La ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC), Thérèse Kayikwamba Wagner, a mis en cause le partenariat de l'Union européenne avec le Rwanda dans l'escalade de violence en cours au Nord-Kivu, à l'occasion d'une réunion extraordinaire de la délégation 'UE-Afrique' et de la commission du développement (DEVE) du Parlement européen, mercredi 5 février.
« Plus de 150 tonnes de coltan sont extraites illégalement chaque mois sur le sol congolais, détournées par le Rwanda et écoulées sur les marchés internationaux sous une étiquette frauduleuse de 'minerais rwandais'. Et tout cela sous le couvert d'un partenariat florissant entre l'UE et le Rwanda scellé par un mémorandum d'entente sur les chaines de valeur durable », a déclaré la ministre congolaise devant les eurodéputés.
« Nous exigeons des mesures décisives et immédiates, en modifiant le protocole d'accord. L'Europe ne peut prétendre promouvoir un commerce éthique des matières premières lorsqu'elle autorise l'approvisionnement en provenance d'un pays qui finance l'instabilité en RDC », a ajouté Mme Kayikwamba Wagner, appelant les Européens à la cohérence.
Alors qu’aucune décision n’a encore été prise - ni par la Commission européenne ni par le Conseil de l’UE - concernant ce protocole d’accord signé en février 2024, plusieurs eurodéputés, à droite comme à gauche de l'hémicycle, ont exhorté mercredi à un sursaut.
Vers une résolution du PE ? La présidente de la délégation 'UE-Afrique' du PE, Hilde Vautmans (Renew Europe, belge) s'est dite déterminée à faire inscrire un débat et une résolution à l’ordre du jour de la prochaine session plénière du Parlement européen, à Strasbourg, du 10 au 13 février.
« Il semble qu'un accord se dessine entre groupes pour inclure un débat sur le conflit (...) afin que nous puissions avoir une déclaration qui montre clairement à la Commission et aux États membres que nous attendons une action », a-t-elle déclaré.
Du côté du Conseil de l'UE, les ambassadeurs des États membres auprès de l'UE (Coreper) sont convenus, mardi 4 février, de l'ajout d'un point de discussion sur la situation en RDC à l'ordre du jour du conseil des Affaires étrangères prévu lundi 24 février prochain.
« Les gens meurent comme des mouches ». Intervenu mercredi à distance depuis la RDC, le docteur et activiste congolais Denis Mukwege s'est indigné de la situation humanitaire désastreuse à Goma.
« On ne parle plus de crise humanitaire, c’est une crise de notre humanité » a-t-il déclaré.
« Les gens meurent comme des mouches ! On a déjà ramassé plus de 3 000 corps, mais il y en a encore qui jonchent le long des rues en état de décomposition .Quelle image donnons-nous à notre humanité ? », a ajouté le lauréat du Prix Nobel de la paix 2018 et du Prix Sakharov 2014, soulignant par ailleurs l'ampleur grandissante des violences sexuelles infligées à la population civile.
Mercredi, un nouveau bilan de l'ONU faisait état de 2 900 personnes tuées dans les récents affrontements à Goma. Des images relayées mardi par l'AFP ont montré de multiples corps dans des sacs mortuaires, enterrés par les travailleurs humanitaires de la Croix Rouge dans une fosse commune à Goma.
« Les récits que nous recevons de nos compatriotes et de nos partenaires internationaux sont effroyables. Cela montre que Kigali préparait un carnage à ciel ouvert à Goma. C’est effectivement ce qui s’est passé », avait réagi plus tôt dans la journée Mme Kayikwamba Wagner, à l'issue d'un entretien avec son homologue belge, Maxime Prévot.
Le nouveau ministre des Affaires étrangères de Belgique a souligné « l'urgence à faire en sorte que la communauté internationale se mobilise, se réveille davantage pour éviter les bains de sang qui sont en train de se vivre dans l’est du Congo ».
Jean-Jacques Wondo libéré de prison. L'expert militaire belge Jean-Jacques Wondo, qui avait été condamné à mort par la justice congolaise pour sa participation présumée à une tentative de coup d'État, est finalement rentré en Belgique mercredi après-midi.
En janvier dernier, le Parlement européen avait exhorté les autorités congolaises à libérer M. Wondo et à mettre fin à la peine de mort (EUROPE 13564/21). Le moratoire sur la peine capitale instauré en 2003 avait été suspendu en mars 2024 par le gouvernement de Félix Tshisekedi. (Bernard Denuit)