Face aux menaces qui se multiplient (guerre en Ukraine, changement climatique, pandémie), le Conseil de l’Europe a décidé d’ajouter la thématique des droits de l’enfant en temps de crise et d’urgence aux cinq axes qui structurent sa « Stratégie pour les droits de l’enfant (2022-2027) ». Il en a débattu lors d’une conférence de haut niveau organisée à Rome ces 7 et 8 avril par la Présidence italienne du Comité des ministres.
Représentants des 46 États membres, partenaires internationaux, société civile et jeunes délégués venus de plusieurs pays européens y ont échangé autour de la meilleure manière de garantir l’ensemble de ces droits, ceux des enfants en temps de crise, mais aussi ceux liés aux précédentes thématiques : une vie sans violence, l’égalité des chances et l’inclusion sociale, l’accès aux technologies et à leur utilisation sûre, une justice adaptée aux besoins de tous les enfants, l’écoute de la parole de chaque enfant.
« L’agression menée actuellement par la Fédération de Russie nous oblige à nous demander ce que nous pouvons faire pour protéger les enfants dans les conflits armés et pour garantir les droits de tous les enfants qui ont été déplacés ou sont devenus des migrants du fait des violences », a insisté la Secrétaire générale du Conseil de l’Europe, Marija Pejčinović Burić, en ouverture de la Conférence, alors qu’Olena Zelenska, première dame d’Ukraine, s’exprimait par le biais d’un message lu par l’ambassadeur de son pays en Italie.
Elle y a rappelé les dizaines d’enfants déjà morts dans le conflit et le bombardement de l’hôpital de Marioupol, avant de poursuivre : « plus de 270 installations médicales ont été détruites ou endommagées, des enfants doivent être envoyés à l’étranger pour être soignés et c’est parfois impossible, des enfants autistes ou handicapés ne peuvent se rendre dans les abris, 300 écoles ont été touchées, des milliers d’enseignants travaillent à partir des abris, des enfants déplacés vivent dans des gares surpeuplées, sans compter les centaines d’entre eux dont on ne sait plus rien ».
La question de l’enregistrement et celle de la mise en place de systèmes de tutelle efficaces pour les mineurs non accompagnés se sont effectivement imposées lors des débats, tout comme la formation de professionnels à l’assistance aux enfants traumatisés par les guerres, la prévention de la traite des êtres humains et l’assistance aux enfants qui en ont été victimes. Cela, avec la volonté d’aborder ces problématiques en privilégiant une approche sensible à l’égalité de genre et à la non-discrimination envers les enfants les plus vulnérables, qui peuvent être issus des communautés Roms et des gens du voyage, LGBTI, porteurs de handicaps ou victimes de pauvreté.
Pour le Belge Benoît Van Keirbilck, directeur de l’ONG Defence for Children International, devenu, il y a un an, membre du Comité des droits de l’enfant aux Nations-Unies, le Conseil de l’Europe mène sur notre continent « un leadership intéressant », qui permet « d’aller plus loin » à partir du « socle » de la « Convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant ».
« Le choix de cette organisation d’adopter des « stratégies » lui permet de définir de nouvelles priorités – comme c’est le cas pour les droits de l’enfant en temps de crise ou d'urgence – et de se donner une période précise pour avancer », dit-il. Selon lui, ce thème est d’autant plus opportun qu’il induit « une certaine flexibilité » permettant d’intégrer des problématiques comme le changement climatique.
« En matière de migration, le cas de l’Ukraine démontre ce que l’Europe est capable de faire, mais n’a jamais voulu faire en termes d’accueil », note-t-il. Auparavant, la réponse était : impossible d’accueillir tous ceux qui fuient la guerre, la misère ou les catastrophes naturelles. On punissait ceux qui les aidaient, on multipliait les barbelés et les gardes aux frontières sans arriver à stopper le passage et en se retrouvant au final avec des adultes et des enfants encore plus détruits physiquement et moralement, qu’il fallait tenter de « réparer ».
« L’afflux et l’accueil de réfugiés ukrainiens prouve qu’il est possible de faire autrement ».
Mercredi 6 avril, à la veille de la Conférence, six pays membres du Conseil de l’Europe (Andorre, la Belgique, le Luxembourg, Monaco, Saint-Marin et la Slovénie) ont publié une Déclaration soutenue par 38 autres États membres, que seules l'Allemagne et la principauté d'Andorre n'ont pas signée. Dans ce texte consacré aux conséquences de l’agression russe, ils expriment leurs préoccupations quant à son impact sur des millions d’enfants ukrainiens et soulignent le rôle central de la Stratégie dans la défense des droits des enfants sur tout le continent.
« Celle-ci indique clairement que l’Europe n’est pas un refuge sûr pour les enfants », est-il précisé par les États signataires, qui s’engagent à coordonner leurs actions et à « adapter les projets de coopération du Conseil de l’Europe aux besoins des enfants en Ukraine ». (Véronique Leblanc)