Les membres du Parlement européen ont demandé à la Commission européenne, jeudi 11 mai, de mieux prendre en compte les effets sur les pêcheurs de mesures visant à promouvoir une pêche durable.
Le débat en plénière sur les écosystèmes marins et la pêche durable et sur le traité sur la haute mer a beaucoup tourné autour de la mesure controversée visant à interdire le chalutage de fond dans les aires marines protégées. Cette partie du plan d’action a suscité des protestations au sein de l’hémicycle, deux jours après des manifestations de pêcheurs dans des ports de l’UE contre cette mesure jugée injuste et infondée (EUROPE 13170/10).
Le commissaire à la Pêche, Virginijus Sinkevičius, a rappelé que le plan d'action pour le milieu marin « n'est pas une proposition législative, mais s'appuie sur une législation déjà existante qui doit être mise en œuvre ». Des évaluations d'impact seront nécessaires pour les différentes mesures de mise en œuvre au fur et à mesure de leur élaboration, et l'approche régionale, qui « passe bien sûr par l'inclusion et le dialogue », sera respectée, a promis le commissaire.
Isabel Carvalhais (S&D, portugaise) a défendu des objectifs ambitieux en matière de restauration et de conservation. Toutefois, ces objectifs doivent également être « réalistes » et « fondés sur la science et les études d'impact qui incluent également la dimension sociale et économique », a-t-elle insisté. C'est dans cet équilibre que réside la durabilité des océans et que sont garantis les moyens de subsistance de nos pêcheurs, a résumé l’eurodéputée.
Comme d'autres, elle a aussi évoqué la solidarité « avec nos communautés de pêcheurs ».
Un plan d’action jugé illégal. C’est un plan d’action « pour détruire la pêche durable », a estimé Gabriel Mato (PPE, espagnol), qui a reproché au commissaire de vouloir protéger l’environnement et pas la profession de pêcheur. Il a demandé à la Commission de procéder à une analyse complète de l'impact socioéconomique des mesures et a critiqué le fait que la Commission impose des interdictions drastiques et disproportionnées au lieu d'élaborer des mesures fondées sur les meilleurs avis scientifiques disponibles.
Izaskun Bilbao Barandica (Renew Europe, espagnole) a prié la Commission d'écouter les professionnels qui innovent, par exemple dans les engins de chalutage. Elle a aussi cité en exemple la signature, le 3 mai dernier, de 'L'alliance mondiale des capitales du thon pour la durabilité'.
Au nom de son groupe (CRE), le Croate Ladislav Ilčić a demandé le respect des trois piliers (économie, social, environnement) de la politique commune de la pêche (PCP). « Ce plan d'action ne respecte pas cet équilibre », selon lui, et n'a aucune valeur juridique, mais il est clair que la Commission « usera de son pouvoir pour l'imposer aux États membres », a-t-il affirmé. Le mois dernier, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a envoyé une lettre à la présidente, Ursula von der Leyen, demandant à la Commission de ne pas contourner le Parlement dans la prise de décisions dans le domaine de la pêche, a rappelé M. Ilčić.
« Nous n'aimons pas ce plan d'action », a lancé Rosanna Conte (ID, italienne). Elle a reproché au commissaire de vouloir interdire le chalutage pratiqué par 2 088 bateaux italiens, qui fournissent 80% du poisson vendu dans le pays.
Bien entendu, des voix se sont élevées pour soutenir les mesures proposées par la Commission. Ska Keller (Verts/ALE, allemande) estime que les humains ne peuvent pas survivre sans des océans sains. « L'UE doit protéger ses mers par des actes » (meilleur contrôle des pêches, lutte contre les plastiques...), a-t-elle déclaré.
Catherine Chabaud (Renew Europe, française) a également soutenu le plan d’action, car les aires marines protégées constituent « un réel outil pour régénérer l’océan ». Elle a, enfin, salué l'accord après 20 ans de négociations sur un traité pour préserver la biodiversité en haute mer. (Lionel Changeur)