login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13276
ACTION EXTÉRIEURE / États-unis

Entre désaccords commerciaux et consensus diplomatique, un sommet États-Unis/UE en demi-teinte

Il aura été question d'accords sur l'acier et l'aluminium et de la situation au Proche-Orient et en Ukraine. Le sommet entre l'Union européenne et les États-Unis, qui s'est tenu vendredi 20 octobre à Washington, a vu Charles Michel et Ursula von der Leyen s'entretenir avec Joe Biden des accords commerciaux en suspens et de la réaction des deux parties face aux affrontements entre Israël et le Hamas.

Deux ans après le dernier sommet transatlantique, les conclusions de celui de ce vendredi sont finalement assez peu ambitieuses.

Revers dans les négociations des accords sur l'aluminium, l'acier et les minéraux critiques

C'était le point principal du sommet : réussir à mettre un terme aux deux accords commerciaux en discussion depuis de longs mois entre les États-Unis et l'Union. Peine perdue : malgré une réunion extraordinaire des ambassadeurs des États membres auprès de l'UE, dans la soirée de jeudi 19 octobre, aucun terrain d'entente n'a été trouvé pour finaliser un texte sur le plus sensible des deux accords, l'Accord global sur l'acier et l'aluminium durables (GSA) (EUROPE 13227/8). 

Selon des sources proches du dossier, la question de la compatibilité du futur accord avec les règles de l'OMC reste une variable immuable de la conception du texte. Les détails, hautement techniques, sont discutés en parallèle des réunions des ambassadeurs des Vingt-sept.

Les récentes propositions émanant des États-Unis, à savoir la création d'un 'club' d'économies aux vues similaires qui imposerait des droits de douane sur les importations en provenance d'économies considérées comme versant des subventions à des secteurs clés, sont, là aussi, toujours en cours de discussion du côté de l'UE.

Un des points de blocage réside dans la difficulté pour l'Union de pouvoir prendre position sur des sujets qui sont des prérogatives des États membres, estime une autre source, notamment concernant les conditions de travail.

Quant à l'échéance affichée du 31 octobre, elle n'avait pas de réalité technique, selon une source diplomatique. Les négociations doivent se poursuivre jusque fin décembre. Même chose du côté de l'accord sur les minéraux critiques, qui est cependant plus avancé. Le dernier projet d'accord, présenté par la Commission le 17 octobre, n'a pas encore fait l'objet d'un assentiment général.

Des deux côtés de l'Atlantique, on se félicite pourtant de la coopération mutuelle qui a caractérisé les relations entre l'UE et les États-Unis depuis l'élection de Joe Biden. « Je suis impatient de discuter de la manière dont nous allons continuer à exploiter tout le potentiel de notre partenariat, notamment en travaillant ensemble pour favoriser la transition vers une énergie propre », a déclaré le président américain à l'issue du sommet. 

Coopération technologique et technique

Malgré ces revers, l'UE et les États-Unis font front commun pour faire avancer la transition verte et déclarent « approfondir [leur] collaboration pour faire face aux crises urgentes et interdépendantes du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution, et inciter tous les autres grands acteurs à des mesures ambitieuses ».

La mise en place et les avancées du Conseil du commerce et des technologies UE-États-Unis (TTC, en anglais) sont également citées comme un exemple du degré de coopération vers lequel doivent tendre les deux blocs.

Valdis Dombrovskis, commissaire européen au Commerce, lui aussi en déplacement à Washington, a déclaré de son côté que « le lien transatlantique est caractérisé par la plus importante coopération en matière commerciale et d'investissement au monde. Nous nous engageons à trouver de nouvelles voies de collaboration et à obtenir des résultats tangibles au prochain Conseil commercial et technologique USA/UE (TTC), en décembre prochain ».

Alors que certains citoyens de l'UE doivent encore demander un visa pour se rendre outre-Atlantique, les deux parties ont promis qu'elles s'efforceront d'instaurer une exemption de visa entre tous les États membres de l'UE et les États-Unis et de renforcer les échanges universitaires transatlantiques.

La Chine, sujet toujours sensible

Une partie de la déclaration commune est consacrée à la Chine et au type de partenariat que les États-Unis et l'UE souhaitent construire, notamment en termes de sécurité économique, commerciale et industrielle. 

Dans la droite ligne de la stratégie de sécurité économique annoncée par l'Union, il est noté qu'« afin de favoriser des relations économiques durables avec la Chine, nous nous efforcerons d'instaurer des conditions de concurrence équitables pour nos entreprises. [...] Dans le même temps, nous reconnaissons que la résilience économique exige de réduire les risques et de se diversifier [...], y compris dans nos sources d'approvisionnement. Nous favoriserons la résistance à la coercition économique et nous relèverons les défis posés par les politiques et les pratiques non marchandes ».

Unité affichée sur le Proche-Orient et l'Ukraine

Les partenaires transatlantiques ont décidé de mettre l’accent sur les sujets consensuels. La déclaration commune commence ainsi par les sujets de politique étrangère et, dans leurs déclarations publiques en début de rencontre, les dirigeants ont mis l’accent sur ces sujets.

« Le monde est confronté à d'énormes défis et, aujourd'hui plus que jamais, le monde a besoin d'une alliance forte entre l'Union européenne et les États-Unis pour relever ces défis », a souligné M. Michel.

Dans leur déclaration, les deux parties condamnent « avec la plus grande fermeté le Hamas et ses attaques terroristes brutales à travers Israël », ajoutant que rien ne peut justifier le terrorisme. Elles ont appelé à la libération immédiate des otages.

« Nous affirmons le droit d'Israël à se défendre contre ces attaques odieuses, conformément au droit international, y compris le droit international humanitaire », on ajouté Européens et Américains, précisant travailler en étroite collaboration avec leurs partenaires dans la région pour souligner l'importance de protéger les civils. « Nous sommes préoccupés par l'aggravation de la crise humanitaire à Gaza », ajoute la déclaration. 

Pour les partenaires transatlantiques, il est aussi « essentiel d'empêcher une escalade régionale ».

« Nous continuons à travailler jour et nuit pour aider les plus vulnérables en Palestine à répondre à leurs besoins urgents et pour favoriser les conditions permettant de relancer le processus de paix sur la base de la solution des deux États », a souligné le président du Conseil européen, rappelant que l’UE continuerait de travailler « sans relâche » pour aider à mettre fin au cycle de violence. 

Les deux présidents européens ont également salué le voyage de M. Biden en Israël, mercredi 18 octobre.

La déclaration revient aussi sur le soutien à l'Ukraine. « Les États-Unis et l'UE restent inébranlables dans leur soutien politique, financier, humanitaire et militaire à long terme à l'Ukraine », peut-on lire.

Les deux parties reconnaissent l’« urgence » d'intensifier leurs efforts pour faire en sorte que l'aide réponde aux besoins les plus prioritaires de l'Ukraine, ajoutant qu’il ne fallait pas que la Russie parvienne à mettre à mal l’économie ukrainienne. Elles soulignent aussi leur travail en cours concernant la possible utilisation des avoirs russes gelés.

Européens et Américains promettent également d'intensifier leurs travaux communs visant à saper la capacité de la Russie à mener sa guerre et à maintenir et développer sa base et sa capacité industrielles de défense. 

« Poutine finira par échouer. Il est en train de mener la Russie à sa perte », estime Mme von der Leyen, qui a promis que l'UE veillerait à ce que les responsables répondent de leurs actes.

Les États-Unis et l'UE ont en outre annoncé qu'ils renforceraient et approfondiraient leur coopération et leur engagement en matière de sécurité et de défense. « Cela pourrait inclure le renforcement de la coopération pratique sur les théâtres d'opérations d'intérêt mutuel », précise la déclaration.

La déclaration conjointe : https://aeur.eu/f/96w (Camille-Cerise Gessant et Isalia Stieffatre)

Sommaire

ACTION EXTÉRIEURE
Invasion Russe de l'Ukraine
POLITIQUES SECTORIELLES
INSTITUTIONNEL
DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES
CORRIGENDUM