Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, et de nombreux ministres européens ont appelé, lundi 27 mai, à un accord sur la 'Facilité européenne pour la paix' (EPF). Alors que l’Ukraine a un besoin urgent de soutien militaire, la Hongrie bloque l’adoption de sept textes liés à l’EPF représentant 6,6 milliards d’euros.
Si la Hongrie a un opt-out sur le Fonds d’assistance pour l’Ukraine - ce qui fait que Budapest ne financera ni du soutien létal ni du soutien non létal à Kiev -, son accord est nécessaire pour l’adoption des instruments de mise en œuvre. Elle bloque actuellement sept textes et certains s’inquiètent d’un possible blocage des décisions liées à la mise en œuvre de l’utilisation des avoirs russes gelés.
Reconnaissant, à la fin du Conseil, que la discussion avait été « intense, voire houleuse » sur le soutien militaire à l’Ukraine, M. Borrell a estimé que les décisions sur la 'Facilité européenne pour la paix' ne pouvaient pas être prises en otage d’autres décisions sans rapport. Lors de la discussion entre les ministres, la pression se serait accentuée sur le ministre hongrois, Péter Szijjártó.
Le Haut Représentant a rappelé que les dirigeants avaient donné leur accord concernant le Fonds d’assistance pour l’Ukraine – la partie 'Ukraine' de la 'Facilité européenne pour la paix' – en mars. « L’Ukraine a besoin d’armes maintenant, pas l’année prochaine », a souligné M. Borrell. Et d'insister : « Le retard peut être mesuré en termes de vies humaines. Ce n’est pas un problème financier, c’est un problème de vies humaines ».
À son arrivée au Conseil, la ministre allemande, Annalena Baerbock, avait appelé « de toute urgence la Hongrie à permettre enfin un soutien à l’Ukraine afin de garantir à nouveau la paix ».
« On ne peut pas accepter qu'un seul pays, qui a en plus signé en faveur (du Fonds d’assistance pour l’Ukraine) il y a quelques mois lors d'un Conseil entre les chefs d'État, bloque à présent cette aide cruciale pour l'Ukraine », avait souligné la ministre belge, Hadja Lahbib, ajoutant qu’il fallait « absolument prendre (ses) responsabilités et faire ce qu'il faut pour aider l'Ukraine militairement ».
Selon le ministre lituanien, Gabrielius Landsbergis, depuis le début du conflit, la Hongrie a bloqué environ 41% des résolutions de l’UE sur l’Ukraine.
Les appels européens semblent n'avoir eu aucun effet sur Péter Szijjártó. Sur Facebook, il a expliqué qu’accorder ces 6,5 milliards était « pour nous inacceptable », ajoutant que son pays ne céderait pas à « la pression va-t-en-guerre ». « Nous continuerons à insister sur la nécessité de faire la paix », a-t-il ajouté.
Au-delà de la 'Facilité européenne pour la Paix', les ministres ont discuté de la possibilité pour l’Ukraine de se défendre. Si le ministre tchèque, Jan Lipavský, a annoncé que les premières livraisons d’armes dans le cadre de son initiative devraient avoir lieu en juin - il s’agirait de 48 000 munitions – l’Ukraine a également besoin de plus de systèmes de défense antiaérienne et de la levée des restrictions posées sur les armes occidentales, selon le Haut Représentant. Certains pays ont introduit des restrictions sur leurs équipements envoyés à Kiev qui ne peuvent être utilisés que sur le territoire ukrainien internationalement reconnu et, donc, ne pas pour toucher le sol russe.
Le même jour, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a estimé que les Alliés devraient « reconsidérer » certaines restrictions. « L'Ukraine a le droit de se défendre, elle défend sa terre, son territoire. Et, selon le droit international, le droit de légitime défense inclut le droit de frapper des cibles militaires légitimes en dehors de l’Ukraine », a-t-il rappelé. Selon lui, les restrictions « lient les mains dans le dos des Ukrainiens et (rendent) très difficile pour eux d'assurer leur défense ».
Les ministres des Vingt-sept ont aussi mis en avant la nécessité de prendre des mesures contre les menaces hybrides de la Russie, y compris contre des pays européens. Ces sanctions, proposées initialement par la France, sont également bloquées par la Hongrie. (Camille-Cerise Gessant)