Les ministres des États membres de l'UE chargés des questions industrielles ont convergé sur la nécessité de s’appuyer sur les secteurs les plus innovants pour soutenir les régions de l’UE en retard par rapport à la moyenne de l’UE, lors d’une réunion informelle ‘Compétitivité’, mercredi 20 juillet.
« Les priorités de notre Présidence indiquent effectivement que nous devons disposer de solutions qui assurent la convergence des régions et un rapprochement des niveaux de vie dans l'Union européenne. C'est, après tout, l'un des objectifs mêmes de l'Union européenne. Il existe donc une industrie de la transformation. Nous voulons l'utiliser. Pour que nous aidions les régions qui sont à la traîne en matière d'innovation », a déclaré Jozef Síkela, ministre tchèque de l'Industrie et du Commerce, en conférence de presse.
À ses yeux, il est nécessaire d’éviter l’erreur de la République tchèque après la chute du mur de Berlin. « Après 1989, la République tchèque a eu tendance à se concentrer sur la production à faible valeur ajoutée et à la chaîne. Et nous étions excessivement dépendants des intrants énergétiques et matériels », a-t-il poursuivi, précisant que cette situation s’appliquait à nombre de régions de l’UE.
Selon lui, et sur la base de ce qui a été discuté le matin même en plénière et durant les différents ateliers (EUROPE 12995/17), il faut par conséquent exploiter intelligemment les secteurs particulièrement innovants axés sur l'énergie sans émission ou encore l'intelligence artificielle. « Ce développement donnera à l'industrie des régions en retard une chance de tirer parti de la recherche, du développement et de la conception, ainsi que des services aux clients et, de cette manière, d'augmenter la valeur ajoutée ».
Toutefois, pour que cela arrive, il est nécessaire, selon lui, que les services ne souffrent d’aucun obstacle sur le marché intérieur ou encore que les aides financières publiques ou les alliances industrielles soient inclusives.
Une nouvelle géographie industrielle
La Commission européenne, représentée par Kerstin Jorna, directrice générale du Marché intérieur, de l'Industrie, de l'Entrepreneuriat et des PME (DG GROW), a abondé dans son sens. « Nous avons besoin d'une nouvelle géographie industrielle », a-t-elle lancé, prenant la parole à la place du commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, absent et isolé après avoir été testé positif à la Covid-19.
La haute fonctionnaire a cité quelques exemples. Au Portugal, des régions développent l'hydrogène et les énergies renouvelables afin de fournir de l'énergie à l'industrie de toute l'Europe. Les régions du nord de la Suède se spécialisent dans l'exploitation minière durable pour fournir les matériaux nécessaires à la fabrication de batteries, de panneaux solaires, d'éoliennes. Des régions tchèques ont amorcé leur transition pour passer de l'exploitation du charbon à l'exploitation des données, a-t-elle continué.
Pour Mme Jorna, il y a deux grandes conditions pour qu’une telle orientation soit couronnée de succès. Elle a rejoint tout d’abord le ministre tchèque sur la suppression des obstacles dans le marché unique pour soutenir l’innovation en s’appuyant notamment sur la numérisation des services administratifs. Elle a également souligné l’importance de la coopération entre les autorités et administrations des différents États membres pour garantir le fonctionnement idoine du marché intérieur.
« Ils doivent travailler ensemble, par exemple, en ce moment, et être en mesure d'avoir un transport complet sur les voies de solidarité, par exemple, pour le transport des marchandises, en particulier des céréales de l'Ukraine à travers l'UE vers les destinations finales », a-t-elle expliqué. Mme Jorna a insisté sur l’importance de faire des efforts sur l'ensemble de la chaîne de valeur, et non de se concentrer sur un produit, une industrie ou une région spécifique.
L'instrument d'urgence pour le marché unique, notre « bouée de sauvetage »
La Commission européenne devrait présenter en septembre un nouvel instrument d’urgence pour le marché unique (EUROPE 12981/17). Interrogée par EUROPE sur l’origine des reports successifs, la haute fonctionnaire a expliqué que l’invasion russe en Ukraine a rebattu les cartes et a poussé à retravailler l’instrument. Elle a rappelé qu’il ne s’agissait pas d’une réponse à une crise frappant un type de produit ou secteur spécifique (comme dans le cas du règlement concernant les semi-conducteurs), mais pour répondre à « l’inconnu » au niveau du marché unique, ce qui densifie grandement le travail de la Commission européenne.
Et de conclure sur une note positive : « Je suis très confiante que nous obtiendrons un bon instrument qui montrera que le marché unique, par tous les temps, sera comme une bouée de sauvetage pour nous tous ». (Pascal Hansens)