévastatrice » pour la Suédoise ou encore une « tragédie absolue » pour le Français - et si « tout le monde comprend que la situation humanitaire est vraiment très très mauvaise maintenant » à Gaza, « au sein de l'Union européenne, malheureusement, nous ne trouvons pas de consensus » pour des actions, avait résumé le ministre estonien, Margus Tsahkna, à son arrivée à la réunion informelle.

Plusieurs ministres favorables à des mesures avaient souligné leur frustration à leur arrivée. « L'UE agit trop peu, trop tard et sans rien faire, sans aucun résultat. Le temps des déclarations est donc révolu. Nous devons aller de l'avant », avait prévenu l'Espagnol José Manuel Albares.

« Nous n'en faisons pas assez. (…) Les mots comptent, mais ils ne suffisent pas », avait prévenu le ministre irlandais, Simon Harris, estimant que le monde avait les yeux rivés sur l'UE et que les citoyens européens les regardaient et étaient « mécontents », les slogans scandés depuis deux jours à l’extérieur du bâtiment de la réunion par quelques dizaines de manifestants pro-palestiniens allant dans le sens de son propos.

Bien qu'aucune décision ne fut attendue en raison du format informel de la rencontre, Mme Kallas a expliqué : « Nous avons eu une très bonne discussion sur différentes options et nous continuerons d’essayer de trouver des moyens d’explorer ce que nous pouvons faire ».

Le ministre danois, Lars Løkke Rasmussen, dont le pays assure la présidence du Conseil de l’UE, a « exhorté les États membres de l'UE à accroître la pression sur Israël pour qu'il change de cap ». 

Lundi, lors d'un discours à Bled, le président du Conseil européen António Costa, a rappelé que l'unanimité dans la politique étrangère et de sécurité commune n’était « pas un droit de veto, mais, au contraire, la responsabilité particulière de chaque État membre de construire des compromis dans un esprit de coopération loyale ».

Pas de majorité pour l'adoption de mesures. La Haute Représentante a renvoyé la balle aux pays bloquant les options proposées. « Nous avons eu une discussion très franche, en demandant aux pays qui ne sont pas favorables à l'une ou l'autre mesure. Quelle pourrait être la mesure ? Si nous sommes tous d'accord sur le diagnostic de la gravité de la situation, la question est alors : que faire ? Nous disposons d'une majorité croissante sur différents sujets, mais nous n'avons pas encore les voix nécessaires », a-t-elle rappelé.

En effet, à présent, aucune option proposée n’a recueilli ne serait qu’une majorité qualifiée des États membres. « Même l'option que nous proposons, qui est assez clémente quant à sa participation [la participation d'Israël, NDLR] au programme Horizon Europe, ne bénéficie pas de la majorité qualifiée », a précisé Mme Kallas.

Le ministre allemand, Johann Wadephul, a ainsi fait part de son opposition concernant cette mesure. « Je n'ai pas connaissance qu'une interruption d'une coopération aussi significative entre l'Union européenne et les organismes civils et scientifiques israéliens puisse influencer le processus décisionnel politique et les plans de nouvelles actions militaires contre la bande de Gaza, et c'est pourquoi cette proposition ne nous convainc pas », a-t-il expliqué à son arrivée.

À leur arrivée, les ministres y étaient allés de leurs propositions de mesures.

La ministre autrichienne, Beate Meinl-Reisinger, et le ministre italien, Antonio Tajani, ont plaidé pour des sanctions à l’encontre des colons violents en Cisjordanie. Une proposition couplant des sanctions contre des colons et contre le Hamas est sur la table du Conseil depuis plusieurs mois, mais la Hongrie a empêché son adoption jusqu’à présent.

« Augmenter le nombre de colons soumis à des sanctions pourrait être un choix judicieux, un message clair pour éviter de saper les fondements de l'État palestinien à l'avenir », a expliqué M. Tajani. « C'est la première étape, et si elle ne donne pas grand-chose, nous pourrons envisager d'autres mesures », a-t-il ajouté.

Selon le ministre espagnol, il faut « élargir la liste des personnes sanctionnées à quiconque, absolument quiconque veut gâcher la solution à deux États ». Mais tous les États membres ne sont pas prêts à sanctionner des membres d’extrême droite du gouvernement Netanyahou.

Autre sujet de débat : une limitation des exportations en provenance des colonies. « Pour cela, un consensus est nécessaire, ce qui est probablement impossible à atteindre, mais nous devrions ensuite essayer de trouver d'autres solutions innovantes. Nous pourrions, par exemple, imposer des droits de douane sur ces marchandises », ce qui nécessiterait seulement une majorité qualifiée, a expliqué le ministre danois. Les ministres néerlandais, Ruben Brekelmans, et luxembourgeois, Xavier Bettel, ont appelé à un embargo sur les produits des colonies.

Ce dernier a expliqué à Agence Europe qu’il était en train de voir quel était l'arsenal juridique dans son pays permettant de prendre des mesures nationales.

Alors que plusieurs États membres ont appelé à la suspension de l’accord d’association avec Israël, ou de la partie commerciale de celui-ci (EUROPE 13690/2), la ministre autrichienne a rappelé l’opposition de son pays à ce sujet.

De son côté, le ministre tchèque, Jan Lipavský, a mis en avant la nécessité de dialogue, rappelant que le dialogue de Mme Kallas avec le ministre israélien, Gideon Sa’ar, avait permis l’ouverture de corridors humanitaires. « Si nous le faisons correctement, nous pourrons, par exemple, contribuer à la situation humanitaire », a-t-il estimé.

Selon le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, les chefs d'État et de gouvernement pourraient être amenés dans les prochaines semaines à prendre des mesures restrictives.

Les Européens appellent les États-Unis à reconsidérer leur refus de visas pour l’Autorité palestinienne. La Haute Représentante a également annoncé que tous les ministres avaient exhorté les Américains à reconsidérer leur position concernant leur refus de délivrer - ou la révocation - des visas de 80 dirigeants de l’Autorité palestinienne, dont Mahmoud Abbas, et de l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP), en amont de l’Assemblée générale des Nations Unies, « compte tenu des accords de siège existants entre l'ONU et son État hôte ». À l’occasion de l’AGNU, plusieurs États européens devraient reconnaitre l’État de Palestine.

« Une Assemblée générale des Nations Unies ne saurait souffrir d'aucune restriction d'accès », a expliqué M. Barrot.

Selon M. Harris, l’idée que le dirigeant de l'Autorité palestinienne soit privé de la possibilité d'assister à la conférence sur la solution à deux États est « tout simplement inacceptable ».

« Ce n'est pas normal, on doit pouvoir discuter ensemble, on ne peut pas tout simplement dire qu’on exclut la Palestine du dialogue », a ajouté M. Bettel, qui a proposé qu’une session spéciale de l’Assemblée générale se tienne à Genève, autre siège de l’ONU, « pour pouvoir écouter, avoir une discussion sur la Palestine ». « On ne peut pas nous prendre en otages », a-t-il prévenu. (Camille-Cerise Gessant)

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