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Bulletin Quotidien Europe N° 13376
POLITIQUES SECTORIELLES / Énergie

Sommet mondial du nucléaire, les participants appellent au soutien de la part des institutions financières internationales

Trente-sept délégations nationales se sont finalement retrouvées à Bruxelles (EUROPE 13375/20), jeudi 21 mars, pour échanger et porter le message du rôle « essentiel » de l’énergie nucléaire dans l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 et plaider en faveur de son financement, lors du tout premier sommet mondial consacré au nucléaire.

Si cet événement avait été planifié avant la COP28, qui a eu lieu en décembre 2023 (EUROPE 13313/16), comme l’a expliqué le Premier ministre belge et coorganisateur de l’événement, Alexander De Croo, la réunion sur le climat à Dubaï a lancé une impulsion mondiale.

Une nouvelle posture internationale

Lors de cette COP, 153 gouvernements nationaux, y compris l’UE, ont reconnu le rôle du nucléaire - au même titre que les énergies renouvelables - pour atteindre la neutralité climatique, de par sa faible empreinte carbone.

À cette occasion, 22 dirigeants sont également convenus d’un objectif de triplement de la puissance installée nucléaire d’ici 2050. Cette énergie contribue actuellement pour environ 10% à la production mondiale d’électricité.

« Certains pays vont tripler, d’autres doubler, mais on ne s’attend pas à ce que tous les pays le fassent », a précisé Rafael Mariano Grossi, également co-organisateur du sommet et directeur général de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA), devant la presse.

Selon lui, ce sommet est devenu possible parce que le discours a changé sur le nucléaire, plus de 12 ans après l’accident de la centrale de Fukushima au Japon.

C’est surtout l’invasion de la Russie en Ukraine il y a deux ans qui a rebattu les cartes et poussé plusieurs gouvernements à revenir sur leurs décisions concernant le démantèlement de certaines centrales nucléaires pour favoriser leur souveraineté énergétique.

M. De Croo a également appelé à se tourner « vers la science » et à s’éloigner des considérations idéologiques et de la polarisation encore présentes dans le débat sur la relance du nucléaire.

Compétitivité et innovation

Il a ensuite salué la présence de plus de 300 chefs d’entreprise et de représentants de l’industrie et a indiqué qu'il était temps que « cette industrie s’ouvre » davantage.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, lors de son discours, s’est dit fier qu’au sein de l’UE, chaque État membre puisse faire le choix de son propre mix énergétique et a indiqué que le nucléaire avait un rôle majeur à jouer dans l'autonomie stratégique de l’UE.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a mis l’accent sur l’innovation, en particulier le développement des petits réacteurs modulaires (SMR en anglais).

« Les SMR sont une technologie prometteuse et une course est en cours. (…) Plus de 80 projets dans le monde entier avancent et plusieurs de nos États membres ont exprimé un vif intérêt pour les SMR », a-t-elle indiqué.

Soutien du système financier international

Le sommet a mené à l’adoption d’une déclaration dans laquelle les participants s’engagent à créer « un environnement de marché mondial équitable et ouvert pour le développement de l’énergie nucléaire afin de promouvoir les échanges et la coopération entre les pays », avec l’AIEA placée au centre de cette coopération mondiale.

Concernant le financement, les signataires invitent en particulier les banques multinationales de développement, les institutions financières internationales et les organismes régionaux compétents à soutenir les conditions appropriées au développement de l’énergie nucléaire.

John Podesta, conseiller principal pour l'innovation du président américain, Joe Biden, a expliqué, à son arrivée au sommet, que les États-Unis soutenaient « l'initiative française pour encourager la Banque mondiale et les autres banques de développement à éliminer les restrictions sur le financement du nucléaire ».

Dépendance à l'égard de la Russie

L’UE et les États-Unis sont encore dépendants de l’uranium enrichi en provenance de Russie et tentent de diversifier leurs approvisionnements.

M. De Croo et M. Grossi ont reconnu, lors d’une conférence de presse, qu’il s’agissait d’un défi important et que le travail était en cours, mais qu’il fallait également pouvoir « équilibrer les choses ».

« Si on veut décarboner, si on veut réduire le CO2, on doit faire en sorte que nos centrales nucléaires continuent », a indiqué M. De Croo, sans rentrer davantage dans les détails.

Alliance européenne du nucléaire

Dans le cadre de cet événement, les pays membres de l’Alliance du nucléaire au sein de l’UE, à l'initiative de la France (EUROPE 13375/20), ont signé une déclaration annexe dans laquelle ils demandent justement de réduire les dépendances stratégiques, en particulier celles concernant les fournisseurs russes. L'objectif visé est la mise en place d'« une industrie nucléaire européenne forte et (...) la sécurité de l'approvisionnement en matières nucléaires, en particulier en combustibles nucléaires, pour les utilisations électriques et non électriques ».

Ces pays souhaitent également qu’à l’échelle européenne, les réacteurs à grande échelle, les technologies SMR et la chaîne de valeur européenne associée bénéficient des instruments de financement tels que le soutien de la BEI et du Fonds pour l'innovation.

Protestations de la part d'organisations environnementales

En face du sommet, plusieurs organisations environnementales ont protesté contre une initiative qu'ils considèrent comme « un respect du climat de façade ».

En outre, 500 organisations mondiales ont signé une déclaration commune expliquant que l'abandon rapide des combustibles fossiles devrait plutôt se concentrer sur la mise en place d'un système d'énergie 100% renouvelable, associé à l'efficacité énergétique.

Certaines, comme Greenpeace, considèrent que l’objectif de triplement du nucléaire n'est pas atteignable, mais également que les projets nucléaires sont souvent confrontés à d'énormes dépassements de budget et à des annulations.

Enfin, les organisations signataires estiment que « de l'extraction de l'uranium aux déchets radioactifs, la production d'énergie nucléaire présente un risque pour la santé, la sécurité et l'environnement ».

Prochain sommet en France

Plusieurs participants au sommet se sont interrogés sur la possibilité d’organiser un événement similaire à l’avenir. En guise de réponse, le président français, Emmanuel Macron, a indiqué en fin d'après-midi, via X (anciennement Twitter), que le prochain sommet sur l’énergie nucléaire aurait lieu en France. Aucune date n’a été fixée pour l’instant.

Pour voir la déclaration du sommet : https://aeur.eu/f/bgp  

Pour voir la déclaration de l’Alliance européenne du nucléaire : https://aeur.eu/f/bgq

Pour voir la déclaration de 500 organisations : https://aeur.eu/f/bgo  (Pauline Denys)

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