Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a estimé, jeudi 12 décembre, que les Alliés devaient dépenser plus pour leur défense, non pas pour faire plaisir à Donald Trump, qui a menacé de quitter l’Alliance si les Alliés « ne payaient pas leurs factures », mais car leur sécurité est en jeu.
« Je ne veux pas qu’on dépense plus parce que Trump le veut, mais parce que notre dissuasion est en jeu, notre défense est en jeu. Notre défense collective n’est pas ce qu’elle devrait être », a expliqué M. Rutte lors d'une conférence organisée par Carnegie Europe, à Bruxelles.
« Nous ne sommes pas en guerre. Mais nous ne sommes certainement pas en paix non plus », a prévenu le secrétaire général. Selon lui, « notre dissuasion est bonne – pour l’instant. Mais c’est demain qui m’inquiète. Nous ne sommes pas prêts à affronter ce qui nous attend dans quatre à cinq ans ».
Rappelant que la Russie allait consacrer « 7%, 8%, peut-être même plus » de son PIB à la défense l’an prochain, et que la Chine renforçait « considérablement ses forces, y compris ses armes nucléaires, sans aucune transparence ni limitation », le secrétaire général a appelé les Alliés à faire plus.
« Nous dépensons toujours beaucoup moins que pendant la Guerre froide, même si les menaces pour notre liberté et notre sécurité sont tout aussi importantes, voire plus importantes », a souligné M. Rutte, rappelant que les Européens consacraient bien plus de 3% de leur PIB à la défense. Il s’est cependant refusé à donner un nouveau pourcentage de PIB à consacrer à la défense. Il a tout de même expliqué que, si les Alliés dépensaient plus, mais pas mieux, alors il faudrait dépenser au moins 4%.
« Je sais que dépenser plus pour la défense signifie dépenser moins sur d’autres priorités. Mais ce n’est qu’un peu moins. En moyenne, les pays européens dépensent facilement jusqu’à un quart de leur revenu national en retraites, en santé et en systèmes de sécurité sociale. Nous avons besoin d’une petite fraction de cet argent pour renforcer nos défenses et préserver notre mode de vie », a-t-il expliqué, ajoutant que donner la priorité à la défense nécessite un leadership politique.
Et de prévenir : « Si nous ne dépensons pas davantage aujourd’hui pour empêcher la guerre, nous paierons un prix bien plus élevé plus tard pour combattre. Pas des milliards, mais des milliers de milliards d’euros ».
Investir dans l'industrie de la défense. Selon le secrétaire général, si les Alliés veulent dépenser moins de 4% de leur PIB en défense, il faudra innover et faire des achats conjoints. « Nous devons étayer ce (nouveau) chiffre en précisant clairement le type de capacités dont nous avons besoin », a-t-il souligné, citant les missiles de défense, les armes à longue distance et la logistique.
Le secrétaire général a aussi appelé à investir dans l’industrie de la défense, notamment en Europe. « Notre industrie est trop petite, trop fragmentée et trop lente », a-t-il regretté.
M. Rutte a appelé les gouvernements à donner aux industries « les grosses commandes et les contrats à long terme dont elles ont besoin pour produire rapidement des capacités plus nombreuses et de meilleure qualité », y compris sur des capacités modernes. Selon lui, les gouvernements doivent aussi arrêter de créer des barrières entre eux et entre les industries, les banques et les fonds de pension. Il a aussi appelé les industries à investir, expliquant qu’il y avait de l’argent sur la table.
Interrogé sur le programme européen pour l'industrie de la défense (EDIP), M. Rutte a précisé qu’il comprenait que les Européens veulent que l’argent européen doit être dépensé le plus possible en Europe, tout en précisant qu’il ne fallait pas endommager la coopération transatlantique.
« Nous n’avons pas besoin de barrières supplémentaires », a-t-il ajouté.
Le programme EDIP est toujours en cours de discussion entre les États membres de l'UE et ne devrait pas faire l'objet d'un accord avant la fin de l'année. (Camille-Cerise Gessant)