Josef Doppelbauer, le directeur exécutif de l'Agence ferroviaire de l'Union européenne (ERA), a alerté sur la fragmentation du système ferroviaire européen, lors de son audition par la commission des transports et du tourisme du Parlement européen (TRAN), mercredi 4 septembre. Causée par un manque de financement, cette fragmentation freine grandement l’efficacité du transport ferroviaire.
« Nous courons vraiment le risque de ne pas atteindre les objectifs de transfert modal, mais cela devrait être une motivation [...] pour lutter contre la fragmentation », a averti M. Doppelbauer. « Nous avons besoin de volonté politique et d'esprit européen et alors nous pourrons y arriver ; c'est un projet à long terme et nous devons être persévérants », a-t-il ajouté.
Il a rappelé que le système ferroviaire est complexe et coûteux, avec des infrastructures ayant une longue durée de vie. En conséquence, toute stratégie doit s'inscrire dans une perspective à long terme. « La fragmentation du système conduit à une fragmentation du produit, qui conduit à des oligopoles de fournisseurs et cela fait augmenter les coûts, il faut donc faire baisser les coûts tout en augmentant l'investissement », a-t-il expliqué.
Interrogé sur l'attelage automatique numérique de fret (DAC), il a qualifié l'attelage à vis d’« anachronisme. « Le problème des coûts doit être résolu de manière efficace, il faut en effet une normalisation complète, si nous ne standardisons pas, nous tuerons le fret ferroviaire », a-t-il asséné.
Il a également évoqué les problèmes linguistiques entre les différents pays. « Il y a plusieurs tentatives pour trouver des solutions technologiques avec la traduction automatique. [...] La seule solution viable est d’opter pour une deuxième langue pour les conducteurs de train, qui pourrait être l'anglais, mais ne doit pas nécessairement l’être », a-t-il indiqué. Il a pris en exemple les secteurs maritime et de l'aviation, où l’anglais est déjà la langue d'usage.
Enfin, concernant la gestion des capacités de l’infrastructure ferroviaire, il s’est dit « déçu » de la décision du Conseil de l'UE de rendre le rôle aux États membres (EUROPE 13434/3). « Nous avons besoin de coopération au niveau de l'UE, de contrôle et de distribution de la capacité au niveau de l'UE, sinon cela ne fonctionnera pas ; nous perdons du temps et ne contribuons pas à rendre le rail plus efficace », a-t-il conclu. (Anne Damiani)