Les eurodéputés ont fait le constat commun, en plénière, mercredi 10 mai, des effets délétères de taux d’inflation élevés dans l’UE, mais ils se sont montrés divisés quant à la pertinence du resserrement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE).
Pour Nicolas Schmit, commissaire européen à l'Emploi et aux Droits sociaux, il est important d'évaluer et de traiter l'effet de l'augmentation des taux d'intérêt sur les ménages et les travailleurs afin d'éviter une aggravation de la pauvreté et des inégalités, tout en veillant à ce que les systèmes de sécurité sociale européens soient suffisamment équipés pour protéger les ménages les plus vulnérables.
Le commissaire a surtout appelé, « dans les secteurs qui peuvent se le permettre », à un ajustement « approprié » des salaires et à des conventions collectives responsables pour maintenir le pouvoir d’achat des ménages.
Nicolas Schmit a ainsi cité l'économiste en chef du FMI, qui, en avril, avait mis en garde contre une crise du coût de la vie qui pourrait survenir et avait plaidé pour un ajustement des salaires afin d'amortir les effets de l'inflation et de l'augmentation des coûts liés aux hausses des taux.
M. Schmit a ajouté que « les risques de spirale entre les salaires et les prix semblent extrêmement limités. Cela a été confirmé par le FMI et la BCE, qui conclut, dans son document de mars, que les salaires n'ont eu qu'une influence limitée sur l'inflation au cours des deux dernières années (...). Ces analyses concluent que l'augmentation des profits a été significativement plus dynamique que celle des salaires ».
La ministre suédoise des Affaires européennes, Jessika Roswall, a souhaité que les gouvernements nationaux « prennent leurs responsabilités » avec des politiques budgétaires resserrées, accompagnées de mesures ciblées et temporaires de soutien aux plus vulnérables.
Elle a également estimé que l’action de la BCE n’était pas suffisante et que l’action politique, monétaire et budgétaire devait également se concentrer sur la baisse de l'inflation. Elle a appelé les États à explorer des solutions complémentaires en diversifiant des sources énergétiques, en agissant sur le niveau de consommation des ménages pour améliorer le fonctionnement des marchés et en examinant, notamment, le manque de concurrence entre certaines industries, qui a débouché sur des prix excessifs.
Pour les députés de gauche et les Verts/ALE, comme Aurore Lalucq (S&D, française), Paul Tang (S&D, néerlandais) et Claude Gruffat (Verts/ALE, français), ce sont les marges des entreprises et les prix énergétiques qui ont alimenté l'inflation récente. Pour ces députés, les hausses des taux ne constituent pas l'outil pertinent pour faire face à cette inflation et elles affectent les ménages et les entreprises en Europe.
Irène Tinagli (S&D, italienne) a ainsi estimé que l’UE et les États membres pourraient en faire davantage et qu’il fallait « travailler tous ensemble et ne pas attendre de la politique monétaire des choses qu'elle ne peut pas accomplir ».
En face, Jiří Pospisil (PPE, tchèque) a appelé à respecter les décisions de la BCE en tant qu’organe indépendant.
Johan Van Overtveldt (CRE, belge), quant à lui, a estimé que la BCE aurait dû resserrer sa politique plus rapidement, « car l'inflation est ce qui est le plus discriminant ». Il a plaidé pour la discipline budgétaire et le comblement des déficits publics.
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, avait affirmé, en dévoilant les décisions de politique monétaire le 4 mai (EUROPE 13175/9), avoir conscience des difficultés de remboursement de certains ménages, résultant des hausses de taux : « Ce n'est malheureusement pas quelque chose que nous pouvons atténuer, car notre tâche est la stabilité des prix, notre tâche est de réduire l'inflation et les outils de choix qui fonctionnent à cet égard sont les taux d'intérêt et nous devons utiliser ces taux d'intérêt. Certains pays prennent des mesures particulières et certaines institutions financières envisagent également de proposer des moratoires ou des délais ». Christine Lagarde avait estimé que le mieux que la BCE pouvait faire était de faire baisser l'inflation rapidement. (Émilie Vanderhulst)