Après avoir rencontré ses homologues français (EUROPE 13635/32) et polonais, le nouveau chancelier allemand, Friedrich Merz, a marqué son attachement aux institutions de l'Union européenne en se rendant à Bruxelles, vendredi 9 mai, jour de la Fête de l'Europe et marquant le 75e anniversaire de la 'Déclaration Schuman'.
Déclinant les priorités politiques de son gouvernement lors de ses rencontres avec les présidents de la Commission européenne, du Conseil européen et du Parlement européen, M. Merz a évoqué la poursuite du soutien politique, économique et militaire à l'Ukraine pour aider le pays candidat à l'UE à résister à l'agression militaire russe et lui permettre de parvenir à une paix juste et durable.
Il a d'ailleurs soutenu la proposition des présidents américain, Donald Trump, et ukrainien, Volodymyr Zelensky, en faveur d'un cessez-le-feu de 30 jours, proposition qui, selon lui, constitue « un test pour la crédibilité de Vladimir Poutine ».
Le chancelier a aussi souligné l'importance pour les États membres d'accroître leurs dépenses de défense pour aider l'Ukraine et renforcer la sécurité du continent européen face à la menace russe. À ce titre, il a fait allusion à la levée de restrictions budgétaires nationales décidées avant les élections législatives allemandes. En revanche, il s'est opposé à des instruments budgétaires européens plus ambitieux que ceux déjà sur la table, comme l'instrument 'SAFE'.
« Je ne veux pas qu'on prenne l'habitude de contracter des dettes communes au niveau de l'UE. La dette commune doit rester tout à fait exceptionnelle », a-t-il considéré, reprenant à son compte la position du précédent gouvernement 'Scholz'. Il s'est dit conscient que, sur cette question, il y aura « des divergences de vues entre l'Allemagne et les pays nordiques ainsi que d'autres pays de l'UE ». Mais, selon lui, il est déjà difficile d'établir la façon dont l'UE va s'acquitter des intérêts de la dette déjà contractée dans le cadre du Plan de relance européen, Next Generation EU.
À l'issue de sa réunion avec le président du Conseil européen, M. Merz a indiqué avoir demandé à António Costa de ne pas perdre de vue l'enjeu des « gains d'efficacité » dans les discussions sur le renforcement de l'industrie européenne de défense.
Relations transatlantiques. M. Merz et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, ont aussi abordé les négociations commerciales entre l'Union européenne et Washington. La Commission peut compter sur le soutien de l’Allemagne dans ses efforts de négociations et pour des mesures de rétorsion, a assuré Friedrich Merz.
Ursula von der Leyen n’a pas donné de détails sur l’avancée des discussions avec l’administration américaine, se bornant à rappeler la ligne constante de la Commission : priorité à une solution négociée pour faire baisser les tarifs, tout en préparant la riposte en cas d'échec (EUROPE 13636/1).
Aucun outil à disposition de l'UE n'est « retiré de la table tant que nous n'obtiendrons pas un résultat satisfaisant », a-t-elle aussi prévenu. Quant à l'invitation à Washington formulée par Donald Trump, Mme von der Leyen a indiqué qu'elle s'y rendrait uniquement si « un paquet » est agréé par les deux parties.
Le chancelier allemand a insisté sur l’importance d’obtenir un accord avec les États-Unis. D’après lui, il ne devrait pas seulement être question de tarifs douaniers, mais aussi d’une entente sur la reconnaissance des normes, notamment technologiques.
« Il y a un véritable potentiel inexploité », a-t-il affirmé.
Migration. Après plusieurs attaques perpétrées par des migrants cet hiver en Allemagne, M. Merz entend concrétiser ses promesses de campagne d'une politique migratoire plus stricte. Cela passera par le maintien de contrôles aux frontières allemandes avec des États membres et des efforts pour aider à sécuriser les frontières extérieures de l'UE.
« Le règlement de Dublin prévoit qu'un demandeur d'asile dépose sa demande dans le pays de première entrée dans l'UE. En général, ce n'est pas l'Allemagne », a-t-il justifié, estimant simplement poursuivre la politique du gouvernement précédent.
Dévoilant une aide de trois milliards d'euros aux politiques migratoires nationales (EUROPE 13637/4), Mme von der Leyen a rappelé que les États membres peuvent mettre en place des contrôles aux frontières intérieures de l'espace Schengen à condition que ces mesures soient « limitées dans le temps et prises en coordination avec la Commission et les pays voisins ». Elle a qualifié de « dilemme » le fait de devoir encore appliquer « l'ancien cadre juridique qui présente des limites » alors que le Pacte 'asile et migration' apportera d'autres solutions à l'avenir.
À l'issue de sa rencontre avec la présidente du PE, Roberta Metsola, le chancelier a souligné que l'immigration était « un phénomène souhaitable », surtout en Allemagne qui est à la recherche de main-d'œuvre pour son marché du travail. « C'est de l'immigration illégale dont nous n'avons pas besoin », a-t-il insisté. (Mathieu Bion avec Léa Marchal)