Le commissaire européen désigné à l’Agriculture et à l’Alimentation, le Luxembourgeois Christophe Hansen, a fait plutôt bonne impression lors de son audition d'un peu plus de trois heures devant les eurodéputés, lundi 4 novembre à Bruxelles, en demandant un « budget fort » pour la politique agricole commune (PAC) après 2027 et en s’engageant à revoir certaines règles de l’organisation commune des marchés (OCM) et de la directive sur les pratiques commerciales déloyales.
Ce fils et frère d’agriculteurs, et cousin de l’actuelle ministre luxembourgeoise de l’Agriculture, a, dans ses propos introductifs face à la commission de l’agriculture du Parlement européen, plaidé en faveur d’une « meilleure coordination politique » sur des thématiques comme l'adaptation aux changements climatiques, la résilience pour les systèmes hydriques, le bien-être animal ainsi que de nombreuses autres initiatives qui ont des conséquences directes sur les agriculteurs et les consommateurs.
« Ces principes me guideront lorsque je m'intéresserai à la préparation de la vision pour l'agriculture et l'alimentation que la présidente de la Commission européenne m'a demandé de rédiger dans les 100 premiers jours du mandat. Je tiendrai compte d'une pluralité de points de vue et de l'ensemble des maillons de la chaîne de valeur agroalimentaire », a promis le commissaire désigné (EUROPE 13510/14).
Le renouvellement générationnel sera central dans la réflexion pour les cinq prochaines années. Pourquoi ? Parce que seuls 10% des agriculteurs ont moins de 40 ans à l'heure actuelle, a souligné M. Hansen, affilié au PPE. Il a plaidé en faveur de la mise en place d'un observatoire européen des terres agricoles afin d'améliorer l'accès aux terres pour les jeunes agriculteurs.
Autre thème prépondérant : améliorer le revenu des exploitants. L'aide au revenu reste un élément essentiel, « mais tous les agriculteurs rencontrés jusqu'ici me disent qu'ils préféraient avoir une rémunération correcte pour leur produit plutôt que recevoir des aides publiques. Ils veulent une juste rémunération du marché », a insisté M. Hansen.
Budget de la PAC. En répondant à des questions de plusieurs eurodéputés, dont celles de Herbert Dorfmann (PPE, italien), M. Hansen a admis que toute réduction budgétaire dans le budget de la PAC serait un « désastre ». Il a plaidé en faveur d'un « budget fort dédié à la PAC » et de sources de revenus supplémentaires comme l'agriculture du carbone (rémunérer les agriculteurs qui adoptent des pratiques agronomiques régénératrices en fonction des tonnes de CO2) et estimé que les agriculteurs de l'UE devaient pouvoir bénéficier du 'Fonds pour une transition juste', lequel dispose encore de fonds disponibles.
La 'convergence externe' des aides directes est un sujet qui figurera en bonne place à l'ordre du jour du prochain cadre financier pluriannuel (CFP) de l'UE et de la réforme de la PAC, a dit M. Hansen, en reconnaissant que la suppression progressive de ce mécanisme (visant à ajuster progressivement les aides au revenu par hectare dans chaque pays, soit à la hausse, soit à la baisse, pour les rapprocher de la moyenne de l'UE) ne sera pas facile.
Marchés et pratiques déloyales. Dario Nardella (S&D, italien) a interrogé le futur commissaire sur les réformes à venir concernant le règlement sur l’organisation commune de marchés (OCM) et la directive sur les pratiques commerciales déloyales. M. Hansen a confirmé qu’il allait rapidement proposer de réviser l’OCM, notamment pour faciliter la possibilité d’adhérer aux organisations de producteurs. L’objectif serait aussi de renforcer la position des producteurs dans la négociation et la conclusion de contrats de fourniture de produits agricoles, de favoriser la coopération et d’améliorer la transmission des prix.
De même, afin de mieux protéger les agriculteurs contre les pratiques commerciales déloyales, il compte proposer de nouvelles règles relatives à l’application transfrontière dans le cadre de la directive sur les pratiques commerciales déloyales. La Commission doit d’abord procéder l’année prochaine à une analyse de cette législation, « pour voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas », a précisé M. Hansen.
Réciprocité des normes. En réponse à Carlo Fidanza (CRE, italien) sur la concurrence déloyale qui affecte les agriculteurs de l’UE, M. Hansen a souligné qu’il fallait travailler sur la réciprocité. Il a souligné notamment que c’était pour cette raison qu’un protocole supplémentaire était négocié dans la cadre de l’accord de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur. D’autres exemples existent sur les clauses miroir, notamment dans le règlement visant à éviter la déforestation ou s’agissant de l’interdiction au niveau de l’UE de l’importation de produits traités par des néonicotinoïdes (pesticides tueurs d’abeilles).
« Nous devons faire davantage pour avoir une vraie méthode de réciprocité », a dit le commissaire désigné, qui a cité aussi les nouveaux chapitres sur le commerce équitable dans le cadre des accords commerciaux avec les pays tiers. Et il faut mieux protéger nos indications géographiques dans les pays tiers, a-t-il ajouté.
Sur le Mercosur, M. Hansen a estimé que l'existence d'un accord était « dans l'intérêt de nos agriculteurs ». Il a reconnu que certains secteurs (viande bovine) étaient fragilisés, mais l'UE importe déjà 200 000 tonnes de viande en provenance de ces pays du Mercosur, a ajouté le commissaire désigné.
Promotion des produits. M. Fidanza a protesté contre la baisse des crédits communautaires sur la promotion des produits carnés et du vin. Il faut maintenir ce budget et une lettre rectificative de la Commission sur le budget 2024 prévoit 40 millions d’euros de plus pour la promotion des programmes multi-pays. « Cela devrait aider à court terme », selon le candidat au poste de commissaire à l’Agriculture.
Simplification. M. Hansen a salué le paquet de mesures de mars dernier, mais il a reconnu qu’il fallait poursuivre ce travail de simplification. Il a notamment évoqué l'utilisation accrue de montants forfaitaires et le besoin d’être « moins strict » à l’égard des petits agriculteurs.
Innovation. En réponse à des questions de M. Nardella, M. Hansen a souligné que la Banque européenne d’investissement (BEI) avait estimé à 60 milliards d’euros par an le déficit en matière d’investissement. « Si nous ne modernisons pas nos systèmes de production, la compétitivité va en pâtir », a-t-il relevé. Le commissaire désigné compte ainsi pousser en faveur de nouvelles possibilités de prêts de la BEI pour l’innovation au bénéfice des jeunes agriculteurs, afin de réduire les risques liés au capital.
M. Hansen n’a jamais été ministre, mais ses capacités de négociation au PE ont été remarquées, notamment lorsqu'il était coordinateur du PPE au sein de la commission du commerce international. De façon émouvante, il a fait le lien entre les difficultés économiques et la pression psychologique que subissent les agriculteurs, et le décès récent de son frère, lui-même agriculteur.
Enfin, Raffaele Stancanelli (PfE, italien) a critiqué le cordon sanitaire, une pratique politique visant à exclure les partis politiques d'extrême droite de toute majorité politique. M. Hansen s’est montré disposé à travailler avec tous les élus de ce PE, car « tout le monde est élu démocratiquement, ici ». Toutefois, il convient, selon lui, de partager les valeurs communes européennes et de contribuer à l’unité européenne. Il a cité la défense de l’État de droit, de la démocratie européenne, et une paix durable et juste en Ukraine. (Lionel Changeur)