Le renforcement des couloirs de solidarité pour acheminer les produits agricoles ukrainiens, l'amélioration de la disponibilité en engrais ainsi qu'une législation sur les nouvelles techniques génomiques font partie des solutions évoquées vendredi 16 septembre, à Prague, par les ministres de l’Agriculture de l’UE pour garantir la sécurité alimentaire en ces temps difficiles.
Après la réunion informelle avec ses homologues européens, Zdeněk Nekula, le ministre tchèque de l’Agriculture, a défendu une agriculture « compétitive et résiliente » en Europe.
NBT. « Il faut aider les agriculteurs en utilisant l’innovation et les nouvelles techniques génomiques », a-t-il défendu. Il faut modifier notre cadre législatif sur les techniques modernes d’élevage, a-t-il conseillé.
« Nous avons besoin de cultures qui résistent à la sécheresse, au gel, aux maladies, aux nuisibles. De nouvelles variétés sont nécessaires, qui requièrent moins de pesticides et d’engrais artificiels. Il nous faut des règles modernes pour nous assurer que la production soit sûre et protège l’environnement », a déclaré le ministre Nekula.
Il a salué le fait que la Commission ait confirmé son intention de présenter au second semestre de 2023 une proposition sur les nouvelles techniques génomiques.
Les nouvelles techniques génomiques sont « une voie à explorer dès lors qu’elles permettent d’assurer la transition agroécologique et de faire face au dérèglement climatique », a aussi dit le ministre français, Marc Fesneau. Pour le ministre espagnol, Luis Planas, il s’agit même d’un « outil magnifique » pour réduire l’utilisation d’eau, de pesticides et d’engrais.
« Nous n’allons pas nous lancer dans la course aux OGM », a promis M. Nekula, en répondant à la presse. Il a évoqué une approche qui reste « proche des cultures traditionnelles, pour avoir des produits plus résistants. Il nous faut des règles sur l’ensemble du territoire européen ».
« Nous allons fonder la proposition sur une étude d’impact. Nous devons être très vigilants pour éviter des risques pour l’environnement, la santé publique et les intérêts économiques des agriculteurs. Par exemple, l’agriculture bio doit être protégée des conséquences potentielles de ces nouvelles techniques », a insisté Janusz Wojciechowski, le commissaire européen à l'Agriculture.
Pour Christine Lambert, la présidente du Copa (organisations agricoles de l’UE), « nous avons besoin d'innovation. Une décision claire et rapide est également nécessaire concernant les nouvelles techniques génomiques. Nous avons également besoin de procédures d’autorisation rapides pour les substances à faible risque ainsi que de davantage d’agriculture de précision ».
Engrais. « Qu'on puisse faciliter la circulation (des composants d'engrais), c'est une nécessité (...) On est aussi en train d'organiser les mécanismes de solidarité qui permettront aux agriculteurs d'obtenir des engrais », a souligné M. Fesneau. À moyen et long termes, « il faut soit assurer notre souveraineté sur les engrais minéraux, soit faire le glissement vers les engrais organiques pour ne plus se retrouver en risque de pénurie », a ajouté le ministre français.
« Nous allons réfléchir à une stratégie européenne sur les engrais, c’est une très bonne idée », a déclaré, jeudi 15 septembre, Janusz Wojciechowski, en marge de la réunion informelle.
Fin août, la France et l’Espagne avaient appelé la Commission à se saisir du sujet. La priorité serait de soutenir financièrement les producteurs européens d’engrais, contraints de limiter leur activité à cause de la hausse des prix du gaz. Le commissaire a rappelé la proposition visant à suspendre les droits de douane sur les intrants nécessaires à la fabrication d’engrais azotés. « Cette mesure était nécessaire, nous verrons si elle est suffisante, sinon nous envisagerons d’autres actions », a-t-il dit.
Le commissaire a souligné la nécessité de trouver des sources d’approvisionnement alternatives, précisant qu’il comptait en discuter avec le ministre canadien de l’Agriculture lors de la réunion du G20, les 26 et 27 septembre à Bali. Le Conseil 'Agriculture' du 26 septembre évoquera le problème des engrais.
« Sans engrais, notre production chuterait de façon spectaculaire, il faut trouver des solutions alternatives durables », selon M. Nekula.
Ukraine. Le commissaire à l’Agriculture a précisé qu’au total, environ 11,6 millions de tonnes de céréales, d'oléagineux et de produits oléagineux ont été exportées d'Ukraine via les ‘couloirs de solidarité’, dont plus de 3 millions en août. La réouverture des ports de la mer Noire est une source d'optimisme, puisque, selon les données des Nations unies, 3 millions de tonnes supplémentaires de céréales et autres denrées alimentaires transportées par 136 cargos ont quitté l'Ukraine depuis le début du mois d'août. « Ces deux initiatives ont permis d'exporter environ 14 millions de tonnes de denrées alimentaires, contribuant ainsi de manière significative à la sécurité alimentaire dans le monde », a salué Janusz Wojciechowski.
Il a, comme le ministre tchèque, souligné le besoin de renforcer ces 'couloirs de solidarité'.
Gestion des risques. Le commissaire à l’Agriculture a aussi évoqué, jeudi 15 septembre, ses premières idées pour la PAC post-2027. Il souhaite renforcer les outils de gestion de crise dans la future PAC et même augmenter le futur budget de la PAC, en raison des crises. Janusz Wojciechowski a jugé que le budget prévu de la 'réserve de crise' pour la période 2023-2027 (500 millions d’euros par an) n’était pas suffisant.
Pour Diana Lenzi, présidente du Conseil européen des jeunes agriculteurs (CEJA), il convient de « donner les bons outils aux agriculteurs pour mieux gérer les risques au niveau de l'exploitation. C'est une responsabilité qui incombe aux États membres et qui doit être répercutée sur l'ensemble de la chaîne de valeur ».
Cohérence des outils de la PAC. Lors de la réunion du Comité spécial agriculture (CSA) de jeudi 15 septembre, en marge de la réunion informelle des ministres européens, les experts ont également discuté de la sécurité alimentaire et de la cohérence des outils agricoles de l'UE. Certaines délégations, comme la Slovénie, la Hongrie et la Lituanie, ont souligné le manque de financement au titre de la PAC par rapport à l'ampleur de la crise actuelle.
Lien vers le document de la Présidence tchèque du Conseil : https://aeur.eu/f/347 (Lionel Changeur)