Les dirigeants européens et japonais, réunis en sommet bilatéral à Tokyo, mercredi 23 juillet, ont tenu à mettre en avant le « lien unique » entre l’UE et le Japon, dans un monde de plus en plus fragmenté sur le plan géopolitique et commercial.
« Ce lien nous donne à la fois clarté et direction (…) pour façonner un monde qui reflète nos valeurs communes : des économies ouvertes, des sociétés sûres et des règles équitables », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devant la presse, en compagnie du président du Conseil européen, António Costa, et du Premier ministre japonais, Shigeru Ishiba.
Les deux parties souhaitaient ainsi témoigner d'une coopération « plus forte que jamais », notamment pour réduire les dépendances stratégiques vis-vis de géants comme la Chine. C’est en tout cas un point sur lequel le Japon aurait voulu insister, à la veille du sommet UE-Chine à Pékin, jeudi 24 juillet (EUROPE 13685/12).
Dans son discours, la présidente von der Leyen s'est également félicitée de l’accord commercial scellé le jour même entre le Japon et les États-Unis après plusieurs mois de négociations. Les pourparlers entre l’UE et l'administration sont toujours en cours (voir autre nouvelle).
Alliance pour la compétitivité. Le sommet a surtout été marqué par le lancement de l’alliance UE/Japon pour la compétitivité (‘competitiveness alliance’), quatre ans après l'annonce d'une alliance 'verte' (EUROPE 12728/13). Cette fois, la priorité est à la résilience. Les deux parties veulent coopérer autant que faire se peut afin de contrer les attaques au multilatéralisme et les pratiques déloyales.
Dès lors, l’UE et le Japon vont étendre leur dialogue économique de haut niveau déjà existant pour y traiter des menaces à la résilience des chaînes de valeur ou encore des dépendances stratégiques partagées. Ce format permettra également d’aborder la coercition économique d’autres pays, les pratiques déloyales ou la protection contre certaines technologies émergentes.
Il est devenu évident, pour les deux parties, qu’elles faisaient face aux mêmes défis économiques et que leur réponse respective pouvait s’inspirer l'une de l'autre, a expliqué un fonctionnaire japonais.
Le dialogue sur la politique industrielle servira également à coordonner les approches sur ces sujets, mais aussi sur la décarbonation, l’économie circulaire, etc. Dans l’absolu, l’UE et le Japon veulent mettre l’accent sur la coopération autour des matières premières critiques et des batteries, des secteurs hautement stratégiques dominés par la Chine.
Une collaboration accrue est aussi attendue dans le domaine de la recherche, avec des travaux communs entre le Centre commun de recherche de la Commission (JRC) et son pendant japonais (NEDO), par exemple.
Commerce. Un des résultats importants de ce sommet est aussi l’engagement de l’UE et du Japon à renforcer leur accord de partenariat économique (APE). Si ce dernier a permis d’augmenter les échanges commerciaux de 20%, il peut encore bénéficier d’ouvertures supplémentaires sur les marchés publics ou sur les normes sanitaires et phytosanitaires.
Dès lors, les dirigeants se sont engagés à respecter et à mettre en œuvre « sans délai » les dispositions de l’APE sur les normes sanitaires et phytosanitaires ainsi qu’à simplifier les procédures d’importation des deux côtés. À plusieurs reprises, l’UE s’est montrée critique dans le passé du fait que Tokyo ne reconnaissait pas certaines normes phytosanitaires européennes.
L’UE et le Japon promettent aussi d’accélérer les travaux sur la reconnaissance mutuelle des décisions de zonage, en particulier pour l'influenza aviaire hautement pathogène (IAHP), d'ici la fin de 2025. Ils espèrent aussi conclure les discussions sur la reconnaissance des décisions de zonage pour les maladies.
Sécurité et défense. Sur le plan sécuritaire, António Costa a rappelé que la sécurité de l'Europe était « liée à celle de la région indopacifique » et a appelé à renforcer le partenariat de défense et de sécurité signé en novembre 2024 (EUROPE 13517/10).
Les deux alliés comptent également lancer, dès l’année prochaine, un dialogue UE-Japon pour renforcer la coopération dans l’industrie de la défense ainsi qu’entamer des négociations formelles sur un accord pour la sécurité de l’information.
Ils mettent aussi l’accent sur l’importance de la sécurité maritime, en particulier la coopération, par l'arrangement administratif entre l'Opération maritime de l'Union européenne EUNAVFOR Atalanta et les Forces japonaises d'autodéfense (JSDF).
D’autres actions attendues concernent le lancement d’un dialogue UE-Japon au sujet de la manipulation d'informations et l’interférence étrangère ou encore la coopération sur le plan de la sécurité spatiale.
Climat. En amont de la COP30 à Belém (Brésil), les partenaires ont également réaffirmé leurs ambitions en matière de décarbonation de leurs économies d’ici 2050, dans le cadre de leur 'alliance verte'. Ils souhaitent en outre poursuivre leur coopération sur la tarification du carbone alors que le Japon s’apprête à introduire, dès 2026, un système d'échange de quotas d'émission obligatoire.
Pour voir la déclaration conjointe : https://aeur.eu/f/hz8 (Léa Marchal et Pauline Denys)