Les députés de la commission du développement (DEVE) du Parlement européen ont de nouveau fait le point, avec la Commission européenne, sur la crise alimentaire et les besoins humanitaires croissants dans la Corne de l'Afrique en mettant l'accent, lundi 6 février, sur l'opportunité d'une approche intégrée permettant de lier aide humanitaire, aide au développement, paix et résilience à long terme des populations.
« Dans la Corne de l'Afrique, une personne peut mourir de faim toutes les 36 secondes. Cela aide à prendre la mesure des enjeux. La crise alimentaire est une urgence qui nous impose d'agir pour mieux coopérer avec nos partenaires. Notre responsabilité est de co-construire avec eux des solutions durables », a déclaré Stéphane Bijoux (Renew Europe, français), qui dirigeait l'échange en lieu et place de Tomas Tobé (PPE, suédois).
Il a annoncé qu'une délégation d'eurodéputés de la commission DEVE effectuera une mission au Kenya au début du mois d'avril avec comme priorité la sécurité alimentaire.
Béatrice Miege, chef d’unité adjointe pour l'Afrique australe et orientale au sein des services humanitaires de la Commission (ECHO), a évoqué « des perspectives 2023 malheureusement très sombres », soulignant que la sécheresse inédite affecte au moins 37 millions de personnes, qu'environ 7,5 millions d'enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition sévère et que 24 millions de personnes souffrent d’insécurité quotidienne d’accès à l’eau. « Se relever après une telle sécheresse prendra des années. Les besoins humanitaires perdureront, voire s’aggraveront en 2023 », a-t-elle prédit.
En Somalie, la famine a pu « à peine être évitée » et la crise de la faim est encore énorme. Des régions sont touchées également en Éthiopie.
Le Kenya souffre de sécheresse et héberge de plus en plus de réfugiés. « Ces chocs climatiques s’ajoutent à des défis préexistants liés à des problèmes politiques ou d'insécurité. L’instabilité politique est un vecteur de crise humanitaire en Afrique de l’Est. Ces chocs récurrents ont érodé peu à peu la résilience des foyers », a déclaré Mme Miege.
Elle a rappelé que 350 millions d'euros d'aide humanitaire avaient pu être fournis en 2022 et que la stratégie de réponse humanitaire de l'UE demeure : - le plaidoyer auprès de la communauté internationale pour la pousser à agir, comme en avril dernier à Genève, avec l'ONU (EUROPE 12940/21) ; - la poursuite des efforts pour accroître les sources de financement ; - une approche aide humanitaire/soutien à long terme continu pour renforcer la résilience des populations affectées à la crise alimentaire et nutritionnelle.
Pour ce faire, la Commission agit en complémentarité avec les acteurs du développement, en particulier les services 'Partenariats internationaux' de la Commission (DG INPA) et les délégations de l’UE pour travailler à la résilience à long terme des communautés, s’attaquer aux racines de ces crises, aux causes structurelles des conflits et de la fragilité climatique et soutenir les capacités des autorités nationales à fournir une assistance à leurs populations. (Aminata Niang)