Le candidat grec Apóstolos Tzitzikóstas a convaincu, lundi 4 novembre, les députés des commissions des transports et du tourisme (TRAN) ainsi que de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI) qu’il était apte à endosser le rôle de commissaire européen aux Transports et au Tourisme durables.
Très préparé et très factuel, il n’a esquivé aucune question. « Je ne ferai pas de promesses excessives aujourd'hui. La crédibilité passe par les actes et non par les paroles », a-t-il affirmé. « La sécurité sera ma priorité numéro 1 ; nous disposons d'outils pour résoudre ce problème, mais ils ne sont pas appliqués », a-t-il déploré. Et d'assurer: « Je m'engagerai auprès des États membres pour qu'ils appliquent les règles et j'aiderai tous les États membres à prendre toutes les mesures nécessaires pour réduire au minimum les risques d'accident ».
Durabilité et compétitivité. En accord avec le titre de son portefeuille, M. Tzitzikóstas a insisté sur l’aspect durable et l'importance de maintenir les objectifs du paquet climatique ‘Fit for 55’. « La compétitivité doit s'appuyer sur la durabilité. Il est nécessaire de mettre en œuvre la législation déjà adoptée et d’aider les entreprises », a-t-il affirmé.
Interrogé par Roman Haider (PfE, autrichien) sur les difficultés rencontrées par les constructeurs automobiles, notamment allemands, M. Tzitzikóstas est resté ferme. « Les règles sont claires: elles ont été établies il y a des années, il reste onze ans au secteur pour s’y conformer », a-t-il souligné. Selon lui, il faut que le secteur automobile fasse sa transition vers l’électrification grâce à la création d’un marché en rendant les véhicules électriques abordables. « L'UE aura un rôle prépondérant dans ce secteur, il faut changer de modèle pour survivre », a-t-il estimé. Le candidat au poste de commissaire a critiqué les subventions du gouvernement chinois aux constructeurs de véhicules électriques (EUROPE 13514/2).
Il a annoncé son intention de présenter un ‘Plan d'investissement pour le transport durable’ afin d'accroître les investissements dans les solutions de décarbonation des transports, notamment la recherche et le développement de carburants alternatifs (SAF). Il espère ainsi donner de la « clarté ».
Interrogé sur les failles du 'Système d'échange de quotas d'émission' ('SCEQE' ou 'ETS') et des fuites de carbone (EUROPE 13475/8), M. Tzitzikóstas a répondu qu'il prenait ce sujet très au sérieux. Il s’est engagé à travailler avec le futur commissaire européen au Climat. « On doit prendre des mesures mondiales, je soumettrai ces problèmes à l'Organisation maritime internationale », a-t-il promis. Le commissaire désigné a suggéré d'allonger la liste des ports qui ne peuvent être considérés comme étant une escale, comme ceux de Tanger et Port-Saïd, en ajoutant plus de ports du sud de la Méditerranée sur cette liste en attendant que ces problèmes soient résolus à plus grande échelle. Il présentera aussi une stratégie pour les ports afin de rendre cette industrie respectueuse du climat.
M. Tzitzikóstas a également assuré de son soutien aux moyens de transports moins polluants, comme le vélo, les voies navigables intérieures et le transport ferroviaire. Il a fait référence aux rapports d’Enrico Letta et de Mario Draghi, dans lesquels le soutien au secteur ferroviaire est cité comme un des outils pour renforcer le marché intérieur et la compétitivité. « C’est une priorité absolue », a-t-il certifié. Le commissaire désigné a évoqué également la promotion du transfert modal et la nécessité de mesures de soutien pour garantir des conditions de concurrence équitables entre les différents modes de transport.
Connectivité et cohésion territoriale. L’ancien président du Comité européen des régions entre 2020 et 2022 n’a pas oublié son ancien rôle. « Si ma nomination est confirmée, je prévois de mettre en place dès 2025 un système de réservation et de billetterie unique à travers l’Europe », a-t-il indiqué. L'idée serait de n’avoir qu’un seul billet pour les déplacements transfrontaliers en train, comme c’est déjà le cas pour l’avion. Il faudra alors renforcer la multimodalité et modifier les droits des passagers pour les protéger.
M. Tzitzikóstas vise également à relier les capitales de l'UE entre elles par des trains à grande vitesse. « Mon objectif est d'avoir une connexion adéquate pour chaque région et chaque recoin de l'UE », a-t-il exposé. Et d'expliquer : « Avec les financements des SAF et le financement de la politique de cohésion, mon objectif est de ne laisser personne de côté dans le projet de transport de l'UE ».
Solidarité avec l’Ukraine. Le commissaire désigné a marqué son soutien à l’Ukraine et à la Moldavie ainsi qu’aux sanctions contre la Russie. Il a déclaré qu’il prenait au sérieux les questions relatives aux flottes fantômes. Dans sa stratégie portuaire, une partie sera dédiée à la lutte contre l’influence des pays tiers. « Nous devons être vraiment très prudents », a-t-il averti. Il a insisté sur l'indépendance portuaire, la résilience environnementale et la chaîne d'approvisionnement des ports européens.
Par ailleurs, M. Tzitzikóstas a considéré la connectivité entre l'Ukraine et le reste de l'UE et l’achèvement du réseau transeuropéen de transport (RTE-T) comme étant une « priorité absolue ». Il a fait allusion aux problèmes de gabarit des rails pour la grande vitesse, qui ne sont pas les mêmes selon les États membres, et les investissements très coûteux que cette situation engendre. « L'achèvement du RTE-T nécessite 515 milliards d'euros, cela sera discuté dans le prochain cadre financier pluriannuel », a-t-il souligné.
Tourisme. M. Tzitzikóstas s’est réjoui de devenir, en cas de confirmation, le premier commissaire européen à avoir officiellement le tourisme parmi ses compétences. « L'Europe est la première destination touristique. Il faut s'assurer que les touristes continuent d'affluer et que le secteur prospère », a-t-il souligné. Il a fait valoir son expérience en tant qu’ancien gouverneur de la région de Macédoine : « Nous avons beaucoup travaillé, non seulement sur la façon de promouvoir cette destination, mais aussi sur la gestion des flux ». Après avoir consulté le secteur, il voudrait présenter une stratégie pour un tourisme durable.
Le commissaire désigné a également évoqué le financement du secteur, en particulier le besoin d'une ligne budgétaire plus ciblée dans le nouveau cadre financier pluriannuel alors que le tourisme est financé actuellement par différents programmes. « Le financement n'est pas suffisant et il faut le simplifier, car les petites et moyennes entreprises ont des difficultés à trouver et à accéder à ces financements », a-t-il plaidé. Ces financements pourraient notamment leur permettre de développer la numérisation. (Anne Damiani)