4,2 milliards d'euros de subventions et 1,6 milliard d'euros sous forme de prêts ont été mobilisés au total, lundi 17 mars, à l'occasion de la neuvième Conférence internationale de soutien à la Syrie, organisée par la Commission européenne à Bruxelles. L'Union européenne et ses États membres demeurent les principaux donateurs, mobilisant 80% des engagements financiers, mais le montant total récolté est inférieur à l'édition de 2024, durant laquelle 7,5 milliards d'euros d'aide avaient été engagés.
Les fonds devront soutenir une transition politique inclusive et pacifique et assurer un soutien durable aux Syriens, tant dans le pays que dans les communautés d'accueil de la région, en particulier en Jordanie, au Liban, en Turquie, en Égypte et en Irak. « La baisse alarmante de l’aide en faveur des réfugiés et des organisations leur venant en aide doit être renversée. Il faut s’assurer qu’il y ait un financement nécessaire pour que l’on puisse assumer cette responsabilité humanitaire de prendre en charge les réfugiés », a prévenu le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, en ouverture de la conférence.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé un soutien financier de l'UE de 2,5 milliards d'euros en 2025 et 2026. Selon la Haute Représentante de l'UE, Kaja Kallas, pour 2025, 720 millions d'euros iront à la population en Syrie et aux réfugiés et communautés d'accueil au Liban, en Jordanie et en Irak, « soit une hausse de 160 millions d'euros par rapport à l'engagement de l'an dernier » et 750 millions pour les réfugiés et les communautés d'accueil en Turquie.
L'Allemagne devrait fournir quelque 300 millions d'euros à l'ONU et à certaines organisations humanitaires. « Il s’agit avant tout de soutien à la société civile, il s’agit de tâches psychosociales et surtout, il s’agit du soutien au système éducatif, car il est clair que, si les enfants ne peuvent pas aller à l’école, à long terme, il n’y aura pas d’avenir sûr et stable », a annoncé la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, en amont du Conseil des Affaires étrangères, tenu plus tôt dans la journée.
Dix millions ont été promis par l'Espagne pour des besoins humanitaires ciblant directement la population syrienne, tandis que la Pologne s'est engagée pour un financement de deux millions d'euros.
Appel à lever plus de sanctions. Au-delà de l’aide humanitaire, le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani, a mis en avant la nécessité de soutenir la reconstruction de son pays. « Nous devons commencer à nous intéresser à l'avenir du pays. Il y a des villes entières à reconstruire et toute une économie à relancer », a reconnu la présidente de la Commission, ajoutant que l’UE voulait être un partenaire pour la reprise et la croissance d’une nouvelle Syrie.
Si l'UE a déjà suspendu certaines de ses sanctions, selon le ministre syrien, elle doit aller plus loin. « Nous ne pouvons parvenir à la reprise économique en Syrie si des restrictions et sanctions continuent d’être imposées », a-t-il souligné. Et d'ajouter que « ces sanctions visaient le régime précédent, nous sommes punis pour quelque chose que nous n’avons pas fait et nous pensons qu’il s’agit là d’une question morale et humanitaire ; c’est une condition sine qua non pour que nous puissions reprendre notre vie en main, investir dans les secteurs vitaux, reconstruire notre vie ». Une reprise économique qui pourrait aussi permettre le retour des réfugiés syriens, selon le ministre et son homologue jordanien, Ayman Safadi.
Plus tôt dans la journée, à l’issue du Conseil des Affaires étrangères, la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, avait plaidé pour la poursuite de la levée progressive des sanctions, malgré les violences de ces derniers jours dans le nord-est de la Syrie. « Si les gens ne peuvent pas travailler et développer leur prospérité, cela va créer du chaos et le chaos peut conduire à une guerre civile », avait-elle expliqué. Selon Mme Kallas, afin d’éviter plus de violence, il faut que les gens aient de l’espoir, ce qui signifie avoir un accès aux services bancaires, que les entreprises puissent investir et que les salaires soient payés. « C’est pourquoi nous poursuivons notre plan de lever les sanctions, mais nous regardons de très près les actions prises par les nouvelles autorités, comment elles réagissent et poursuivent en justice les personnes qui ont commis ces violences, ces massacres », avait-elle prévenu.
Les Européens ont ainsi dénoncé les dernières violences et plaidé pour l’inclusivité. « L'engagement des autorités syriennes à traduire les coupables (des violences) en justice, à protéger les minorités et à former un gouvernement inclusif est essentiel pour la réconciliation », a expliqué Mme von der Leyen. « Il appartient à tous les Syriens de bâtir l'avenir de la Syrie. (...) Ceux qui ont fui et ceux qui sont restés. Telle doit être la promesse de la nouvelle Syrie. Et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour qu'elle se concrétise », a-t-elle promis.
Selon un nouveau projet de conclusions du Conseil européen des 20 et 21 mars, obtenu par Agence Europe (https://aeur.eu/f/fzd ), le Conseil européen devrait exhorter les autorités de transition à garantir la protection de tous les civils et souligner « l'importance d'une transition pacifique et inclusive en Syrie et de la protection des droits des Syriens de toutes origines ethniques et religieuses, sans discrimination ».
Les participants à la conférence ont également appelé au respect de l’intégrité territoriale et à la souveraineté du pays. « Tous les acteurs, du nord au sud, de l'est à l'ouest, doivent respecter la souveraineté, l'unité et l'intégrité territoriale de la Syrie. La voie vers la paix, la stabilité et la prospérité en Syrie nécessitera le soutien et la collaboration de toutes les parties prenantes, en Syrie comme au-delà de ses frontières », a prévenu Mme Kallas, tandis qu'Ayman Safadi a rappelé que la stabilité de la Syrie était indispensable pour la stabilité de la région. (Bernard Denuit et Camille-Cerise Gessant)