Répondant à l'invitation du centre de réflexion (think tank) Bruegel et du Financial Times, plusieurs candidats têtes de liste de familles européennes ont débattu, mardi 21 mai à Bruxelles, des priorités économiques en vue du prochain cycle législatif ainsi que des moyens de les financer.
Les candidats du 'Parti populaire européen' (PPE), l'Allemande Ursula von der Leyen, du 'Parti socialiste européen', le Luxembourgeois Nicolas Schmit, et de la plateforme des partis libéraux, l'Italien Sandro Gozi, ont plaidé en faveur de l'approfondissement du marché intérieur, notamment dans le secteur numérique et pour accélérer la décarbonation de l'économie. Ils ont souhaité s'attaquer aux difficultés rencontrées par les PME, en simplifiant les règles européennes.
Mme von der Leyen a insisté sur l'importance de « l'accès aux capitaux » privés, qui reste insuffisant aujourd'hui. Pour M. Schmit, la dimension sociale, facteur même de compétitivité, ne doit pas être oubliée pour préserver le modèle économique spécifique de l'UE. Critiquant le PPE pour son manque de volonté politique dans l'approfondissement du marché unique, M. Gozi a estimé que les citoyens doivent pouvoir bénéficier des opportunités de ce marché, notamment dans les zones frontalières, où trop d'obstacles nuisent encore au développement des échanges.
Seul participant hostile à plus d'intégration dans l'UE, le candidat de l'extrême droite européenne, le Danois Anders Vistisen, a préconisé une déréglementation massive, à commencer par les textes du 'Pacte vert européen', le règlement 'RGPD', la directive 'temps de travail', ces règles reflétant la capacité de l'UE à « s'autopénaliser » ('to self harm') face à la concurrence internationale. Selon lui, il faut en finir avec l'excès de taxes et empêcher toute 'Tobin tax' qui grèverait les hauts revenus.
Sécurité économique. Interrogés sur la façon de renforcer la sécurité économique de l'UE, les candidats des familles pro-européennes ont estimé nécessaire de développer les technologies d'avenir et de produire les biens indispensables pour réduire la dépendance vis-à-vis des concurrents internationaux. Ils ont rejeté le protectionnisme, tout en décrétant la fin de la naïveté en Europe sur les questions commerciales.
La pandémie de Covid-19 a montré à quel point les Européens étaient dépendants de « produits pharmaceutiques et des semi-conducteurs », a estimé M. Schmit. « Nous croyons à la concurrence, mais celle-ci doit être juste », a noté Mme von der Leyen. Sur les enquêtes en cours au sein de la Commission européenne vis-à-vis de biens chinois de grande consommation, elle a estimé que, contrairement à la démarche des États-Unis, la fixation de barrières douanières à l'entrée du marché unique serait « en lien avec le niveau du dommage » infligé à l'industrie européenne (EUROPE 13413/19). M. Gozi a prôné la mise sur pied d'un véritable « fonds souverain européen » ainsi qu'une « réciprocité dans la commande publique » entre l'UE et les pays tiers.
M. Vistisen s'est dit favorable à la négociation d'accords de libre-échange avec les États-Unis, l'Amérique du Sud et l'Asie du Sud-Est. En référence au débat agitant les États-Unis, il a réclamé un ban de l'application chinoise TikTok. « Soit vous vendez, soit vous restez en dehors de l'UE », a-t-il déclaré.
Budget. L'eurodéputé danois a aussi critiqué les autres candidats qui préconisent d'emblée une augmentation du budget de l'UE après 2027, potentiellement via un endettement commun, pour financer les futures priorités politiques. Le choix est le suivant : soit on taille dans le budget, soit on renonce à l'élargissement, a-t-il estimé, convaincu que l'UE, engluée dans la bureaucratie, vit « au-dessus de ses moyens ».
Mme von der Leyen a mis en avant une méthodologie : définir d'abord les priorités - « la défense et la sécurité, la compétitivité, la lutte contre le changement climatique » - et réfléchir ensuite à la façon de les financer. D'après elle, il faudra soit plus de contributions nationales, soit plus de ressources propres au cadre financier pluriannuel. Elle s'est dite pour un lien entre l'octroi de fonds européens et la mise en œuvre de réformes dans les États membres. Gozi a souhaité en finir avec « le dogme » des contributions nationales plafonnées à 1% du budget de l'UE. Il a préconisé un emprunt commun pour soutenir l'industrie européenne de la défense, citant la proposition de la Première ministre estonienne, Kaja Kallas. Et d'insister sur le renforcement de « la conditionnalité » liée au respect de l'État de droit dans l'octroi des fonds européens. Quant à M. Schmit, il a fait remarquer que le renforcement de la défense et de la sécurité dans l'UE n'était « pas possible sans dette commune ». « Si nous ne sommes pas capables d'investir, nous perdrons » la course aux technologies d'avenir, a-t-il ajouté, se disant d'accord avec « des ressources propres accrues » pour accroître la stabilité du budget de l'UE.
Revoir le débat : https://aeur.eu/f/cah (Mathieu Bion)