Le commissaire européen désigné Olivér Várhelyi, qui brigue le portefeuille de la Santé et du Bien-être animal dans le prochain Collège des commissaires européens, a fait montre d'ambition en matière de médicaments et de biotechnologie face aux eurodéputés lors de son audition de près de 3 heures 30, mercredi 6 novembre, au cours de laquelle il a été critiqué sur sa position sur la santé des femmes, dont le droit à l'avortement (EUROPE 13511/24).
« Ses réponses et son silence sur l'avortement en disent long sur son idéologie réactionnaire au sujet du respect de ce droit fondamental », a déclaré Christophe Clergeau (S&D, français) après l'audition.
Pascal Canfin (Renew Europe, français) s'est interrogé : « Comment pouvons-nous soutenir un commissaire qui n'est pas capable de critiquer un État membre - le sien - qui a choisi les vaccins russe ou chinois contre la Covid plutôt que les vaccins approuvés par l’UE, qui n'est pas capable d'expliquer comment il aidera les femmes de l'UE à avoir un accès sans entrave aux services de santé et droits sexuels et reproductifs ? »
Les coordinateurs des commissions compétentes du PE se sont réunis vers 22h30, et la réunion était toujours en cours vers 23h30. Plusieurs sources évoquaient vers minuit la possibilité de poser des questions écrites supplémentaires au candidat avant de valider sa désignation, plutôt que de procéder à une nouvelle audition.
LGBTQIA+. En réponse aux inquiétudes de Catarina Martins (La Gauche, portugaise) sur le respect des droits des minorités sexuelles et de genre, le commissaire désigné a affirmé que l’accès aux soins de santé devait être assuré « indépendamment du genre ou de l’orientation sexuelle ». « Ce doit être accepté par chaque institution et par chaque médecin », a-t-il ajouté.
Avortement. Il y a des limites à ce que la Commission peut faire en matière de droit à l'avortement, selon le commissaire désigné. Le PE peut faire des propositions qui « seraient plutôt de l’ordre de propositions de réforme des traités », a répondu Olivér Várhelyi face aux questions insistantes de plusieurs eurodéputés des groupes S&D, Verts/ALE et La Gauche. La Commission est gardienne des traités et elle doit respecter les textes, a affirmé le commissaire sortant à l’Élargissement.
Par ailleurs, il a répondu très calmement aux attaques sur sa prétendue misogynie. « Je suis un allié des femmes, je vis avec mon épouse et mes trois filles », a-t-il indiqué.
« Considérez-vous que la santé sexuelle et reproductive doit être un élément essentiel de l'Union de la santé ? », a demandé M. Clergeau. « La donne est très claire en la matière : nous disposons de règles au titre de la Charte des droits fondamentaux de l'UE et tout ceci est limpide. Les droits sexuels et reproductifs font partie des droits humains », a répondu le commissaire désigné. Pour ce qui est de l'avortement, il n'y a pas de compétence communautaire, les pays de l'UE sont compétents, a-t-il relevé.
Par ailleurs, Olivér Várhelyi s'est excusé une nouvelle fois auprès des eurodéputés, lors de l'audition, après avoir traité des parlementaires d'idiots, en oubliant de fermer son micro lors de son mandat de commissaire.
Vaccins. Certains élus, comme Vlad Vasile-Voiculescu (Renew Europe, roumain) ou Peter Liese (PPE, allemand), ont reproché au gouvernement hongrois de Viktor Orbán d'avoir autorisé le vaccin anti-Covid-19 russe Spoutnik, puis le vaccin chinois, contrairement aux décisions au niveau de l'UE.
« Je m'en remettrai au travail de l'Agence européenne des médicaments, qui fait un excellent travail, y compris sur le plan international », a promis le commissaire désigné. Dans des cas de figure extraordinaires, les autorisations préalables octroyées au niveau national sont autorisées, et c'est la responsabilité qui échoit à tout État membre, a tout de même justifié Olivér Várhelyi.
Brevets. Les brevets ne sont pas un obstacle aux traitements, a assuré l'ancien ambassadeur hongrois auprès de l'UE. Ils existent depuis des siècles pour permettre de mettre de nouveaux produits pharmaceutiques sur le marché. « Nous travaillerons pour avoir des produits non brevetés sur le marché encore plus rapidement », a-t-il assuré.
Médicaments. En répondant à des questions de Peter Liese sur les dispositifs médicaux, Olivér Várhelyi a promis de répondre aux attentes du Parlement européen, en finalisant en 2025 l’évaluation ciblée des règlements en vigueur, afin de présenter des changements législatifs. Il a promis aussi de présenter des actes d'exécution sur les dispositifs pour les maladies orphelines et sur les dispositifs médicaux pédiatriques.
Le commissaire désigné espère compléter les mesures de la réforme pharmaceutique en faisant avancer les préparatifs d’un acte législatif sur les médicaments critiques pour faire face aux graves pénuries et en tenant compte des recommandations de l’Alliance pour les médicaments critiques.
Olivér Várhelyi a aussi évoqué les travaux qu'il compte mener en matière de lutte contre les maladies cardiovasculaires, en plus du plan européen de lutte contre le cancer.
Pesticides. Alexander Bernhuber (PPE, autrichien) a interrogé le commissaire sur la disponibilité de produits phytosanitaires. « Il faut accélérer la cadence en ce qui concerne les procédures d'autorisation », a lancé le commissaire désigné. La Commission compte agir dans ce domaine grâce aux actes d'exécution. La Commission compte également adopter un nouvel acte européen sur les biotechnologies.
Bien-être animal. Concernant l’initiative citoyenne (ICE) sur la fin des cages pour animaux, Olivér Várhelyi a souligné que, lorsque nous formulons des propositions sur le sujet, il faut s’assurer que les importateurs n’en tirent pas profit, car les cages ne seront pas interdites dans les pays tiers, a mis en garde le commissaire désigné. En répondant à Tilly Metz (Verts/ALE, luxembourgeoise), il a promis de lancer un dialogue en 2025 avec toutes les parties prenantes, dont les agriculteurs, afin de trouver des solutions viables.
« Il faut améliorer la santé animale », a assuré M. Várhelyi, qui compte aussi faire avancer le dossier de la révision des règles sur le transport des animaux. Et les agriculteurs ont besoin d'aides financières pour les soutenir dans leurs efforts de renforcement du bien-être des animaux.
En réponse à une question de Carlo Fidanza (CRE, italien) sur la viande cellulaire, il a dit qu'il fallait faire confiance à l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sur ce qu'il est possible de manger en toute sécurité. Il a ajouté que le débat sur la viande cellulaire n'est pas seulement scientifique, mais aussi éthique. Selon lui, une solution devrait être d'utiliser, pour cette technologie, le principe d'opt-out similaire à celui utilisé dans le cadre des OGM. (Lionel Changeur)