Le Conseil des gouverneurs a décidé, jeudi 12 décembre, d’abaisser à nouveau de 25 points de base les trois taux d’intérêt directeurs de la Banque centrale européenne (BCE), pour la quatrième fois depuis juin (EUROPE 13506/5).
À compter de mercredi 18 décembre, les taux d’intérêt de la facilité de dépôt, des opérations principales de refinancement et de la facilité de prêt marginal seront ramenés à respectivement 3,00, 3,15 et 3,40%.
Notre mission de ramener l'inflation à hauteur de 2% à moyen terme n'est pas accomplie, mais « nous sommes vraiment sur la bonne voie » et cette situation nous rend suffisamment confiants pour décider d'une nouvelle baisse des taux à hauteur de 0,25%, a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde. Elle a relevé que la décision avait été prise à l'unanimité, même si des propositions avaient été faites pour une réduction de 50 points de base.
Mme Lagarde a justifié cette confiance en faisant valoir que, pour la sixième fois de suite, les services de l'institut monétaire prévoient une hausse des prix ramenée à 2,0% en 2025, même si les prix dans les services demeurent élevés. Autre élément pertinent ayant conduit à la décision prise jeudi : les profits des entreprises, les salaires et la productivité pointent dans la même direction, sans exercer une pression haussière sur l'inflation.
Après avoir atteint 2,3% en novembre, la hausse des prix devrait suivre la trajectoire suivante, selon la BCE : 2,4% en 2024, 2,1% en 2025, 1,9% en 2026 et 2,1% en 2027. Concernant l'inflation sous-jacente (hors prix de l'énergie et produits alimentaires), l'institution de l'UE table sur une hausse moyenne de 2,9% en 2024, de 2,3% en 2025 et de 1,9% en 2026 et 2027.
Interrogée sur l'éventualité d'une nouvelle baisse des taux en janvier, potentiellement de 0,5%, l'ancienne directrice du FMI a réitéré l'approche poursuivie par le Conseil des gouverneurs : la trajectoire des taux n'est pas déterminée à l'avance et chaque décision est prise, réunion après réunion, en s'appuyant sur des données actualisées. Elle a aussi noté que la politique monétaire de la BCE demeure, malgré l'assouplissement observé, « restrictive » d'un point de vue des conditions de financement de l'économie.
Par ailleurs, les services de l'institut de Francfort sont d'avis que la croissance en zone euro demeurera modeste à moyen terme. Ils tablent sur une hausse du PIB de 0,7% en 2024, de 1,1% en 2025, de 1,4% en 2026 et de 1,3% en 2027.
Mme Lagarde a relevé un niveau élevé d'incertitude entourant l'évolution de l'économie en raison de risques géopolitiques et liés à la crise climatique. L'imposition de barrières douanières par les États-Unis après le retour au pouvoir de Donald Trump serait « dommageable pour la croissance au sens large », a-t-elle notamment estimé.
TPI. La présidente de la BCE a également été invitée à s'exprimer sur la crise politique dans certains pays, comme la France, qui n'ont pas encore été en mesure de ficeler un budget pour 2025, et notamment sur un éventuel recours à l'instrument non conventionnel 'TPI' ('Transmission protection instrument') de politique monétaire, mis sur pied en juillet 2022 pour prévenir une nouvelle crise de la dette souveraine en zone euro (EUROPE 12998/13).
« Nous n'avons pas discuté du TPI », a sobrement répondu Mme Lagarde à une journaliste qui se demandait pourquoi les marchés réagissent si peu à la situation politique en France.
Par ailleurs, elle a confirmé que la BCE allait cesser, fin 2024, de réinvestir les montants provenant des titres arrivant à échéance et acquis dans le cadre du programme 'PEPP' mis en place pour affronter les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19. Ce désengagement permettra de réduire de 7,5 milliards d'euros par mois le portefeuille du programme 'PEPP'.
Voir les décisions de politique monétaire de la BCE : https://aeur.eu/f/es4 (Mathieu Bion)