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Bulletin Quotidien Europe N° 12930
Invasion Russe de l'Ukraine / Ukraine/russie

Les Européens veulent que la Russie rende des comptes sur les atrocités commises

Quelques jours après la découverte des massacres de Boutcha et l’attaque contre la gare de Kramatorsk, les ministres des Affaires étrangères européens ont apporté, lundi 11 avril, leur soutien aux enquêtes en cours pour que la Russie soit tenue responsable de ses actes, y compris par la Cour pénale internationale (CPI).

Lors d’un petit-déjeuner en amont du Conseil 'Affaires étrangères' à Luxembourg, les ministres ont eu un entretien avec Karim Khan, procureur de la CPI, lors duquel ce dernier les a informés des progrès réalisés dans l’enquête sur les crimes de guerre en Ukraine. En mars dernier, 41 pays avaient demandé l’ouverture d’une enquête sur les atrocités commises dans le pays.

« Chacun des États membres s'est véritablement engagé à faire en sorte que justice soit rendue... », a expliqué le ministre néerlandais, Wopke Hoekstra, à l’origine de la rencontre. « Nous devons nous assurer qu'il n'y a pas de société à deux classes dans le droit international. S'il y a des crimes de guerre, ils doivent être poursuivis. Il ne peut y avoir personne en dehors ou au-dessus de la loi, pas même un président. Je pense à Poutine », a prévenu son homologue autrichien, Alexander Schallenberg.

Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a annoncé que l'UE allait « fournir autant que possible du soutien aux procureurs ukrainiens et de la CPI », notamment financier, mais aussi avec la mission de l’UE sur le terrain. Il a ajouté que l’UE allait fournir de l’aide pour documenter les crimes de guerre.

Vendredi, depuis Kiev, M. Borrell avait annoncé le lancement d'un projet de 7,5 millions d'euros pour soutenir les enquêtes en assurant une large collecte de données sur les personnes disparues. De plus, la mission de conseil de l’UE (EUAM Ukraine) va soutenir le procureur général ukrainien en dispensant des formations et en donnant du matériel pour garantir la sécurité des enquêtes et la collecte de preuves sur le terrain.

Lundi 11 avril, des gendarmes techniques et scientifiques français sont également arrivés en Ukraine pour assister leurs homologues dans les investigations des crimes de guerre commis autour de Kiev.

Devant les ministres, M. Khan a demandé un soutien financier et en termes de personnel. L’Allemagne et les Pays-Bas ont chacun annoncé une aide d’un million d’euros supplémentaire et la Suède un peu moins de 500 000 euros.

Renforcer le soutien à l’Ukraine avant la bataille du Donbass

Soulignant les inquiétudes européennes concernant la prochaine offensive russe dans l’est de l'Ukraine, M. Borrell a expliqué que ce qui pourrait se passer dans le Donbass rendait les Européens bien plus décidés à continuer le soutien militaire à l’Ukraine.

« Je crains fort que la Russie aille faire la guerre dans le Donbass comme l’armée russe sait le faire, comme un rouleau compresseur. Les Ukrainiens se préparent à faire face à une nouvelle phase de la guerre et nous allons les aider ; et la seule façon de les aider est de fournir des équipements militaires pour qu’ils puissent se battre », a-t-il expliqué.

En fonction des autorisations parlementaires, les États membres de l’UE devraient donner, dans les prochains jours, leur accord pour une nouvelle aide de 500 millions d’euros sous la Facilité européenne pour la Paix.

Pour la ministre allemande, Annalena Baerbock, les « terribles horreurs » vues ces derniers jours « montrent clairement que l'Ukraine a besoin d'un soutien militaire supplémentaire pour pouvoir se défendre ». « L'Ukraine a besoin de plus de matériel militaire. Et surtout d'armes lourdes. Et ce n'est pas le moment de se trouver des excuses ; c'est le moment de faire preuve de créativité et de pragmatisme. Et justement, en ce qui concerne les questions telles que le remplacement, le matériel, la formation, il faut soutenir l'Ukraine le plus rapidement possible », a-t-elle ajouté.

Pour le secrétaire d’État slovaque, Ivan Korčok, fournir des armes à l’Ukraine est « une question évidente de survie de la capacité de l'Ukraine à se défendre ». 

« Nous devons être sûrs que nous mettons l’Ukraine dans la meilleure position possible pour gagner la guerre et pour la table des négociations », a expliqué M. Hoekstra. Ainsi, selon lui, cela nécessite à la fois que les Ukrainiens soient aussi forts que possible sur le champ de bataille et que les sanctions soient clairement ressenties par la Russie.

Continuer le travail sur les sanctions

Les ministres ont donc discuté de la mise en œuvre des sanctions et de possibles mesures supplémentaires, trois jours après l’adoption d'un cinquième paquet de sanctions. La Commission européenne a commencé à travailler sur un sixième paquet, qui comporterait des mesures sur le pétrole. Mais les États membres ne sont pas unis à propos d'un embargo sur le pétrole. L’Allemagne, l’Autriche ou encore la Hongrie y seraient opposées.

Vendredi, à Kiev, lors de la visite de la présidente de la Commission et du Haut Représentant, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avait remercié l’UE pour les sanctions adoptées tout en appelant à des mesures supplémentaires.

« Nous devons nous assurer, en tant qu’UE, que nous continuons à élever le niveau en termes de sanctions », a expliqué M. Hoekstra, ajoutant que, pour son pays, toutes les options restaient sur la table. Il a précisé que son pays était prêt à regarder toutes les sanctions, y compris sur l’énergie, « tant que l’unité européenne est assurée ». Pour le Danois Jeppe Kofod, il faut continuer à augmenter la pression pour arrêter la guerre. Il a souhaité aller « aussi loin que possible, ce qui inclut l’énergie ».

« Allez à Boutcha, Irpin… et voyez par vous-mêmes pourquoi il faut imposer des sanctions », a plaidé le ministre lituanien, Gabrielius Landsbergis. Il s’est réjoui que l’UE commence à travailler sur un sixième paquet avec des options pétrolières. « Cela signifie que le travail a déjà commencé pour réunir le consensus. Et j'espère que cette fois-ci, ça marchera », a-t-il ajouté.

« Plus tôt nous pourrons inclure le pétrole et le gaz dans les sanctions, mieux ce sera, mais je reconnais que ce ne sera pas facile pour certains États membres », a reconnu le ministre irlandais, Simon Coveney, estimant que l’UE dépensait des centaines de millions d'euros pour importer du pétrole russe, « et cela contribue sans aucun doute au financement de la guerre ».

 Selon M. Borrell, le pétrole importé par les États membres depuis la Russie représente quatre fois plus que le gaz importé – l’an dernier, 80 milliards contre 20 milliards d'euros. « Il ne faut pas se faire d’illusions : même si on coupe le gaz à la Russie la semaine prochaine, ce n’est pas pour autant qu’elle n’aura pas les moyens de faire la guerre », a-t-il prévenu, rappelant en outre que les mesures sur l’énergie avaient un impact différent d’un État membre à l’autre.

Global Gateway

Par ailleurs, les ministres ont abordé la stratégie 'Global Gateway', présentée par la Commission européenne l'année dernière (EUROPE 12844/7), qui vise à renforcer la connectivité de l'Europe dans plusieurs régions du monde. Dans le contexte actuel, « il devient plus important encore de tendre la main au monde entier, en donnant des priorités, en fournissant des infrastructures pour l'énergie, pour s'assurer que tout le monde sache que l'UE est un acteur géopolitique », d'après Josep Borrell. (Camille-Cerise Gessant et Léa Marchal)

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