Le commissaire européen désigné pour le portefeuille du Commerce et des Relations interinstitutionnelles, Maroš Šefčovič, est en bonne voie d’être confirmé par les eurodéputés. D’après les présidents des commissions parlementaires du commerce international et des affaires constitutionnelles qui l’ont auditionné, lundi 4 novembre, le candidat s’est montré compétent sur les sujets qu’il pourrait couvrir.
« Maroš Šefčovič est un acteur fiable dans le secteur du commerce », a appuyé Bernd Lange, président de la commission du commerce international au PE, à la sortie de l'audition. Pour lui, il serait « surprenant qu'on dise qu'il n'est pas capable de remplir les fonctions de commissaire ».
Chine. Le Parlement européen avait particulièrement à cœur d'entendre le Slovaque sur la conduite que l’UE va tenir envers la Chine, avec qui les tensions commerciales s’accumulent.
Conforme à ses réponses écrites, M. Šefčovič n’a pas hésité à affirmer la détermination de la Commission européenne à défendre les intérêts de l'Union face à Pékin, qu’il a qualifié de partenaire complexe et « souvent difficile ». « J’anticiperai notre stratégie de réduction des risques. Nous ne pouvons pas nous permettre des dépendances qui nous coûtent cher, ni tolérer des pratiques coercitives », a-t-il affirmé à propos des relations UE/Chine.
Sa compatriote Miriam Lexmann (PPE) a réclamé des garanties sur ce point, évoquant la complaisance du Président slovaque, Robert Fico, à l'égard de la Chine, ce dernier étant issu du parti SMER comme Maroš Šefčovič. « Mon histoire personnelle me permet de démontrer que j’ai toujours œuvré à la défense des intérêts européens », a rétorqué le candidat à son quatrième mandat de commissaire.
Interrogé sur la réponse de Pékin à l’imposition de tarifs sur les véhicules électriques chinois, le Slovaque a assuré que la Commission irait jusqu’à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour défendre les intérêts d’agriculteurs européens qui font les frais de mesures de rétorsion (EUROPE 13499/27).
Plusieurs élus se sont aussi inquiétés des surcapacités chinoises dans les secteurs de l’acier, de l’aluminium ou encore du ciment. Là aussi, l’UE fera son possible pour défendre les producteurs européens, notamment à l’aide des outils de défense commerciale, a indiqué le commissaire candidat. Selon lui, les tarifs et mesures de sauvegarde en place sur plusieurs produits chinois ont permis de réduire le volume de ces biens sur le marché européen.
Sécuriser les approvisionnements stratégiques. La sécurité économique passe inévitablement par la réduction des dépendances dans des secteurs stratégiques tels que les matières premières critiques. C’est pourquoi le commissaire européen désigné a souligné à plusieurs reprises sa volonté de conclure des accords sectoriels « plus agiles et plus compacts » que les accords traditionnels de libre-échange.
Le protocole d’accord UE/Australie en la matière contribuera grandement à cet objectif de diversification des sources d’approvisionnement, a-t-il affirmé.
Accord UE/Mercosur. M. Šefčovic n'a pas échappé à une série de questions sur l'accord de commerce UE/Mercosur. Les députés français, tous groupes confondus, ont parlé d’une seule voix pour dénoncer l’accord, dont l’impact sur les agriculteurs européens serait néfaste, selon eux. En face, le Suédois Jörgen Warborn (PPE), au contraire, a plaidé pour une conclusion rapide de ce traité, qu’il estime bénéfique à tous points de vue.
Les négociateurs des deux côtés, en tout cas, ne sont pas encore sur le point de conclure les discussions, a indiqué le commissaire désigné. « Je peux vous assurer que, dans ces négociations, nous sommes très vigilants, s’agissant des avantages qu’apporte l’accord. Nous ne soutiendrions jamais un accord qui ne serait pas dans l’intérêt européen », a-t-il assuré à maintes reprises.
Face à l'insistance de quelques élus sur l’effet potentiellement négatif de l'accord, le commissaire désigné a ajouté : « Dès que nous saurons que les négociations entrent en phase finale, nous reviendrons vers vous avec toutes les données nécessaires. Je plaide pour avoir une discussion basée sur les faits et les chiffres. L’Europe est une superpuissance agricole. Les derniers accords que nous avons signés ont tous mené à une augmentation des exportations agricoles européennes ».
Bien que les craintes des agriculteurs sur cet accord doivent être prises en compte, il a appelé à regarder le cadre dans son ensemble. « Nous ne sommes désormais plus le premier partenaire commercial de l’Amérique latine. Nous devons être plus présents, être un meilleur partenaire pour ces pays importants », a-t-il fait valoir.
Ukraine. Les mesures commerciales autonomes de l'UE, qui suppriment tous les tarifs sur les importations agricoles provenant d'Ukraine, expireront en juin 2025 et le PE veut savoir ce qu'il adviendra des échanges à ce moment-là.
Karin Karlsbro (Renew Europe, suédoise) a estimé qu'il convient de maintenir le soutien aux exportateurs ukrainiens tandis que, pour la Polonaise Anna Bryłka (PfE) ou le Letton Rihards Kols (CRE), il convient de trouver des solutions pour protéger les secteurs agricoles sensibles.
Le commissaire européen désigné a assuré que les négociateurs européens et ukrainiens travaillaient à une solution qui puisse accommoder tout le monde et surtout préparer l'avenir potentiel de Kiev au sein de l'Union.
Réduction de la charge administrative. À une question de M. Warborn sur les objectifs de réduction de la charge administrative (-25% pour les grandes entreprises, -35% pour les PME) fixés par Mme von der Leyen, Maroš Šefčovič a relevé les progrès réalisés lors du mandat de la Commission actuelle, qui équivalent, selon lui, à un gain de « 7,3 milliards d'euros ». Il a rappelé que ces objectifs étaient transversaux et inclus dans les lettres de mission de tous les commissaires européens désignés, avec un rôle particulier pour Valdis Dombrovskis (EUROPE 13515/17).
Affaires institutionnelles. Sur la réforme des traités européens, Salvatore De Meo (PPE, italien) et Nikolas Farantouris (La Gauche, grec) ont demandé au candidat quelles initiatives la Commission pourrait prendre pour faciliter les discussions alors que le Conseil européen n'a toujours pas répondu à la demande du PE de novembre 2023 de convoquer une Convention chargée de réformer les traités européens.
M. Šefčovič s'est borné à reprendre à son compte de précédentes déclarations de Mme von der Leyen : la Commission sera heureuse de se rendre « utile » ('forthcoming') pour présenter sa vision du dossier, « si et lorsque » le Conseil européen le requerra, conformément à la procédure prévue par les traités.
Répondant à Sandro Gozi (Renew Europe, italien) sur les réformes institutionnelles indispensables avant l'élargissement de l'UE, M. Šefčovič s'est demandé si l'unanimité des États membres devait être requise à toutes les étapes techniques du processus de négociation d'adhésion à l'UE, rendant ainsi possibles « 72 vetos » nationaux.
En matière de transparence, le commissaire désigné a indiqué que le texte instaurant le Registre européen de transparence sera revu, en réponse à Marieke Ehlers (PfE, néerlandaise). Il a rappelé que les commissaires européens ne peuvent rencontrer que des représentants de groupes d'intérêt inscrits au Registre.
Maroš Šefčovič a aussi souhaité avancer dans les négociations en cours sur la révision de l'accord interinstitutionnel de 2010 entre le PE et la Commission, négociations qui se dérouleront sur la base des principes agréés récemment entre les présidentes Metsola et von der Leyen (EUROPE 13509/18). (Léa Marchal et Mathieu Bion)