La Commission européenne a encore revu à la hausse, lundi 15 mai, ses prévisions économiques pour 2023 en estimant la croissance à 1,1% du PIB pour la zone euro et à 1,0% pour l'Union européenne, contre 0,9 et 0,8% respectivement envisagée en février (EUROPE 13120/1).
La situation macroéconomique est « meilleure que prévu », a estimé le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni, pour qui la récession est définitivement écartée. « Nous devrions être fiers que l'économie européenne fasse preuve d'une résilience remarquable » en dépit de « la magnitude des chocs » auxquels elle a fait face, a-t-il ajouté, tels que la crise énergétique et la très forte inflation. Il a plaidé pour « maintenir l'élan de la croissance » en vue d'affronter des risques pour l'économie qui prédominent à nouveau.
Le risque baissier principal provient de l'inflation, qui décline tout en restant anormalement élevée, puisqu'elle devrait être ramenée de 8,4% en 2022 à 5,8% en 2023 et 2,8% en 2024. Le plus inquiétant concerne l'inflation sous-jacente (hors prix alimentaires et énergétiques), qui a atteint un record en mars à hauteur de 7,5%. Elle devrait graduellement diminuer au fur et à mesure que le resserrement de la politique monétaire de la BCE se transmet à l'économie et que les conditions de financement se renchérissent, mais elle devrait demeurer élevée à moyen terme.
En 2024, la croissance de l'économie s'affermira pour atteindre 1,6% dans l'Eurozone et 1,7% dans l'UE, selon les prévisions de la Commission. La bonne santé de l'emploi et un rattrapage des salaires, amorti par des marges suffisantes accumulées par les entreprises, pousseront la consommation privée à la hausse. Et le Plan de relance européen favorisera la poursuite des investissements publics malgré le resserrement de la politique monétaire.
En termes de croissance, des différences importantes seront observées au niveau national. La croissance en Allemagne devra presque stagner cette année (0,2% du PIB) pour repartir de l'avant l'année suivante (1,4%). Même prévision pour la France en 2024, où la croissance sera un peu plus ferme en 2023 (0,7% du PIB). En Italie, la croissance devrait être modérée sur les deux années : 1,2% du PIB en 2023 et 1,1% en 2024. En Pologne, après un ralentissement cette année (0,7% du PIB), la croissance devrait être forte l'année prochaine (2,7%). Enfin, l'Espagne devrait encore bénéficier d'une croissance bien au-dessus de la moyenne européenne, à hauteur de 1,9% du PIB en 2023 et 2,0% en 2024.
Pour la première fois, la Commission émet des prévisions économiques pour les pays candidats. En Ukraine, sous réserve des précautions liées à l'incertitude liée à la durée de l'agression militaire russe, après le choc du déclenchement de la guerre ayant entraîné une chute du PIB ukrainien d'environ 30% en 2022, l'économie ukrainienne devrait se stabiliser (0,6% du PIB) en 2023 avant de repartir à la hausse en 2024 (4,0%).
Interrogé sur la pertinence de prévisions économiques focalisées sur la production de richesses alors que se tient au Parlement européen, depuis lundi, une conférence invitant à dépasser les chiffres du PIB pour évaluer la santé d'une économie nationale, M. Gentiloni a reconnu la nécessité de prendre davantage en compte les enjeux sociaux et de développement durables.
« Plus doit être fait dans ce domaine », a-t-il admis.
Une consolidation progressive des finances publiques
Concernant le déficit public, la croissance et la levée progressive des mesures budgétaires d'urgence liées à la pandémie de Covid-19 et à la crise énergétique favorisent la consolidation des finances publiques.
Dans l'UE, le déficit moyen par rapport au PIB devrait ainsi suivre la trajectoire suivante : 3,4% en 2022, 3,1% en 2023 et 2,4% en 2024. Dans la zone euro, cette trajectoire serait la suivante : 3,6% en 2022, 3,2% en 2023 et 2,4% en 2024.
D'après M. Gentiloni, le nombre d'États membres en situation de déficit excessif (supérieur à 3% du PIB) au regard des règles budgétaires européennes sera de « quatorze en 2023 et dix en 2024 » à politiques budgétaires inchangées. Seraient concernées en 2024 la Bulgarie et la Slovaquie (-4,8% du PIB), la Belgique (-4,7%), Malte (-4,5%), la Roumanie et la Hongrie (-4,4%), la France (-4,3%), la Pologne et l'Italie (-3,7%) et l'Espagne (-3,3%).
Ces données sont à tenir à l'esprit alors que les négociations ont démarré sur la réforme du Pacte de stabilité et de croissance. La Commission a notamment proposé que tout État membre dont le déficit dépasse 3% du PIB, pas uniquement ceux faisant l'objet d'une procédure officielle pour déficit excessif, consolide ses finances publiques à hauteur de 0,5% du PIB par an (EUROPE 13172/6). Cette mesure pourrait s'appliquer sur la base des données observées en 2024.
Enfin, le ratio dette/PIB poursuivra sa trajectoire décroissante. Entre 2023 et 2024, il devrait diminuer en moyenne de 85,3 à 83,4% dans l'UE et de 93,2 à 90,8% dans la zone euro.
Là encore, des divergences nationales sont importantes. Les pays les plus endettés en 2023 seront la Grèce (160,2%), l'Italie (140,4%), l'Espagne (110,6%), la France (109,6%), le Portugal (106,2%) et la Belgique (106,0%). En revanche, la dette publique par rapport au PIB sera la plus faible en Estonie (19,5%), en Bulgarie (25,0%), au Luxembourg (25,9%), au Danemark (30,1%), en Suède (31,4%), en Lituanie (37,1%) et en Roumanie (45,6%).
Voir les prévisions économiques de printemps de la Commission : https://aeur.eu/f/6vl (Mathieu Bion)