Les eurodéputés ont réitéré la pertinence des objectifs sociaux fixés à Porto en mai 2021 et la nécessité de continuer à les mettre en œuvre (EUROPE 12716/3), en adoptant, par 401 voix contre 139 et 41 abstentions, une résolution sur une ‘Feuille de route pour une Europe sociale’, jeudi 11 mai à Strasbourg.
Les Vingt-sept s’étaient alors engagés à atteindre trois objectifs d’ici 2030 en matière d'emploi, de formation et de lutte contre la pauvreté : 78% de la population âgée de 20 à 64 ans devra occuper un emploi, 60% des adultes devront participer à une formation chaque année et le nombre de personnes exposées à la pauvreté ou au risque d’exclusion sociale devra avoir baissé de 15 millions d'unités par rapport à 2019.
La résolution adoptée souligne que « le rôle du pilier européen des droits sociaux ne peut être négligé et que les aspects sociaux doivent être traités avec la même urgence que les aspects économiques et environnementaux », résume un communiqué du PE.
Les députés invitent la Commission à transformer les engagements de 2021 en instruments législatifs, par exemple via une directive sur les stages de qualité, le passeport européen de sécurité sociale ou la carte d'invalidité de l'UE.
La Commission et le Conseil de l’UE sont encore invités à prendre des mesures pour atténuer « les répercussions des crises sur les citoyens et sur les marchés du travail des États membres afin de maintenir les taux d’emploi et les contributions sociales à un niveau élevé par la création d’emplois de qualité ».
Les États membres et les partenaires sociaux doivent aussi s’efforcer de parfaire la couverture des négociations collectives d’au moins 80% d’ici à 2030 pour améliorer les conditions de vie et de travail dans l’Union.
Alors qu'en 2021, 21,7% de la population de l’Union (95,4 millions de personnes) était menacée de pauvreté ou d’exclusion, il faut aussi lutter contre la pauvreté au travail en garantissant des salaires décents, indique la résolution.
Lors du débat, mercredi 10 mai, la ministre suédoise des Affaires européennes, Jessika Roswall, a relevé les avancées réalisées depuis 2021 avec l’adoption de la directive sur les salaires minimaux adéquats ou sur la transparence salariale. La Présidence suédoise espère aussi obtenir un accord en juin sur les travailleurs des plateformes numériques.
Mais certains élus, comme la Française Leïla Chaibi (La Gauche), jugent ces progrès insuffisants, la directive sur les salaires minimaux adéquats ne fixant « pas de seuils ». L'élue s'inquiète également des travaux au Conseil de l'UE sur les travailleurs des plateformes.
L’Allemand Dennis Radtke (PPE) estime qu'il faut mettre au point une vraie stratégie contre la pauvreté alors que la classe moyenne voit aussi son niveau de vie baisser. La Néerlandaise Agnes Jongerius (S&D) a insisté sur la nécessité d’offrir des filets de protection sociale suffisants.
D’autres élus, comme la Suédoise Sara Skyttedal (PPE), ont remis en cause la compétence de l’UE à initier des législations sociales, puisque ne respectant pas « le principe de subsidiarité ».
Lien vers la résolution et les amendements adoptés : https://aeur.eu/f/6u5 (Solenn Paulic)